Le futur chef de la justice vaudoise trône aussi sur les épouvantails

PortraitEnfant de Morges et président de la Nuit qui célèbre les vignerons, Eric Kaltenrieder présidera le Tribunal cantonal dès janvier 2018.

Eric Kaltenrieder estime que la justice doit être transparente et expliquer ce qu'elle fait au peuple, notamment lors des grandes affaires.

Eric Kaltenrieder estime que la justice doit être transparente et expliquer ce qu'elle fait au peuple, notamment lors des grandes affaires. Image: Florian Cella

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Séparer le bon grain de l’ivraie, telle pourrait être la devise d’Éric Kaltenrieder, l’homme qui s’installera à 47 ans sur le trône de la justice vaudoise le jour de Nouvel-An. Pas sûr que l’image lui convienne, mais quand on siège aussi bien au Tribunal cantonal que militaire, que l’on a pour hobby d’attribuer ou de refuser leurs licences aux meilleurs clubs de football du pays ou encore de désigner le «roi» des vignerons morgiens, il faut bien avoir de la poigne et savoir décider.

Pourtant, ceux qui ont l’occasion de croiser Éric Kaltenrieder savent qu’il ne se cache pas un tyran derrière la fonction. Plutôt un homme de dialogue, un médiateur qui cherche toujours à faire avancer les choses à l’issue de la discussion, qu’il affectionne. Avant de dire le droit, cet amateur de football – qu’il n’est pas rare de croiser au bord d’un terrain – s’est d’abord vu raconter le sport. «J’avais pour modèle les journalistes de la Radio romande, que j’écoutais religieusement avant de commenter le ski ou les grands matches dans ma chambre.»

Il faut dire que le jeune Éric avait un accès direct à l’image, son nom de famille étant associé pour tout Morgien au magasin radio-TV de ses parents qui avait pignon sur rue, alors que les grandes surfaces qui l’entourent aujourd’hui n’étaient encore que des terrains vagues. «Cette passion n’a pas varié et malgré l’envie tenace et quelques papiers dans la presse locale sur le… volley, je me suis fait rattraper par le droit au cours de mes études. Sans le savoir ni le vouloir, c’est devenu une évidence», témoigne celui qui a disputé les 20KM de Lausanne cette année.

Touche à tout, le juriste fait ses gammes en même temps qu’il grade à l’armée et se fait repérer dans les rangs radicaux du Conseil communal de Morges. Cela le conduit par exemple à diriger le département Sports de l’ancienne Union des sociétés locales ou à présider la Nuit des Épouvantails, sorte de «résurrection» de la défunte Fête des vendanges.

De Lagonico au Rallye des Alpes

Éric Kaltenrieder s’imagine donc avocat pour un moment, d’autant que son cabinet morgien et sa seconde adresse à Yverdon jouissent d’une solide réputation. «Je garde en mémoire de nombreuses affaires de ces douze années, mais en particulier une en marge du rapt de Stéphane Lagonico. Stagiaire et commis d’office, j’avais dû défendre un des accusés secondaires et cela m’avait valu de remporter ma première victoire au Tribunal fédéral.» Un autre événement marquant refait surface, celui de l’accident qui avait endeuillé le Rallye des Alpes vaudoises en 2003. «Il y avait une dimension émotionnelle énorme avec des questions très vastes, comme la responsabilité des organisateurs ou des spectateurs, sans parler des pilotes. Chacun s’est rendu compte qu’il régnait jusqu’ici une forme d’inconscience collective au bord des routes de compétition.»

Un destin d’avocat, donc, qui prend un virage à 180 degrés quand on le sollicite pour devenir juge cantonal en 2012 sous la bannière du PLR. «Cette proposition a donné lieu à une grande réflexion, m’a obligé à me positionner sur l’échiquier de la justice. Et puis quand le train est arrivé, je me suis dit qu’il fallait y monter.» Après un parcours éclair – avec une décision explosive qui remet en question l’adjudication du chantier de l’Hôpital intercantonal Riviera-Chablais – le voilà déjà qui passe du stade de «bleu» à celui de «commandant», une ascension express qu’il prend avec modestie. «C’est une fonction exposée, qui nécessite d’aller sur le terrain, de se frotter au politique mais aussi à la population. Autant dire que les candidats ne se bousculent pas…»

Dans son esprit, qu’il s’agisse de son rôle au Palais de l’Hermitage ou au comité du Triathlon de Préverenges, la donne ne change pas tellement. «Je suis un homme qui aime l’organisation. Je me mets toujours à disposition de l’institution pour que celle-ci fonctionne.» Personnage central de la vie morgienne, l’œnologue d’Échichens Raoul Cruchon abonde: «C’est un type qui vit pour sa région, qui aime son canton. Ce qu’il fait n’est jamais pour lui-même mais pour les autres, un trait de caractère qui n’est pas toujours propre à cette génération. Il a une vision très claire, très épurée des choses.» Rencontré dans le cadre de la Nuit des Épouvantails, le vigneron en a fait depuis le «très précieux vice-président» de la Cité Radieuse, fondation pour les personnes en situation de handicap qu’il préside.

Prêt à la transparence

Famille, sport, armée, mandats associatifs, comment va-t-il faire pour tout concilier dès que le calendrier affichera 2018? «Il va falloir trier, c’est sûr, car je compte m’engager à fond.» D’autant qu’il loue l’outil qu’on lui remet. «J’ai la chance d’hériter d’une justice qui va bien, qui a su anticiper les réformes sous la conduite de mon prédécesseur, Jean-François Meylan. L’an dernier, nous avons reçu 56 000 nouveaux dossiers tout en rendant davantage de décisions durant la même période.» Pour lui, c’est une preuve de l’efficacité d’un système qui fonctionne, de compétences qui sont au rendez-vous. «Je veux m’engager pour cela au même titre que la transparence. Dans le cadre d’affaires graves, il y a une attente du citoyen qui veut qu’on lui explique la situation, ce qui suppose de réagir au bon moment. J’y suis prêt.» (24 heures)

Créé: 12.12.2017, 09h05

Bio

1970 Naissance à Morges.

1998 Obtient le titre de docteur en droit, puis débute son stage d’avocat. Épouse Valérie la même année.

1999 Organise avec des amis la première édition du Triathlon de Préverenges, «une aventure humaine extraordinaire, qui dure toujours».

1999 Naissance d’Inès. Suivront Johan en 2002 et Valentin en 2006.

2001 Brevet d’avocat. Pratique le barreau jusqu’en 2012.

2010 Reprend la présidence de la Nuit des Épouvantails: «Dans notre région où la vie viticole est si importante, nous devons perpétuer nos traditions.» 2012 Devient juge cantonal.

2015 Intègre le comité de la Cité Radieuse, à Echichens, où il siège comme vice-président.

2017 Est élu à la présidence du Tribunal cantonal, fonction qu’il occupera à partir du 1er janvier 2018.

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