Ces grands arbres qui divisent à Nyon

RéférendumLes opposants et les partisans de la Suettaz s’écharpent sur les arbres condamnés par le projet.

Le projet qui prévoit la démolition de la grande barre locative condamnera plus d'une cinquantaine d'arbres, dont le séquoia géant qui culmine à 25 mètres.

Le projet qui prévoit la démolition de la grande barre locative condamnera plus d'une cinquantaine d'arbres, dont le séquoia géant qui culmine à 25 mètres. Image: Vanessa Cardoso

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La question des arbres déchire la ville depuis des semaines dans le cadre de la campagne référendaire contre le nouveau plan de quartier de la Suettaz. La votation est fixée au dimanche 9 février.

Ce sujet émotionnel a même parfois relégué la problématique du logement au second plan, alors qu’il est prévu une hausse sensible du nombre d’appartements (de 248 à 350, répartis en 280 à loyer d’utilité publique et 70 à loyer modéré) dans une ville en pénurie de logements. Le taux de vacance est de 0,35%.

Pour y voir plus clair, nous nous sommes procurés le relevé d’arborisation du site effectué, datant d’août 2019. Il a été réalisé par Ecoscan, un bureau d’études en environnement. Nous avons aussi questionné un dendrologue et un écologue reconnus.

Combien d'arbres?

Le comité référendaire évoquait dans un communiqué officiel envoyé le 30 janvier le chiffre de 66 arbres, en citant le rapport Ecoscan. Ce chiffre date d’un recensement de 2016. La mise à jour du rapport, qui date d’août 2019, réduit ce nombre à 53. La différence s’explique par l’abattage de neuf arbres qui avaient été englobés par erreur sur la parcelle de la Suettaz alors qu’ils étaient situés sur celle du quartier des Saules. Ils ont été rasés pour la construction des immeubles de ce dernier. D’autres arbres ont été enlevés pour des raisons sanitaires. À noter que deux érables ont été plantés et qu’un charme est réapparu, car il avait été oublié en 2016.

État sanitaire

Les arbres ne sont pas mourants, comme certains partisans du projet l’ont laissé sous-entendre. Ils ne sont pas non plus en pleine santé. Ecoscan estime que leur état sanitaire est satisfaisant. Dix d’entre eux sont tout de même jugés non optimaux et sont donc menacés de dépérissement. Un événement tempétueux avaient d'ailleurs endommagé sérieusement sept arbres en mai 2019. Ils avaient dû être abattus pour des raisons de sécurité.

Valeur paysagère

La valeur paysagère des arbres est jugée moyenne à bonne en les prenant individuellement, selon l’expert. Le grand séquoia, emblème du quartier que les référendaires ont pris en amour, a par exemple une valeur paysagère élevée. En revanche l’ensemble du site a une valeur faible à moyenne. Le parc manque de cohérence, notamment à cause de la variabilité des silhouettes et la diversité des essences. «L’absence de stratégie d’arborisation manque à distinguer l’identité du quartier», peut-on lire dans le rapport.

Valeur écologique

L’emblème des référendaires est un écureuil. Sur le matériel de campagne, l’animal dit merci de voter non et, ainsi, de préserver les arbres qui constitueraient son garde-manger. «Les grands arbres sont des refuges pour la faune locale comme les oiseaux et les écureuils. Les abattre serait une attaque contre la biodiversité», dit le matériel de campagne. La défense de la biodiversité est un réel enjeu.

Membre de la société internationale de dendrologie et de la section locale de Pro Natura, Sylvain Meier note pour sa part qu’aucun des arbres n’offre aujourd’hui de la nourriture aux écureuils. «Qu’importe, répond Béatrice Enggist, coprésidente du comité référendaire. Nous l’avons choisi pour incarner la faune.» Ecoscan est critique sur la valeur écologique des arbres. Celle-ci est est globalement faible à moyenne. Plusieurs raisons expliquent cela. La présence de 60% d’essences exotiques en est une.

La végétation buissonnante du site pourrait être améliorée, mais son entretien en diminue la valeur écologique à cause de la manière de tailler les arbres et de ne pas laisser un ourlet herbeux tout autour. L’entretien intensif des surfaces de verdure, composées de gazon, limite aussi le développement d’une flore de qualité.

Couper ou conserver

Les référendaires estiment que le bilan écologique serait négatif en coupant les grands arbres. Ils défendent l’idée d’en conserver le plus grand nombre possible, surtout les plus grands. «Pour que ceux qui seront plantés atteignent la même hauteur, il faudra au moins trente ou quarante ans, explique Béatrice Enggist. D’ici là, il y aura moins de production d’oxygène par photosynthèse car il y aura moins de feuilles.»

Dans les entrailles du «Mur de la honte»

Le promoteur promet de planter plus d’arbres pour compenser la coupe de ceux existants. «Le bilan sera meilleur, souligne Ilhan Büchler, directeur de LSR. Certes, il y aura moins de photosynthèse pendant quelques années, mais ce sera compensé par une meilleure isolation dans les nouveaux logements. Les effets de gaz à effets de serre seront beaucoup diminués.»

Florian Meier, l’écologue qui fut l’âme du Bois de Chênes pendant de longues années, souligne qu’il faut prendre du recul. «Il y aura une diminution des échanges gazeux, mais cela ne signifie pas qu’il y aura une perte de biodiversité. D’autres éléments entrent en ligne de compte, comme la complémentarité entres les milieux et la qualité des espèces plantées.»

Le projet d’arborisation

LSR s’est engagé par convention avec la Ville à investir une somme de 300 francs par mètre carré pour les aménagements extérieurs. Dans le développement des quartiers, cette somme est habituellement deux fois inférieure. L’argent servira notamment à replanter 76 arbres, pour compenser la disparition des 53 existants. Le promoteur met en avant des essences indigènes pour 66 d’entre eux.

Le dendrologue Sylvain Meier émet des réserves sur ce plan. Le terme d’indigène est incorrect pour le chêne chevelu, dont sept sont prévus dans le projet. «Il s’agit d’une essence suisse, mais du sud des Alpes», remarque-t-il. «C’est dommage, cette espèce est envahissante», relève quant à lui Florian Meier. Les spécialistes préféreraient des chênes sessiles, qui ont le mérite de résister à la sécheresse.

Certaines essences, comme l’érable obier ou le hêtre commun, ne seraient pas idéales non plus, n’étant pas forcément adaptées aux conditions de la ville. «Ils peuvent garder le plan, mais il faut l’adapter», conclut Sylvain Meier.

Créé: 02.02.2020, 19h30

Commentaire

Nyon face à son futur

Le vote sur la plan de quartier de la Suettaz est d’une importance cruciale pour la Ville de Nyon. Quel que soit le résultat du vote, celui-ci sera visible rapidement et marquera durablement l’urbanisme de la commune.

Le projet de la Suettaz n’est certes pas parfait. Mais il paie surtout les pots cassés pour la réalisation des derniers grands quartiers de la ville. Celui de la Petite Prairie, où la verdure se résume à peu de chose près aux géraniums sur les balcons, est un modèle qu’aucun être sensé ne souhaite revoir. Son plan de quartier date de plusieurs années et a été élaboré selon des normes désuètes.

Ce n’est pas le cas du quartier de la Suettaz. Le propriétaire promet de la nature jusque dans les cours des quatre immeubles à construire sur un site aujourd’hui très minéral. Il investit plus que ce qui est la norme en matière d’aménagement extérieur. Il apporte aussi une solution concrète au problème de pénurie de logements qui sévit dans la ville et qui touche en particulier les petits budgets. Et tout cela en prenant un soin extrême pour trouver des solutions adaptées de relogement pour l’ensemble des locataires.

En disant non à ce projet, les Nyonnais donneraient un très mauvais signal aux promoteurs. Car si un tel projet n’est pas digne d’être construit en ville, quel autre le serait par la suite? À moins que l’on veuille mettre Nyon sous une cloche pour quelques décennies.

Raphaël Ebinger

Articles en relation

Offensive pour davantage de loyers doux à Nyon

Logement Une coopérative veut construire 23 appartements sur une parcelle de la Ville. De quoi répondre à un besoin évident. Plus...

Dans les entrailles de la Suettaz, un monstre voué à la démolition

Nyon La plus grande barre d’habitation de Nyon sera démolie. Ses habitants vivent entre nostalgie et espoir. Plus...

Elle combat par référendum son municipal de mari

Nyon Doris Uldry copréside le comité référendaire qui s’oppose à un plan de quartier soutenu par la Municipalité. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.