Le dernier éleveur de Bursins a vendu ses vaches

PortraitSans le troupeau de Gérald Parmelin qui traverse le village, la vie à Bursins ne sera plus jamais comme avant. Rencontre

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A contrecœur, Gérald Parmelin a décidé de se séparer de ses vaches. Trop contrôlé et pas assez payé pour le travail fourni, il en a eu marre. C’était le dernier éleveur à abriter des bêtes au village même, dans une écurie qui a été rénovée pour la dernière fois en 1957. Les pendulaires seront sûrement ravis. Son petit troupeau ne bloquera plus la circulation sur la route de l’Etraz aux heures de pointe. Mais, pour Bursins, qui a toujours vécu avec le lait de ses vaches et le vin de ses vignes, c’est une page d’histoire qui se tourne.

Les Bursinois n’y sont pas insensibles. Dimanche 2 juin dernier, avant que le bétail ne monte à l’alpage pour ne jamais en redescendre, ils avaient fait la surprise à celui qu’on surnomme le «grand Gérald» de se réunir sur le parcours habituel du troupeau pour lui faire une fête digne du passage du Tour-de-France.

«Ce jour-là, je n’étais pas encore sûr que ce serait ma dernière traversée. Je réfléchissais encore à la possibilité de mettre mes vaches dans mon hangar situé en dehors du village, raconte le paysan. Mais quand j’ai appris que je devais passer par une mise à l’enquête, j’ai abandonné.»

«Je les ai vues naître»

Pour Gérald Parmelin, les motifs qui l’ont décidé à renoncer sont davantage liés aux tracasseries administratives qu’à l’aspect économique de la situation. «Ce que me rapportait le lait servait à payer la location de la ferme. Je ne gagnais plus rien. Mais j’étais attaché à mes bêtes. Je les ai vues naître et je leur ai donné le biberon. J’ai toujours mené cette vie, depuis tout gamin. Il n’y a que pendant mes années d’apprentissage que je n’ai pas travaillé là du matin au soir, entre l’écurie et la vigne.»

Quand il a repris le domaine à son père, Roland, en 1997, Gérald Parmelin a hésité à garder ses laitières. Et plus encore à son décès en 2003. «Même âgé, il me donnait de précieux coups de main. Tout seul, c’était devenu plus dur. Il fallait droper mais ça allait tout juste», confie-t-il en précisant du bout des lèvres, pour ne pas avoir l’air d’en rajouter, qu’il a aussi élevé son fils, Billy, en papa solo. «J’allais traire à 5 h 30 et je lui préparais le petit-déjeuner après. Ça n’allait pas si mal. Et, le soir, on faisait les devoirs après le souper.»

Avoir décidé de garder ses vaches tout en menant de front la vie d’un agriculteur, d’un vigneron et d’un père en dit long sur l’attachement que ce brave homme de 52 ans avait pour ses amies à cornes. Ce qui l’a le plus blessé, c’est justement que les nouvelles normes imposées par la loi laissent entendre qu’il ne respectait pas ses bêtes. «A la manière dont on est contrôlé, c’est comme si on n’aimait pas nos animaux ou qu’on les maltraitait. Pour finir, y en a marre!»

Le problème principal est en fait d’ordre purement pratique. Alors qu’auparavant les vaches pouvaient rester à l’étable durant l’hiver, la loi impose désormais qu’elles sortent au moins trente jours. Et, comme la ferme des Parmelin est située en haut du village, derrière l’église, les bêtes doivent prendre la route pour aller aux champs. L’hiver, c’est trop dangereux. Sans parler de la circulation croissante sur la route de l’Etraz (6000 véhicules par jour).

«Dans les années 1980, il n’y avait que deux ou trois voitures derrière le troupeau, raconte Gérald, Aujourd’hui, il y a tout de suite un bouchon jusqu’à l’autre bout du village.» Egalement paysan à Bursins, le conseiller national Guy Parmelin se souvient que ses parents ont quitté le centre de Bursins en 1971. «Nous avions l’écurie d’un côté de route de l’Etraz et le tas de fumier de l’autre. Quand les Genevois revenaient du Signal-de-Bougy, le dimanche soir, on ne pouvait plus traverser.»

Vendues une à une

«La paysannerie n’a plus sa place au sein des villages de La Côte, reconnaît le syndic, Philippe Parmelin. Les vaches étaient pourtant plus efficaces que les gendarmes couchés», plaisante-t-il, un brin nostalgique.

Restées à l’alpage, les vaches sont vendues une à une. Le «grand Gérald» a dit adieu à Marceline, «née le jour où je suis entré à Marcelin», à Mirka (en référence à Federer), à Adèle et à Shakira (dont il écoutait les tubes à la radio), à Vreni (Schneider, la skieuse), et à ses autres compagnes bien aimées. Il se cherchera un petit boulot pour l’hiver et pourra dormir plus longtemps le matin.

Créé: 05.10.2013, 18h08

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