Le Jardin anglais de Rolle, précieux témoin du passé

HistoireCet espace vert cher aux habitants sera réhabilité en tenant compte de son évolution historique.

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À Rolle, le Jardin anglais, qui s’étend entre le port Ouest et le Casino, est un lieu de détente particulièrement choyé par les habitants. En 2012, de nombreux Rollois étaient montés aux barricades pour s’opposer à un premier projet de réaménagement de cet espace en lien avec l’extension du port. Ils critiquaient le bétonnage de places de parc et l’abattage d’arbres plus que centenaires. Depuis, la Municipalité est revenue avec une nouvelle version limitant l’impact sur la zone verte. Un crédit d’un million de francs sera demandé au Conseil communal avant l’été. Les travaux débuteront cet automne et dureront une année.

Mandaté pour réhabiliter ce Jardin anglais, l’architecte paysagiste lausannois Jean-Yves le Baron a conçu un projet qui tient compte de l’évolution historique des lieux. «Une fois que les travaux seront réalisés, si les gens disent qu’ils ont l’impression que ça a toujours existé, ce serait le plus beau compliment qu’on puisse me faire», déclare le patron de l’Atelier du paysage, qui s’est plongé dans les archives communales et cantonales pour retracer l’histoire de ce tronçon des rives du lac. Ses recherches lui ont permis de remettre à jour quelques pages très intéressantes du passé rollois.

À commencer par cette carte cadastrale de 1693, qui montre que la rive du lac correspondait à l’actuelle rue du Port. Le terre-plein qui comprend l’actuel Jardin anglais n’existait donc pas encore. C’est dans ces parages que venaient accoster les bateaux pour charger le bois du Jura. En 1768, devant l’augmentation des activités commerciales, on a bâti une halle pour les marchandises sur l’actuelle place du port. Si bien qu’en 1822, une douane s’installe là, puis en 1824 un poste de gendarmerie. L’année suivante, on y trouve même un café à l’enseigne de Cabaret du Port, lieu de rencontre des marchands, des paysans et des bateliers. Aujourd’hui, ce bâtiment, propriété de la Commune, abrite le théâtre et le restaurant du Casino.

En 1835, la construction d’un mur élargissant la rive a permis l’aménagement d’un premier jardin situé côté Genève de l’actuel Casino. Cette même année débutait la construction de l’île de La Harpe, censée abriter les barques des marchands. Puis il a fallu attendre 1857 pour qu‘un embarcadère en bois facilite l’accès des embarcations au rivage.

Le Jardin anglais était tendance
Dans cette deuxième moitié du XIXe siècle, les gens montraient de l’intérêt pour tout ce qui venait d’ailleurs. On décorait les grandes propriétés avec des arbres exotiques et le style du Jardin anglais devenait à la mode. Les dessins de celui de Rolle datent de 1858. «Le Jardin à l’anglaise se caractérisait par un jeu de courbes souples et harmonieuses, propices à la flânerie et à l’errance poétique, résume l’architecte-paysagiste. On a voulu recréer une nature bucolique, qui donne l’impression d’un jardin laissé à lui-même. Le grand séquoia et les thuyas auxquels les Rollois tiennent tant ont probablement été plantés à cette époque. Ce sont des marqueurs chronologiques qui font le lien avec le présent. Nous allons les conserver.»

Le développement de cette zone lacustre dédiée aux activités commerciales et de loisirs va se poursuivre. En 1870, le débarcadère en bois est remplacé par une structure métallique. Puis en 1898, ce lieu stratégique devient le point de départ du tout nouveau tramway à traction électrique Rolle-Gimel. Mieux encore, pour que les citadins puissent profiter pleinement de ce cadre naturel, on y construit un établissement des bains, à l’emplacement du port actuel, qui fut inauguré le 17 juin 1907. Dès lors, entre 1910 et 1912, pour donner une cohérence harmonieuse à l’aménagement du rivage, l’horticulteur Auguste Roy procède à l’agrandissement du Jardin anglais. Ce qui devait particulièrement plaire aux jeunes Anglaises qui venaient étudier le français au Courtil, une belle bâtisse située à l’arrière du jardin.

C’est le chantier de l’autoroute en 1964 qui a entraîné de nouveaux changements dans le secteur. Une digue de protection de 90 mètres est érigée, on construit le port Ouest de plaisance l’année suivante, et en 1968, on agrandit le Jardin anglais par un comblement de 25 mètres sur le lac, d’une longueur d’environ 145 mètres, entre le Casino et la nouvelle digue du port. C’est aussi à cette époque que les quais tant appréciés des promeneurs ont été réalisés entre le Casino et le Château de Rolle…

Précieux témoin de toutes les activités qui se sont développées au fil du temps sur cette berge enchanteresse, le Jardin anglais va subir une nouvelle mue. L’architecte paysagiste Jean-Yves le Baron veut redonner une âme à cet endroit idyllique. Retrouvés dans les archives, les plans anciens et la liste des végétaux qui ont été plantés là l’ont inspiré. «Les jardiniers de l’époque n’étaient pas des bricoleurs. Ils étaient inventifs et minutieux», rend hommage l’architecte paysagiste du XXIe siècle. Ainsi, les entités spatiales et paysagères de la partie ancienne seront respectées. Les cheminements rappelleront les différentes rives du lac.

Mais aussi, le nouvel aménagement répondra aux attentes du public. L’ancien jardin sera généreusement fleuri et accueillera quelques espèces intéressantes, plantées à l’époque. Côté lac, l’espace entremêlé de pelouse et de prairie sera dévolu à la détente et aux jeux pour les enfants. Une large promenade, rebaptisée promenade des Belles-Lettres, sera aménagée le long de la rive. Un édicule avec une buvette et des WC sera installé du côté du Casino. (24 heures)

Créé: 19.05.2018, 14h24

À l'époque


1831
Les bateaux à vapeur stoppaient à distance de la rive. On accostait en barque, près du Cabaret du Port, construit en 1825 (Casino actuel). Le premier embarcadère, en bois, date de 1857.


1847
Ambiance du port au bois. Les barques cochères chargeaient le bois du Jura. Ce commerce a diminué avec l’arrivée du chemin de fer. En arrière-plan, l’île de La Harpe, construite vers 1835.


1920
Suite à l’agrandissement du Jardin anglais par l’horticulteur Auguste Roy entre 1910 et 1912, les promeneurs profitent de prendre du bon temps au bord du lac.

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