Handicapée et SDF, elle raconte son été de calvaire

Atteinte de sclérose en plaques, Nathalie s’est retrouvée sans-abri en mai. Elle témoigne de trois mois de grande galère.

Nathalie a dormi de nombreuses nuits dans sa voiture, entourée de ses affaires.

Nathalie a dormi de nombreuses nuits dans sa voiture, entourée de ses affaires. Image: Vanessa Cardoso

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Handicapée et à la rue, voilà dans quelle situation s’est retrouvée Nathalie il y a quelques mois. Souffrant d’une sclérose en plaques, maladie auto-immune qui attaque le système nerveux central, elle quitte en mai son appartement de Morges pour s’installer à Bex. «J’ai fait une grosse erreur, explique-t-elle. J’ai signé le bail en ayant uniquement vu des photos du logement. Lors de l’état des lieux, j’ai réalisé que c’était en fait tout petit. Et surtout qu’il y avait beaucoup d’escaliers à gravir pour me rendre dans mon nouveau chez-moi. Avec ma maladie, monter et descendre les marches représente un énorme effort. Je ne pouvais pas emménager là-bas.»

Nathalie décide donc de s’approcher de la Commune de Morges pour obtenir du soutien. «On m’a expliqué que j’avais droit à un logement subventionné vu que j’étais domiciliée depuis plus de trois ans dans la ville. Malheureusement la liste d’attente pour un tel appartement était très longue, j’y ai donc renoncé.»

Elle se retrouve alors perdue dans les rouages de l’administration. Selon ses dires – difficiles à vérifier auprès des offices concernés en raison de la protection de la sphère privée –, les services sociaux morgiens lui indiquent que c’est à sa curatrice de l’aider, tandis que cette dernière lui rappelle qu’elle a déjà un logement à Bex. Reste l’AI, dont elle est rentière, mais qui n’a pas pour mission de trouver un toit à ses bénéficiaires. «Je me suis vraiment retrouvée dans la galère, raconte la principale intéressée. Mon papa et mes amis ne pouvaient ou ne voulaient pas m’héberger. J’ai fini par dénicher une solution grâce à l’Armée du Salut de Morges. Mais comme c’était une chambre d’urgence, je n’ai pas pu y vivre très longtemps.»

Pas le budget pour le camping

La SDF envisage alors d’aller planter sa tente au camping, mais elle se rend compte qu’elle n’a pas le budget pour y passer le mois. «J’ai donc dormi plusieurs fois dans ma voiture, jusqu’à ce que l’on m’informe que c’est interdit», se remémore la trentenaire. Option suivante retenue: la structure d’accueil de la Marmotte, à Lausanne.

«Je n’ai pas supporté la cohabitation avec les autres personnes présentes, confie-t-elle. Je suis partie au milieu de la seconde nuit et suis retournée dans mon véhicule. J’étais à bout. Un jour, j’ai même appelé l’hôpital psychiatrique pour dire qu’il fallait m’interner car j’allais me suicider. Je ne le pensais pas et j’en ai honte, mais j’avais tellement besoin de dormir dans un lit.»

Solidarité salvatrice

C’est grâce à l’émission de la RTS «La ligne de cœur» que sa situation s’améliore. «J’ai appelé pour crier à l’aide, révèle-t-elle. Et j’ai reçu un soutien extraordinaire. Un inconnu du Valais m’a envoyé de l’argent. On m’a offert à manger. Quelqu’un m’a même amené un McDo.»

Une dame lui propose de venir planter sa tente dans son jardin, où elle passera plusieurs semaines. Des amis lui ouvrent finalement également leurs portes et Nathalie remonte petit à petit la pente: «Je ne suis de toute façon pas du genre à me laisser abattre. Depuis la découverte de ma maladie, lorsque j’avais 15 ans, j’ai perdu trois fois la vue avant de la retrouver, j’ai dû vivre en fauteuil roulant avant de remarcher, et tous mes sens sauf l’ouïe ont été touchés. Ce n’était donc pas la première étape que j’ai eue à traverser.»

Le calvaire a pris fin le 9 août pour Nathalie, qui a emménagé dans un quatre-pièces ailleurs dans le canton. C’est désormais un nouveau combat que s’apprête à mener cette mère de trois enfants divorcée. «Même s’ils ne savent pas ce qui m’est arrivé, ce sont eux qui m’ont permis de tenir durant ces trois mois. J’ai une fille de 8 ans et un garçon de 6 ans qui vivent avec mon ex-mari. Le petit dernier, que j’ai eu avec un autre homme, a été placé à la naissance par le Service de protection de la jeunesse. Je compte bien le récupérer dès que je serai bien installée.»

Créé: 18.08.2019, 19h55

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