Le plus jeune député est un politicien expérimenté
Portrait de DerA 26 ans, le socialiste nyonnais Alexandre Démétriadès débute sa deuxième législature au Grand Conseil.
Un veston gris brun porté sur un T-shirt foncé pour la touche sérieuse et élégante et des mocassins décoloré par l’usure pour son côté artiste décomplexé. Alexandre Démétriadès est tel qu’il paraît. Le benjamin du Grand Conseil vaudois navigue sans cesse entre deux mondes. Celui de son père grec et celui de sa mère suissesse. Celui de la politique et celui de ses études. Ou encore celui des responsabilités civiles et celui dans lequel il réalise ses inclinaisons artistiques. Ce qui n’empêche pas le jeune homme de mener ses multiples vies de front avec un succès insolent.
«Parfois, mon parcours m’étonne, admet le jeune homme à propos de sa carrière politique. Mais quand on le regarde en ne prenant pas en compte l’élément de l’âge, il est plutôt conventionnel.» Sept années au Conseil communal, quatre au Grand Conseil et trois ans et demi à la présidence de la section nyonnaise du Parti socialiste. «Il a un excellent contact avec les gens et un très bon sens politique», juge Stéphanie Schmutz, la municipale socialiste nyonnaise. Alexandre Démétriadès est ainsi monté les échelons un à un, en saisissant les opportunités qui s’offraient à lui plus que par ambition. «A la sortie du gymnase, j’ai rencontré la présidente du PS de Nyon pour lui parler de mes envies de m’engager dans la politique. Un mois après, j’étais assermenté au Conseil communal car le groupe n’avait plus de viennent-ensuite.»
L’aventure se répète après qu’il manque de seulement 49 voix son entrée au Grand Conseil en 2012. Il était prévu qu’il remplace Jean-Michel Favez à mi-législature. Mais la démission de la députée glandoise Florence Golaz précipite les événements. Il siège à Lausanne dès la rentrée de septembre 2013. Il a 22 ans.
«Maintenant, je suis considéré comme un député et un conseiller communal à part entière par mes pairs. Je le sens dans les attaques que je subis»
«La jeunesse n’est qu’un mot», rappelle Alexandre Démétriadès en citant Pierre Bourdieu. Il se rend compte qu’elle est relative. Au début de sa carrière, il admet que son âge l’a protégé de ses adversaires. «Maintenant, je suis considéré comme un député et un conseiller communal à part entière par mes pairs. Je le sens dans les attaques que je subis.»
Le jeune député est toutefois bien armé pour affronter l’adversité. Il jouit d’abord d’une belle popularité. Le nom de son père, ancien directeur du Conservatoire de l’Ouest vaudois et ex-président de l’ASLOCA Vaud qui avait été en son temps un socialiste influent au Conseil communal à Nyon, l’a aidé à ses débuts. «Mon activisme au gymnase a aussi eu des répercussions positives», ajoute-t-il. C’est d’ailleurs pendant ses études qu’il découvre le militantisme.
Lorsque ses professeurs se mettent en grève en 2008 contre la nouvelle grille salariale que veut imposer l’Etat de Vaud, le gymnasien en section Arts visuels soutient activement leur mouvement. «J’étais sur la rampe du Gymnase de Nyon devant près de 300 élèves à leur expliquer pourquoi ils devaient manifester plutôt que d’aller profiter du congé pour aller à la piscine», raconte Alexandre Démétriadès.
La parole comme atout
Parler avec aisance est l’autre grand atout du député. «J’ai toujours eu cette facilité. Cela rend la pratique de la politique plus facile.» Perfectionnée grâce au théâtre et à l’improvisation, cette qualité lui a valu quelques honneurs en 2015 quand il a participé aux championnats du monde de débat francophone. En tandem avec un PLR lausannois, il a atteint la demi-finale. «Nous avons été battus car nous n’avons pas réussi à convaincre sur le thème qui nous avait été imposé: la légalisation des armes à feu», rigole ce pacifiste.
Avec son bachelor en sciences sociales et histoire en poche depuis quelques semaines, Alexandre Démétriadès mettra à profit cette aisance dès cet automne à Genève où il débutera un master en études européennes. L’un de ses rêves est de travailler dans une des institutions européennes. Ou alors aux affaires étrangères de la Confédération, voire dans une organisation non gouvernementale active sur le continent pour lutter contre les inégalités.
Les inégalités: le mot revient souvent dans le discours du socialiste. «Mon moteur est la lutte contre les injustices. Je suis attaché à ce que toutes les minorités soient traitées avec le même respect que la majorité.» Pour y parvenir, le député estime qu’il faut être constamment critique envers les autorités. «Leur légitimité doit être remise en question. Si elle ne l’est pas, elle est capable de tout. Mon père peut en parler, lui qui a vécu la dictature des colonels en Grèce.»
«Après le gymnase, j’ai hésité entre l’uni et une école d’arts. J’ai choisi la première en me disant que la seconde pourrait être suivie plus tard le cas échéant»
Le politicien agit aussi sur le terrain pour combattre les inégalités et permettre aux populations fragilisées de s’insérer. Il vit en colocation avec un Erythréen depuis une année. Requérant d’asile lors de son emménagement, ce dernier a obtenu son permis B. Président de l’association Le lieu-dit, qui est tournée vers l’intégration des migrants, il a fait de ce thème un de ses axes d’action favori.
Amateur de dessin, le jeune homme est aussi très présent dans le monde de la culture, dans lequel il a d’abord pensé faire carrière. «Après le gymnase, j’ai hésité entre l’uni et une école d’arts. J’ai choisi la première en me disant que la seconde pourrait être suivie plus tard le cas échéant.» Responsable des bénévoles pour Visions du Réel, président d’une nouvelle association qui gérera un lieu d’exposition au centre-ville, Alexandre Démétriadès n’a jamais fini de s’investir. «J’ai quand même arrêté le rugby, car je n’avais plus le temps.»
Créé: 01.09.2017, 08h56
Bio
1er mars 1991 Naissance d’Alexandre Démétriadès. Il vivra une année à Gingins avant de déménager à Grens où il passera 9 années. A 10 ans, il devient Nyonnais.
2010 Entrée au Conseil communal de Nyon, un mois après avoir annoncé son envie d’entrer en politique à la présidente de la section.
2013 Election à la présidence du PS Nyon. Il restera trois ans et demi en poste. Au mois de septembre, il entre au Grand Conseil vaudois en remplaçant Florence Golaz.
2016 Il commence par être réélu au Conseil communal de Nyon en obtenant le meilleur score de son parti. Durant l’été, il endosse la présidence de l’association Le lieu-dit qui vient en aide aux migrants.
2017 Obtention de son bachelor en sciences sociales et histoire, puis admission en master d’études européennes du Global Studies Institute à Genève. Il est réélu au Grand Conseil.
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