Ses doigts de fée manient toutes les matières

PortraitSamuel Monachon, de Gollion, aime travailler le bois, le cuir, le métal... Mais c'est un prix de couture qui a ponctué son Ecole ménagère.

«Pour ce local, l’idée, c’était de mener un projet avec une équipe d’amis. Chacun partage ses connaissances. Par la suite, pourquoi pas, on y fera des soirées à thèmes.»

«Pour ce local, l’idée, c’était de mener un projet avec une équipe d’amis. Chacun partage ses connaissances. Par la suite, pourquoi pas, on y fera des soirées à thèmes.» Image: ODILE MEYLAN

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Ce rez-de-jardin de la maison familiale, à Gollion, Samuel Monachon, 21 ans, en a fait sa tanière. Ou plutôt un point de chute ouvert à tous les potes. Il y a l’atelier, son royaume, et, juste à côté, dans l’ancienne étable, une pièce accueillante aux airs de taverne grecque – «j’ai longtemps cherché le bon bleu» – avec ses mangeoires transformées en alcôves douillettes, ses coussins graphiques faits maison et le bar, taillé dans le noyer de la propriété. Les travaux ne sont pas encore tout à fait terminés mais la déco est soignée. «Ici, l’idée, c’était de mener un projet avec une équipe d’amis. Chacun partage ses connaissances. Par la suite, pourquoi pas, on y fera des soirées à thèmes, genre atelier du cuir et pizzas. J’aime beaucoup recevoir les gens et échanger des savoirs.»

La grange et le jardin pour terrains de jeu

Tout l’inspire, Samuel. Un vieux candélabre, il le restaure pour éclairer la terrasse. Un peu de béton, il le façonne en cache-pots design. Une barre de métal, il en fait un rail de porte coulissante. «D’avoir grandi avec un beau jardin et une grange pleine de vieilles choses, ça m’a donné très vite le goût de réparer, de rénover, et ça m’a poussé à aménager un atelier. J’aimerais bien un jour en faire un atelier participatif.»

C’est justement cette envie de mettre la main à la pâte, de créer, de cuisiner qui le pousse à s’inscrire à l’École ménagère de Marcelin (en économie familiale). Seul garçon de sa volée, cinquième de toute l’histoire de l’école. «Mon père avait aussi tenté sa chance à l’époque. Il s’était fait remballer: «On va pas mettre un coq au milieu des poules!» Rien de tel pour Samuel. Pas une raillerie, pas un quolibet. Les amis admirent, les camarades de classe s’attachent – «on était très soudés» –, les profs récompensent un élève «créatif et plein d’initiatives».

Son sac à dos (photo) lui vaudra un 6 en couture. «Il a apporté une nouvelle dynamique à la classe, se souvient la directrice, Anne-Marie Pavillard. C’était un leader, dans le sens positif du terme: il tirait les autres sans prendre toute la place. Il était respecté.» Louanges encore quand son groupe redécore le hall d’entrée de l’école. En fin de formation, Samuel Monachon se voit remettre le Prix de couture et de décoration d’intérieur. Lui préfère insister sur le travail d’équipe, heureux de l’expérience humaine et de sa formation: «Je voulais apprendre à tenir un ménage. Parce que je compte m’impliquer plus tard dans ma future vie de famille.»

Chez Samuel, la fringale de comprendre, de fabriquer, d’imaginer, le tenaille depuis tout petit. Avec cet impératif d’une vie tournée vers la nature et l’humain. Il évoque volontiers le «bushcraft», cet art de vivre simplement et en faisant appel aux savoir-faire anciens: «Souvent je me dis que je suis né un siècle trop tard». La technologie? Comme tous les jeunes de son âge, il se sert volontiers de son téléphone, «c’est utile, mais il ne faut pas non plus s’y perdre, ça peut vite nous déconnecter de la réalité».

La grosse casse

Dans sa réalité à lui, il y a donc la nature, mais aussi les amis. Avide de découvertes, il multiplie les activités qui créent des liens. Le scoutisme, la pêche – «ah, la brume du matin sur le lac de Joux!» –, le tennis, le curling, la danse contemporaine, la guitare, la coutellerie… «Je me dis souvent: «Sam, fais des choix, il y a un temps pour tout.» Une passion a toutefois failli le briser. C’était après l’école obligatoire. Fan de cuisine, le jeune Samuel se lance dans une formation de pâtissier-confiseur à corps perdu. Littéralement. «Je me suis donné à 200%. J’aimais beaucoup ce métier.» Mais au bout de trois ans «de petites choses qui s’accumulent» et d’une relation de mobbing avec un chef, c’est la casse. «J’ai fait un gros burn-out. J’avais épuisé toutes mes forces.»

Suivent des mois de pause douloureuse, de lente reconstruction intérieure, animé d’une foi solide en un «Dieu juste, protecteur et aidant. Ça m’a sauvé, dit-il sobrement. Si je n’avais pas eu cette lumière, ça aurait pu mal finir.» Un cheminement qui mènera finalement Samuel à pousser de nouvelles portes. C’est là qu’il entamera son projet de bar à bière et ses cours à Marcelin.

C’est aussi à cette période qu’il supplie les recruteurs de l’armée de le déclarer «apte», seule condition pour pouvoir effectuer un service civil: «Ça n’allait pas me faire aller mieux si on me déclarait inapte! J’aurais broyé du noir. Le service civil pouvait m’aider à me réinsérer dans le monde du travail.» Il convainc un autre médecin, qui signe le document. À lui de trouver des «missions». Elles seront, si possible, en lien avec la nature et le patrimoine: les vaches d’Hérens, le fromage de L’Étivaz (il vit ces jours à l’alpage), les sentiers pédestres du Doubs…

Révélation auprès de jeunes cabossés

Et, surtout, il y aura ce premier stage, une révélation: en 2018, l’École protestante d’altitude à Saint-Cergue cherche justement un civiliste comme assistant pédagogique. «Si vous voulez relever le défi, c’est ouvert», lui lance le directeur, Olivier Girardet. Samuel passera six mois auprès de jeunes de 8 à 16 ans au parcours cabossé. «Je me suis senti vite à l’aise. C’était magnifique!» Et de raconter ces «moments cadeaux sur le plan relationnel», ces alternances d’orages, de cris, de menaces et de jeux, de partage et de confidences. Olivier Girardet retient quant à lui l’implication de son stagiaire: «Samuel est un garçon sensible, attachant, disponible et très touché par les situations des élèves.»

Un boulot dans le social? «L’idée me plaît bien. Ou dans le travail du bois aussi. Mais comme j’ai déjà été blessé dans une passion, j’ai peur que ça m’abîme aussi celle-ci.» (24 heures)

Créé: 23.05.2019, 09h34

Bio

21 novembre 1997 Naissance à Morges, quatre ans après son frère, Nicolas. Père jardinier, mère assistante médicale. «Mes parents ont toujours été très présents.» Scolarité à Cossonay.

2005 Premiers pas dans le scoutisme confessionnel avec les Flambeaux. Après une pause, devient chef en 2015, se découvre alors une passion pour l’activité, «son côté social, très nature et authentique».

2013 Commence son apprentissage de pâtissier-confiseur.

2016 Burn-out. Arrête sa formation.

Septembre 2016 Aménagement de l’atelier rêvé depuis longtemps, au rez-de-chaussée de la maison familiale.

Janvier 2018 Six mois comme assistant pédagogique à l’École protestante d’altitude à Saint-Cergue, dans le cadre du Service civil. Une révélation.

Septembre 2018 Commence la formation de Marcelin en économie familiale.

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