L’élève rebelle revient à Nyon en cinéaste accompli

Visions du RéelMatthieu Rytz a présenté son premier film en préouverture du festival dans l’école qui l’avait exclu avant la fin de sa scolarité.

Matthieu Rytz est de retour comme cinéaste dans un festival qu'il a fréquenté plus jeune comme spectateur.

Matthieu Rytz est de retour comme cinéaste dans un festival qu'il a fréquenté plus jeune comme spectateur. Image: Yvan Rytz/DR

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La salle pleine à craquer a applaudi Matthieu Rytz, avant la projection de son premier long-métrage, jeudi soir, en préouverture de Visions du Réel. Le moment était fort pour le cinéaste nyonnais, qui revenait dans un lieu symbolique pour lui, l’aula du Collège de Marens. «Je n’en ai pas dormi de la nuit, avouait-il quelques heures plus tôt. Être projeté ici, à Visions du Réel, a une saveur particulière.» On le comprend. Il y a quelques années, l’élève rebelle qu’il était avait été exclu de ce collège, mettant une fin prématurée à sa scolarité obligatoire.

Pourtant, il n’y a aucune rancœur chez l’artiste, qui s’est exilé à ses 18 ans et a passé les seize dernières années à Mont­réal. «J’ai plutôt un sentiment de satisfaction d’avoir fait les bons choix en quittant la Suisse. Je reviens aujourd’hui avec un film qui est projeté à guichets fermés dans trois salles (Ndlr: son long-métrage était aussi à l’affiche le même soir à la salle communale et à la Colombière, portant le nombre de spectateurs à un millier) et avec un bachelor en poche.»

Quel chemin parcouru pour celui que les conseillers en orientation avaient promis à une carrière dans le monde de la construction. Son premier film connaît un beau succès. Il a été sélectionné par le Festival de Sundance, aux États-Unis, l’une des principales vitrines du cinéma indépendant américain. Dans la catégorie œuvres internationales, les organisateurs ont reçu 2800 longs-métrages et n’en ont retenu que douze, dont celui de Matthieu Rytz. «J’ai vraiment cru en mon projet, mais le succès qu’il rencontre dépasse mes attentes», reconnaît le cinéaste, qui fait la tournée des plus grands festivals documentaires depuis Sundance. Il devrait participer à une trentaine de rendez-vous cinématographiques d’ici au mois de juin. Tout cela pour un premier film. Un coup de maître.

Son long-métrage, «Anote’s Ark» (L’arche d’Anote), est le fruit d’un travail de quatre ans. Le cinéaste s’est immergé dans les îles Kiribati, condamnées par la montée des eaux. Il suit le président Anote Tong – une sorte d’Obama du Pacifique – ainsi qu’une mère de famille, une réfugiée climatique, qui s’exile en Nouvelle-Zélande. «Je ne voulais pas faire un film de plus sur les effets du réchauffement climatique, insiste Matthieu Rytz. Cette problématique est connue. Je voulais me poser la question: et «what else»? J’ai pris le parti de raconter comment vivent les habitants qui sont confron­tés à ce phénomène.»

Un travail qui tient autant du cinéma que de l’anthropologie, deux domaines qui lui tiennent à cœur. S’il se découvre cinéaste, Matthieu Rytz se considère avant tout comme un «visual story teller», ou un narrateur d’histoires par les images. À Montréal, où il a vécu seize ans, il a été très actif dans le monde de la photographie. Dans la métropole québécoise, il a aussi étudié l’anthropologie. «Là-bas, il est possible d’entrer à l’université sans diplôme à partir de l’âge de 21 ans, se souvient-il. C’est pour cela que je m’y suis installé à l’époque.» Il y obtiendra un bachelor. «Cette discipline n’était pas pour moi un moyen de faire carrière, mais un outil pour mieux comprendre les voyages», précise ce baroudeur qui aime rencontrer les populations autochtones.

Cinéaste sur le tard

Et la suite? Matthieu Rytz sourit. «J’ai plusieurs idées en tête, mais il est trop tôt pour les exposer», lâche-t-il mystérieusement. Maintenant qu’il a goûté au cinéma, il n’exclut pas l’idée de poursuivre cette expérience qui lui a «beaucoup appris». Il faut avouer qu’il a démarré sans connaissances spécifiques dans le septième art et le documentaire. Il avait l’œil du photographe, mais pas du professionnel du cinéma, puisqu’il n’a jamais suivi d’école dans ce domaine.

Au final, il a tourné les images, enregistré le son et produit lui-même son film. Il n’a reçu d’aide que pour la postproduction. «Quand j’ai commencé à travailler avec les monteurs, je ne comprenais pas toujours ce qu’ils me disaient. Ils me parlaient de contre-plans et d’autres termes techniques que je ne possédais pas.» Pas de quoi effrayer un homme qui a démontré par le passé que le passage sur les bancs des écoles n’était pas nécessaire pour parvenir à ses fins, aussi ambitieuses soient-elles.


«Anote’s Ark», de Matthieu Rytz, jeudi 19 avril à 18 h au Théâtre de Grand-Champ, à Gland. Toutes les infos et réservations sur www.visionsdureel.ch (24 heures)

Créé: 16.04.2018, 10h05

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