Grégoire Goël, artiste pur sucre, donne des cours à Perroy

RencontreL’ancien pâtissier crée ses sculptures par passion et donne des stages pour apprivoiser cette matière modelable.

L’artiste dans sa salle de cours, au milieu de quelques-unes de ses créations.

L’artiste dans sa salle de cours, au milieu de quelques-unes de ses créations. Image: Odile Meylan

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Grégoire Goël a le sourire quand il travaille dans son atelier: «C’est un jeu, le sucre, je suis un grand gamin quand je réalise mes sculptures.» Le quadragénaire lausannois installé à Perroy se consacre entièrement à son art, pour le plaisir de façonner encore et encore ses boules chaudes en des animaux colorés, des décors complexes, dans une ambiance de cartoon. Il a ainsi remporté, entre autres distinctions, le prix Best of Show au Cake International 2017 de Birmingham avec son ensemble de bonsaïs aux chauves-souris accrochées à l’envers.

«Ce que je fais, c’est beaucoup plus anglo-saxon que francophone. Dans l’Hexagone, les concours de sucre sont figés dans l’histoire classique, tout doit être fait sur place et être mangeable, donc on tombe sur les éternelles fleurs en sucre et pas beaucoup de déclinaisons. En cake design, tout ce qui se voit doit être mangeable, mais on peut utiliser des structures par-dessous pour stabiliser, en métal ou en polystyrène par exemple, et les pièces sont faites à l’avance. Les juges là-bas privilégient davantage le design que le goût.» Ça tombe bien, les œuvres de Grégoire Goël ne se mangent pas. Et certaines, comme ce corail immense et toute sa faune aquatique, ont demandé des mois de travail par épisodes.

Le plaisir de créer

L’artiste n’est pas né dans le sucre, mais il a découvert les douceurs lors d’une visite à une boulangerie pendant son collège. Séduit par l’odeur, par l’envie de fabriquer quelque chose de positif, par les horaires décalés, il y fait un apprentissage, puis travaille un peu avant de partir pour l’Afrique avec trois copains. Quand il revient, il bosse à Leysin pour pouvoir faire du snowboard, puis prend du grade à la fabrique Jowa. La sculpture, il s’y est vraiment mis il y a sept ans en parallèle, et il ne fait que ça depuis un an et demi.

«Je ne fais plus de la pâtisserie, je me considère comme un artiste. Je crée des pièces que je ne pourrai jamais vendre. Qui achèterait ce dragon qui m’a pris deux semaines de travail à son vrai prix?» D’autant que les œuvres, même laquées, ne sont pas faites pour durer plus que trois ans maximum. «Je crée de l’éphémère, pour mon plaisir, et je ne suis pas attaché aux choses.» Pour preuve, les sculptures qui sont devant son atelier et qui doivent partir à la déchetterie. «Oui, ça ne sert à rien, sauf à faire plaisir à ma nièce à ses anniversaires, et c’est déjà beaucoup.»

L’envie de transmettre

Le garçon rentre d’une tournée américaine où il est allé montrer ses techniques particulières, comme les yeux incroyables qu’il réalise pour ses animaux. «Au début, je faisais des yeux comme tout le monde, blanc avec un petit point noir au milieu. Ça m’a pris plus d’une année pour mettre au point ceux que je fais actuellement.» Criants de réalisme et de transparence, ces détails lui demandent un gros travail, avec cinq ou six sucres colorés différemment qui chauffent en même temps et qu’il modèle l’un après l’autre. «J’en fais une centaine à chaque fois, et j’en garde une vingtaine parce que ce n’est pas facile d’en faire deux qui fassent vraiment la paire.»

Pour vivre, le sculpteur s’est aménagé une salle de cours où il donne des stages de un à cinq jours, tant aux privés qu’aux professionnels. «Mais je rencontre davantage d’intérêt en France, en Belgique où je suis ce week-end et en Suisse alémanique.» Le solitaire se transforme alors en prof attentif et souriant. «Les gens ont toujours peur, mais le sucre c’est facile et il faut très peu de matériel.» Sans doute. Mais beaucoup d’expérience, non?

www.gregoire-goel.com


Comment maîtriser l’isomalt

Bien sûr, on peut faire des sculptures en vrai sucre blanc, mais cela nécessite pas mal de préparation pour le transformer en pâte malléable. Grégoire Goël travaille, comme beaucoup, avec de l’isomalt qui a les mêmes propriétés. Il le fait d’abord chauffer dans une casserole, y ajoute 3% d’eau et un colorant avant de mettre le pâton sous une lampe à infrarouge, sur un tapis Silpat qui ne colle pas. Ou il le coule dans des moules.

À partir de là, tout est question de température et d’humidité. La première, c’est 55 °C environ qu’il ressent à la main, la seconde est à éviter pour que le sucre ne ternisse pas. On commence par satiner le sucre en jonglant, ce qui lui incorpore des bulles d’air. Ensuite, on peut le tirer, le souffler comme on soufflerait le verre, le modeler à la main, ou combiner ces techniques. Grégoire Goël a également inventé des méthodes pour cristalliser sa surface et lui donner un aspect fourrure. Il colle ensuite les pièces au chalumeau, les termine par un coup d’aérographe. Avant de les vernir pour qu’elles se conservent un peu mieux.

Créé: 07.09.2019, 11h01

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