«J'ai commis un crime atroce que je ne voulais pas»

JusticeLe Parquet a requis 20 ans de prison mardi au procès à Nyon d’une femme qui a tué son concubin de 103 coups de couteau.

Courte pause au Tribunal de Nyon qui juge depuis mardi cette femme qui a tué son compagnon de 103 coups portés avec un couteau de cuisine pourvu d’une lame de 19 centimètres.

Courte pause au Tribunal de Nyon qui juge depuis mardi cette femme qui a tué son compagnon de 103 coups portés avec un couteau de cuisine pourvu d’une lame de 19 centimètres. Image: GMB

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«J’ai commis un crime atroce que je ne voulais pas. Quand on m’a montré les photos du corps, je ne pouvais pas croire que c’est moi qui ai fait cela.» Marta*, 49 ans, a tué le 19 mai 2015 de 103 coups de couteau son concubin dans leur appartement d’un quartier cosy de Nyon. Elle faisait face, mardi, au Tribunal criminel de La Côte. La procureure Marjorie Moret a requis 20 ans de prison pour assassinat. Verdict dans quelques jours.

L’accusée affirme chercher comment elle a pu commettre une telle horreur. Au faîte de la terminologie psychiatrique, elle invoque une «amnésie circonstancielle» pour ce qui est de son déchaînement de violence. Elle déclare en revanche se souvenir des circonstances qui y ont conduit. Elles relèveraient d’une dispute de couple. La personnalité des deux protagonistes mérite un détour.

Native de Belgrade, ressortissante de Belgique, études de droit international à Genève, Marta a des problèmes d’alcool. Ils résulteraient de son divorce d’avec un gérant de fortune belge puis de sa rupture avec un personnage en vue connu lors d’un stage à l’ONU à New York. Cela lui a valu plusieurs hospitalisations volontaires en milieu psychiatrique. Elle était au RI au moment des faits, mais elle espérait bénéficier d’un «piston» pour se faire engager aux relations publiques chez Rolex.

Famille aisée

Paul*, la victime, est un homme de 55 ans, issu d’une famille très aisée établie notamment en Italie et aux États-Unis. Plusieurs de ses proches étaient présents au procès. Le défunt avait fait carrière dans le commerce de l’art au cours des années huitante. Il avait cessé son activité professionnelle en raison d’un trouble bipolaire. Il était entretenu par les siens, lesquels avaient acheté pour lui l’appartement de Nyon.

Marta et Paul se sont rencontrés en 2005 lors d’un séjour qu’ils accomplissaient tous deux à l’hôpital psychiatrique de Belle-Idée à Genève, lui en raison de son trouble bipolaire, elle pour son alcoolisme.

Que s’est-il vraiment passé?

Que s’est-il réellement passé dans leur appartement ce 19 mai 2015 vers 18 heures? Selon Marta, Paul, très énervé parce qu’elle lui avait dit vouloir travailler, serait passé de l’agressivité verbale à l’agressivité physique. «J’ai reçu trois gifles, et des dizaines de coups», se plaint-elle. Elle appelle la police, sans donner son nom et ne répond pas à la question de l’agent au bout du fil. «Paul m’avait pris le téléphone de la main», explique-t-elle.

Puis c’est le drame. «Je n’ai pas vu d’où est venu le couteau, assure-t-elle. Nous étions dans la cuisine. Je me souviens avoir saisi avec mes deux mains sa main qui le tenait.» Ce couteau à viande pourvu d’une lame de 19 centimètres passe dans sa main à elle, mais elle dit ne pas s’en souvenir. Marta soutient ne plus se souvenir de la suite, mais la police scientifique et la médecine légale permettent de l’imaginer.

«Elle l’a massacré avec plus d’une centaine de coups de couteau. Il a dû la supplier d’arrêter, mais elle a continué. Il est décédé d’une hémorragie massive»

Les traces de sang indiquent que Paul a été touché d’abord lorsqu’ils étaient dans la cuisine, puis dans le vestibule. Et quand il est tombé, elle a continué à donner des coups. Lorsqu’elle a appelé la police, il était trop tard. Le malheureux était déjà décédé à l’arrivée des secours. Le couteau a été retrouvé dans l’évier de la cuisine.

«Elle l’a massacré avec plus d’une centaine de coups de couteau, souligne Marjorie Moret. Il a dû la supplier d’arrêter, mais elle a continué. Il est décédé d’une hémorragie massive.» Et de déplorer une «prise de conscience inexistante» et une attitude consistant à «salir une victime qui n’est pas là pour se défendre».

La procureure doute en effet que Paul ait pu se montrer physiquement violent. D’abord parce qu’il avait de la peine à lever son bras gauche à la suite d’une récente intervention chirurgicale qui lui gelait l’épaule. Ensuite parce qu’il prenait des médicaments l’affaiblissant, et enfin parce que ses proches le décrivent certes comme un homme compliqué capable d’excès de colère, mais non de donner des coups.

Elle frappe un cuisinier

La violence de Marta est quant à elle attestée par un épisode qui s’est déroulé en début d’après-midi du même jour dans un restaurant de Nyon. Mécontente de l’assiette du jour qu’on lui a apporté, elle s’était plainte jusqu’à aller frapper le cuisinier. Ce qu’elle conteste, tout en précisant: «J’étais ivre.»

Pour le Ministère public, il ne faut pas surestimer le rôle qu’aurait joué l’alcool dans cette affaire. Les analyses de sang de l’accusée ont révélé un taux moyen de 0,96 g/kg. Pour autant, les psychiatres ont estimé que sa responsabilité pénale était légèrement diminuée.

* Prénoms fictifs (24 heures)

Créé: 12.06.2018, 21h07

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