Gros élan de solidarité pour les réfugiés de Crans

AccueilPrès de huitante personnes de ce village privilégié de 2000 habitants se mobilisent pour aider les migrants.

Crans-Céligny, 22 décembre 2015, souper offert par des bénévoles à des requérants d'asile de la région.

Crans-Céligny, 22 décembre 2015, souper offert par des bénévoles à des requérants d'asile de la région. Image: Philippe Maeder

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A tant entendre les craintes des uns, on en oublierait presque les dons des autres. L’arrivée de l’EVAM dans une commune et, généralement, la réquisition d’un abri de protection civile pour une cinquantaine de migrants sont systématiquement précédées de critiques plus ou moins douloureuses. Crans-près-Céligny n’a pas échappé à la règle. Des craintes largement exprimées lors d’une séance publique, fin septembre. Mais d’autres ont manifesté leur compassion et leur envie d’aider son prochain, de voir la population s’investir dans un accueil digne. Deux mois après l’ouverture du centre, ils sont une huitantaine dans le village à avoir suivi ces aspirations, notamment Rodrigue Arbex, conseiller communal. «Sur 2000 habitants, c’est magnifique, c’est un signal très fort.» Encore «en phase d’apprentissage», le groupe aujourd’hui informel devrait bientôt se constituer en association.

Maisons ouvertes

«Nous avons déjà tant appris, souffle Antoinette Stagnetto-Vermilye, l’une des membres les plus actives. Nous sommes des privilégiés, j’ai moi-même le sentiment d’avoir vécu si longtemps avec des œillères. Côtoyer ces personnes m’a changé, profondément.» Particulièrement actif, le collectif propose moult activités, des traditionnels cafés-contacts et cours de français à de plus personnelles rencontres autour de la table familiale.

Ce soir-là, Antoinette Stagnetto-Vermilye recevait ainsi une dizaine de migrants nigérians pour une soirée cinéma. «C’est important de leur offrir l’occasion de se changer l’esprit et de profiter d’Internet pour contacter leurs proches. Surtout qu’ils viennent tous de recevoir une lettre.» Le courrier, ce moment pénible pour tous. «L’ambiance a beaucoup changé dans l’abri. Beaucoup ont reçu des avis de non-entrée en matière. On essaie aussi de les accompagner dans ces moments-là.» Car pour les requérants, chaque lettre est un espoir, un défi. Un déchirement. «Ils ont tout sacrifié pour venir jusqu’ici. Aucun n’est venu par plaisir. Alors apprendre qu’ils ne pourront pas rester est très douloureux!»

«On a tous peur les uns des autres, mais en fait le contact apaise tant de choses.»

Pour panser les plaies – «ils savent bien mieux que nous profiter du moment présent» –, il y a donc l’intégration. Ou plutôt l’art du vivre ensemble, à cultiver. «On ne va pas sauver le monde depuis Crans, sourit Rodrigue Arbex. Mais on est humain, là où l’on est, nous devons tout faire pour que les choses se passent bien. On a tous peur les uns des autres, mais en fait le contact apaise tant de choses. C’est ce que l’on prouve avec nos activités.» «Accueillir ces migrants est une belle chose pour le village, complète Antoinette Stagnetto-Vermilye. Ça ouvre l’horizon de tous.»

Créé: 23.12.2015, 07h03

Des bénévoles dans tout le district

D'autres abris de protection civile accueillent des réfugiés.

A part Crans, trois autres abris de protection civile accueillent des réfugiés dans le district de Nyon: à Coppet, en ville de Nyon et à Gland. Dans ces communes aussi, en plus des structures de jour gérées par l’EVAM, des habitants se portent volontaires pour amener un peu de réconfort à ces malheureux migrants. «Cet automne, dès que les gens ont su qu’on allait rouvrir un lieu d’accueil, nous avons reçu de nombreux appels de bénévoles qui nous demandaient comment apporter leur aide, raconte Christiane Piazzini, déléguée à l’intégration de la Ville de Nyon. J’ai été surprise. Cela montre que la situation a bien changé entre 2011 et aujourd’hui (ndlr: en 2011, l’abri qui accueillait les requérants au chemin d’Eysins à Nyon avait été le théâtre d’une bagarre générale et le trafic de drogue pourrissait la vie du voisinage, qui avait réclamé la fermeture de cette structure)».

La première mesure a été l’ouverture du «vestiaire», où l’on peut amener des habits (centre paroissial des Horizons). Puis des groupes de bénévoles ont organisé des repas et des cafés-contacts. Le 25 décembre, un film muet de Charlie Chaplin sera projeté à l’Esp’Asse… «Et parfois, il suffit de leur dire bonjour dans la rue pour partager un peu de chaleur», glisse Christiane Piazzini.

Coordinatrice des bénévoles de La Côte, la pasteure Mireille Reymond-Dollfus confirme que l’effet médiatique des drames survenus cet été sur les voies
de la migration a poussé les gens à se mobiliser pour les réfugiés. «Sans compter Crans, on estime qu’il y a une centaine de bénévoles qui donnent de leur temps dans notre région, et nous continuons à recevoir des appels.» A Gland et à Begnins, où plusieurs actions ont été lancées depuis que les abris ont été ouverts, il y a quatre ans, le groupe de bénévoles reste dynamique. «Mais, désormais, on incite les habitants à héberger des migrants chez eux ou à tisser des liens plus personnels», annonce la pasteure. «Cela dit, toute la difficulté réside dans la gestion des aspects émotionnels», ajoute Sabrina Paratore, municipale des Affaires sociales à Coppet.

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