L’homme qui insuffle une âme à ses arcs

Artisanat Olivier Grieb est un des quatre facteurs d’arc actifs en Suisse romande. Il réalise des modèles sur mesure avec du bois local.

Trente à cinquante heures de travail sont nécessaires à Olivier Grieb pour fabriquer un arc dans son atelier de La Sarraz, un local de l’ancienne usine de la Filature.

Trente à cinquante heures de travail sont nécessaires à Olivier Grieb pour fabriquer un arc dans son atelier de La Sarraz, un local de l’ancienne usine de la Filature. Image: Philippe Maeder

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Utilisé par l’homme depuis la nuit des temps, l’arc occupe une place de choix dans l’imaginaire collectif. Qui n’a pas rêvé, dans sa jeunesse, d’aller décocher des flèches en forêt pour rétablir la justice à l’image de Robin des Bois, de Thorgal ou de Legolas, l’elfe du Seigneur des anneaux? Comme beaucoup, Olivier Grieb a été nourri par ces images d’Épinal. Lui a fini par en faire sa profession.

Dans son petit atelier de La Sarraz, un local de l’ancienne usine de la Filature, ce Lausannois confectionne depuis plusieurs années des arcs traditionnels en bois. Dehors, ce jour-là, le vent et la pluie font bruisser les chênes de la forêt juste à côté. Dans son antre, un poêle à bois émet de la chaleur. La Venoge coule un peu plus loin. «Cet environnement, c’est mon église!» s’exclame Olivier Grieb.

À 51 ans, l’homme est l’un des quatre facteurs d’arc actifs en Suisse romande. «C’est un travail d’artisan. Chaque pièce est unique et réalisée sur mesure. Pour obtenir un tir optimal, le propriétaire doit être en résonance avec son arc, ne faire qu’un avec lui», image-t-il.

Olivier Grieb utilise différentes essences de bois. Principalement de l’if de la région, coupé et séché par ses soins depuis une dizaine d’années. Mais aussi du cytise, du frêne, du bois de rose, du buis ou de l’ébène de Macassar.

Geste parfait

Dans son jargon, l’artisan parle d’«âmes» pour désigner les planchettes de bois utilisées pour la confection. «Nous les appelons ainsi car elles donnent l’élasticité, donc la vie, à l’arc», explique-t-il. Au cours du processus de fabrication, tout est question de précision et d’équilibre. «C’est un travail à la frontière de la marqueterie, de la menuiserie et de la mécanique, relève Olivier Grieb. Il requiert un geste quasi parfait. Une erreur au moment de l’équilibrage des branches, par exemple, est souvent irrattrapable.» Il faut compter entre trente et cinquante heures de travail pour confectionner un tel objet. Pour l’artisan, un arc de qualité doit à la fois être souple, fin, rapide et émettre un bruit «presque cristallin» au moment de la décoche. À sa sortie, la flèche peut atteindre une vitesse de 150 à 250 km/h.

Formé par un pionnier

Au tournant des années 2000, à une époque où l’engouement pour le tir à l’arc traditionnel était encore peu répandu en Suisse romande, Olivier Grieb a été l’un des premiers à se lancer dans ce métier. Avant de s’intéresser à l’archerie, il était électromécanicien. Il pratiquait également la pêche à la mouche. «J’ai retrouvé dans le tir à l’arc cette même recherche de pureté dans le geste», raconte-t-il. Il commence par apprendre à tirer en 1995 avec Jean-Marie Coche, pionnier de la réintroduction de la facture d’arc dans l’Hexagone au début des années 80. Le Français devient son mentor. C’est lui aussi qui lui apprendra les bases du métier.

Rapidement, Olivier Grieb décide de poursuivre l’aventure. «Je me suis lancé tout en conti-nuant à me former en autodidacte», ajoute l’artisan. Il achète alors des machines et commence à fabriquer ses propres arcs. D’abord dans la région d’Yverdon, puis à La Sarraz. «J’ai toujours voulu réaliser un projet professionnel dans lequel je me sente totalement acteur», confie-t-il.

La facture d’arc est aujourd’hui son activité principale. Beaucoup de ses clients viennent de France. Cela ne l’empêche pas de rester réaliste: en Suisse, il reste difficile de vivre complètement de ce métier. Olivier Griebtravaille donc à 30% comme assistant bibliothécaire en région lausannoise. Il donne aussi des cours de tir instinctif en forêt. Une discipline proche de la méditation, qui requiert une grande concentration.

Entre atelier et forêt

Le facteur d’arc dit apprécier cet équilibre entre le temps passé en atelier et les sorties dans la nature. «Dans la vie, comme au moment de décocher une flèche, il est important de trouver une bonne harmonie intérieure. J’ai besoin de passer du temps en forêt pour avoir l’énergie de créer le meilleur arc possible.»

Créé: 20.12.2017, 09h14

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.