L'homme de l'ombre qui met la gymnastique dans la lumière

PortraitLe Morgien Alain Golay a dirigé les événements les plus prestigieux de la discipline, comme la Gymnaestrada, sans jamais se mettre en avant.

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Il serait simpliste d’affirmer que la carrière d’Alain Golay trouve son origine dans un «bête» engin de gymnastique. Pourtant, les barres parallèles, ces deux lambourdes rudes et austères, ont tracé la voie du Morgien, qui, très tôt, s’est imaginé athlète. «À l’époque, Morges était une belle adresse, avec en ambassadeur «Titi» Fehlbaum (ndlr: gymnaste morgien à la carrière internationale) qui s’était qualifié pour les Jeux de Melbourne en 1956. Et puis la gym était le sport le moins cher…», glisse le «pape» de la discipline en Suisse romande, qui fut directeur technique de la Gymnaestrada et vient de lâcher le Mémorial Gander après dix éditions.

S’il a certes glané de belles couronnes ici et là, Alain Golay n’aura toutefois pas le même succès que son illustre prédécesseur en tant que gymnaste. C’est de l’autre côté du miroir qu’il excellera. D’abord au sein de la GymMorges, où il s’implique comme moniteur. La société ne tarde pas à faire parler d’elle grâce à son mentor. «Nous avons été les premiers à briser les codes en mélangeant les filles et les garçons dans les concours d’actifs!» sourit-il derrière sa moustache légendaire. Cet «inédit», considéré alors comme une «irrévérence», vaudra une pénalité au club, qui gagnera malgré tout la Fête cantonale de 1976. La mixité n’est pas un pied de nez, plutôt un moyen d’accompagner la révolution qui s’opère dans le monde de la gymnastique. «En un demi-siècle, cette discipline aux règles strictes a changé du tout au tout pour devenir quasiment du cirque avec de la voltige et des chorégraphies très pointues. Aujourd’hui, personne ne pourrait imaginer une prestation qui ne serait pas mixte.»

«Le jour où j’organiserai un championnat du monde de pétanque, c’est lui que je vais contacter en premier pour intégrer le comité!»

Très vite, Alain Golay se fait un nom dans le milieu. Il en est aujourd’hui une référence. Fuyant les lumières des projecteurs, rigoureux mais inventif, il trouve son bonheur dans les coulisses des grands événements: les championnats du monde ou d’Europe de gymnastique à Lausanne, mais surtout le sommet de la discipline hors Jeux olympiques, la Gymna­estrada.

«Le jour où j’organiserai un championnat du monde de pétanque, c’est lui que je vais contacter en premier pour intégrer le comité!» glisse sans la moindre plaisanterie Marcel Parietti, le délégué cantonal au sport associatif. Celui qui a appris à le connaître au sein du Fonds du sport vaudois, la machine à subsides des clubs et des manifestations, loue sa «vision d’ensemble» et ses «compétences hors normes». «Et puis il sait décider. Il a son avis et n’en change pas facilement, mais s’incline devant la majorité et s’investit sans compter pour le projet collectif.»

Laisser la place aux jeunes

Les jeunes qui brillent actuellement au sein de la GymMorges, société en pleine santé, ne savent peut-être pas qu’ils doivent à Alain Golay une forme de renaissance amorcée à la fin des années 70. C’est grâce à lui aussi qu’ils accueillent le Mémorial Gander, cette compétition réunissant les meilleurs gymnastes du monde une fois tous les deux ans et dont «Godem» – son surnom depuis toujours – a laissé les rênes début novembre après vingt ans de direction technique. «Quand j’avais 25 ans, je m’agaçais de voir certains vieux s’accrocher à leurs postes alors que j’avais de nouvelles idées à mettre en œuvre. Ce n’est donc pas moi qui vais faire le contraire alors que la retraite a sonné.»

Mais s’il a juré fidélité à la société morgienne, ce père de trois enfants – marié à Claude – n’y est pas resté enfermé. «Avec une telle carrure, il a été logiquement appelé par d’autres que nous», explique Pierre Duruz, son «vieux» complice de gym depuis l’âge de 13 ans, les deux formant la paire par la suite, l’un à la présidence, l’autre à la technique. «Alain aime tirer les ficelles, maîtriser la partie sportive, mais il reste toujours en retrait. Écrire un discours ou aligner les parties officielles, ce n’est pas son truc.» En revanche, le goût du défi ne l’effraie pas. «Simple» élève du primaire, ce fils d’un employé des CFF ne rechigne devant aucun cours complémentaire pour obtenir les équivalences universitaires, et être quitte de rendre des comptes quand il devient responsable du sport à l’École des métiers. Son rôle de directeur technique à la Gymnaestrada vient trente ans après cette première consécration – il rêvait de devenir maître de sport. «J’ai participé à plusieurs éditions et j’ai toujours apprécié ce milieu, bien plus que la mentalité du football, que j’ai pratiqué jusqu’à 42 ans! Quand les avions de la Patrouille Suisse sont passés au-dessus du stade de la Pontaise lors de la cérémonie d’ouverture, j’ai ressenti une certaine fierté», se force-t-il à confier, lui dont la modestie est une marque de fabrique. «Il y a tellement de travail en amont que quand tout se met en place et qu’on y a contribué, on peut ressentir la joie de se dire que le défi a été relevé.» Avant de passer au suivant – peut-être la Fête fédérale? – toujours sans calcul. «La gymnastique m’a ouvert les portes d’un monde incroyable. Je suis allé au Japon, à Kuala Lumpur pour défendre la candidature de la Gymnae­strada, j’ai pu côtoyer les plus grands athlètes. Mon rêve, c’était d’être gymnaste puis surtout prof de sport. Tout le reste était inimaginable.»

«Je veux encore donner un coup de main là où on me jugera utile. Dans le sport et dans ma commune de Denges, comme municipal»

Retraité au physique d’athlète, Alain Golay ne va pas se retrouver dans le canapé du salon une télécommande à la main. «Je veux encore donner un coup de main là où on me jugera utile. Dans le sport et dans ma commune de Denges, comme municipal. Je ne suis pas un expert, j’apprends tous les jours et j’essaie juste d’apporter ma pierre à l’édifice.»

Mon rêve était d’être gymnaste puis surtout prof de sport. Tout ce qui m’est arrivé ensuite était simplement inimaginable (24 heures)

Créé: 17.11.2017, 09h10

Bio

1949 Naissance à Morges.

1960 Commence la gym.

1965 Opte pour un apprentissage de dessinateur en machines. Trouve un travail près de Lucerne, «le lieu où les meilleurs gymnastes et les espoirs étaient réunis à l’époque».

1969 Participe à sa première Gymnae­strada à Bâle. Six autres suivront.

1980 Touche à son rêve en étant engagé comme maître de sport à l’École des métiers de Lausanne. Il y reste trente-cinq ans.

1984 Réalise avec Morges l’exploit de remporter la Fête fédérale de gymnastique.

1990 Dirige les Championnats d’Europe à Lausanne – également en
2008 – puis les Mondiaux en 1997.

2011 Quitte son métier durant un an pour se consacrer à la Gymnaestrada.

2012 Élu municipal à Denges.

2017 Passe le témoin après 10 éditions du Mémorial Gander à Morges.

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