Le grand céramiste Edouard Chapallaz est mort

ArtL'un des maîtres de la céramique moderne, est décédé à 95 ans. Il avait installé son atelier à Duillier il y a plus cinquante ans.

Edouard Chapallaz en 2001, avec des pièces et subtiles émaux qui ont fait sa renommée.

Edouard Chapallaz en 2001, avec des pièces et subtiles émaux qui ont fait sa renommée. Image: Alain Rouèche

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«Avec la disparition d’Edouard Chapallaz, le monde de la céramique a perdu une grande personnalité», relève Anne-Claire Schumacher, conservatrice du Musée Ariana de Genève. L’institution, qui ne possède pas moins de 180 pièces de l’artiste vaudois décédé dimanche à près de 95 ans, avait encore l’an dernier consacré une exposition à ce maître du vase émaillé.

Car si l’artiste, établi depuis plus de cinquante ans à Duillier, ne pouvait plus travailler, son œuvre, elle, remplit les étagères des musées et des collectionneurs du monde entier. C’est que l’homme, virtuose du tournage et maître incontesté des émaux, a été l’un de ceux qui ont donné à la céramique suisse un nouvel élan tout au long de la deuxième moitié du XXe siècle.

Un technicien hors pair

Né à Yverdon en 1921, Edouard Chapallaz est devenu potier un peu par hasard. Parce que, en ces temps difficiles de crise et de guerre, le brillant écolier, orphelin de père dès l’âge de 2 ans, doit gagner sa vie plutôt que faire des études. C’est ainsi qu’il suit une formation de tourneur à l’Ecole suisse de céramique de Chavannes-Renens.

Le jeune homme est doué et travaille dès 1939 dans l’industrie chez Tonwerk AG, près de Schaffhouse. Fabriquer des jarres ou des pots à l’heure lui apprend la rapidité et la précision. Bon technicien, passionné de chimie, il aime déjà chercher alliages et émaux nouveaux. «Chez Landert, une autre entreprise où il a travaillé plus tard, c’est lui qui a trouvé l’additif pour que les caquelons à fondue en terre n’éclatent pas sur le feu! Il a aussi mis au point une colle pour les catelles, chez Ceramic, à Gland», raconte Claude, l’un de ses trois fils.

En parallèle, Edouard Chapallaz travaille la terre et entreprend des recherches personnelles, participant à des expositions collectives. A la fin des années cinquante, il décide de se mettre à son compte et construit une villa dans les vignes, à Duillier, près de Nyon, où il installe son atelier, au rez-de-chaussée.

Entre terre et feu

Fasciné par les techniques de l’Extrême-Orient, comme le temoku, le céladon ou le fameux rouge sang de bœuf, le céramiste se plonge dans la recherche des émaux à haute température, à la manière des maîtres chinois. Véritable alchimiste, spécialiste de la réduction des fers au four électrique, il renouvelle sans cesse la tradition par ses propres gammes de couleurs, les collectionneurs attendant passionnément la sortie de nouvelles pièces.

Edouard Chapallaz a certes réalisé des fresques murales, de la poste de la gare de Lausanne à l’Ecole suisse de Mexico, mais contrairement à son alter ego Philippe Lambercy, il boude la sculpture, privilégiant les formes simples et épurées de la jarre, du vase ou du plat.

Lauréat des plus grands concours internationaux de céramique, comme Faenza (I), Vallauris (F), Prague ou Mino, au Japon, l’artiste a exposé des centaines de fois, des Etats-Unis au Japon, de France à la Turquie. Il reçoit la Bourse fédérale des arts appliqués ainsi que le Grand Prix de la Fondation vaudoise pour la culture, en 1988.

Cette forte personnalité, passionnée d’étoiles, de musique classique, de théâtre et de bons vins, est partie avec l’humilité qui la caractérisait. (24 heures)

Créé: 12.02.2016, 12h21

L'âme de la Triennale

«C’était une très riche personnalité, attachante, qui restait, malgré son grand talent, très simple et très humble», relève Daniel Rossellat, syndic de Nyon, qui partageait avec lui le goût du bon vin.

A la fin des années 80, le céramiste de Duillier avait eu l’idée, avec quelques notables de Nyon et la conservatrice du Musée Ariana d’alors, Marie-Thérèse Coullery, de redonner à la ville, qui abritait au XVIIIe siècle une manufacture de porcelaine réputée, un lien avec la création céramique. C’est ainsi qu’est née la Triennale de la porcelaine contemporaine de Nyon. Une exposition de haute qualité, qui réunissait tous les trois ans les plus grands créateurs de porcelaine du monde entier en un concours distingué par le Poisson d’or.

Edouard Chapallaz a présidé la Triennale pendant plusieurs années, contribuant à redonner à Nyon sa renommée de ville de céramique. Une aventure qui s’est malheureusement terminée, faute de locaux. En 2011, la Ville de Nyon organisait au château une cérémonie à l’occasion des 90 ans de l’artiste de réputation internationale.

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