Les Defferrard nourrissent Begnins depuis 60 ans

CommerceDu fil à coudre à la truffe blanche, la riche épicerie du village dope son succès à la passion.

Philippe Defferrard a repris l'épicerie de ses parents en 1981.

Philippe Defferrard a repris l'épicerie de ses parents en 1981. Image: Vanessa Cardoso

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Le ballet est immuable, et si révélateur, un samedi matin comme un autre devant l’épicerie Chez Def’ de Begnins. Alors que l’élégant trentenaire abaisse le coffre de sa fringante Audi bleue pour offrir à ses invités du soir le plus beau des plateaux de fromages, une grand-maman du village quitte tout juste la boutique avec ses courses pour les prochains jours. Dans son panier, fruits et légumes du coin, produits laitiers, pommes de terre et peut-être même un peu de fil et des aiguilles. Pas grand-chose, mais, habitant tout près, elle reviendra vite «chez Philippe».

Philippe Defferrard, c’est l’épicier du village, celui qui a «hérité» il y a trente-quatre ans du commerce repris par ses parents en 1955. Soixante ans que ça dure, et plutôt bien. A l’heure du consumérisme à tout-va, du «tout, tout de suite», à l’heure où le monde est si petit, où les fruits inaccessibles n’ont jamais été aussi proches, son magasin ne désemplit pas. «Chez moi, tout le monde doit se sentir le bienvenu et pouvoir y trouver son compte. Quel que soit le contenu de son porte-monnaie», insiste le patron. Qui ne compte plus vraiment le nombre de références proposées dans son magasin. Les vins du coin, vendus au prix de la cave, y côtoient les plus grandes étiquettes (grands bordeaux, Opus One, Sassicaia…). Le chasselas de Begnins voisine les figues turques, gorgées de sucre et de soleil. Les brosses à dents lorgnent les pâtes fines. Sans oublier les fromages, l’un des plus beaux choix de la région.

De l’opportunité à la passion
Ainsi, l’assortiment ne se limite pas aux «basiques», loin de là. Et la passion du patron pour les beaux produits n’y est pas étrangère. «Elle est arrivée petit à petit, au fur et à mesure des rencontres, des échanges avec les fournisseurs, les clients.» Car, pas plus qu’il ne l’est chez les jeunes aujourd’hui, le métier d’épicier n’a jamais été une vocation pour le jeune Philippe. «Pour moi, c’était le boulot de mes parents, je n’y prêtais pas plus d’intérêt que ça. Je travaillais dans la banque quand ils m’ont proposé de reprendre le magasin. J’ai hésité, mais mon patron de l’époque m’a dit que c’était une meilleure affaire que de rester chez lui. Et puis j’avais envie d’être indépendant.» Alors il se lance, avec sa sœur Marie-Josée, en 1981, à 23 ans. Cinq ans plus tard, la fratrie décide que l’épicerie à deux, c’est trop. L’aînée reprend donc le Café du Raisin voisin, pour en faire une halte gourmande incontournable de La Côte.

Quant au cadet, il poursuit le développement de l’entreprise familiale. «Je me fiche du niveau social de mes clients, je veux juste qu’ils trouvent ce qu’ils cherchent.» En cela, l’arrivée à Begnins d’habitants plus aisés a beaucoup apporté. «Ce sont des gens qui ont voyagé, qui ont goûté des produits d’exception et qui les demandent ensuite. Ces nouveaux arrivants ont activement participé à l’élargissement de notre offre et à la découverte, pour nous, de nouvelles saveurs.» Une exigence qui développe les sens du patron, et une idée qui revient sans cesse dans son discours: le partage.

«C’est la base de tout pour moi, depuis toujours. C’était déjà le cas pour mes parents, c’est important d’être au magasin, plus encore que d’aller chercher de nouveaux produits. On n’est pas juste derrière une caisse, les échanges avec les clients comme avec les fournisseurs sont indispensables.» Si bien que, lorsque ces derniers ont des spécialités, des «produits extraordinaires», Def’ est l’un des premiers qu’ils appellent. «Et c’est aussi pour ça que viennent les clients!» Plus encore depuis que manger bien, sain et bon est tendance. «Les jeunes sont prêts à prendre le temps nécessaire à se nourrir correctement, ils cherchent le bon produit, quitte à en acheter moins.»

Au service du public
Pas question pourtant de rester uniquement dans une niche. Même s’ils sont nombreux à lui conseiller de ne se concentrer plus que sur les produits fins, d’oublier tout ce que l’on trouve déjà en grande surface. «Je tiens le magasin du village, c’est important pour moi de répondre aux besoins de tous.» Def’, né à Begnins, insiste: «On a un rôle à jouer dans la commune, un lien entre les gens à assurer…» Il y a là comme une mission de service public. Et le parfum d’un commerce à l’ancienne, toujours tourné vers l’avenir.

Créé: 23.09.2015, 10h56

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