Sur le Léman, on chasse aussi. Expo à Nyon.

ExpositionLe Musée du Léman met en lumière un loisir séculaire qui n’est plus pratiqué que par une douzaine de chasseurs vaudois.

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Avant même l’ouverture de la nouvelle exposition temporaire, le conservateur Lionel Gauthier a déjà reçu un coup de téléphone pour la critiquer. Il faut avouer qu’en thématisant sur la chasse aux oiseaux sur le Léman, le Musée du Léman a pris le risque de s’intéresser à un sujet qui soulève les passions. «Nous ne sommes ni dans le pamphlet ni dans un plaidoyer, explique le directeur. Nous mettons simplement un coup de projecteur sur une activité pratiquée sur le lac, comme le veut notre mission.»

L’exposition temporaire durera toute l’année. Pour la monter, le Musée du Léman a dû mener une véritable enquête, puisque la chasse lacustre est peu documentée. Elle est aujourd’hui même marginale, puisque seulement 12 permis ont été délivrés en 2014, contre 2400 pour la chasse sur terre ferme.

Il n’empêche, les quatre salles consacrées à l’exposition présentent les origines de la chasse et son évolution jusqu’à nos jours. Elles regorgent d’anecdotes et d’objets fascinants. On y découvre ainsi un miroir aux alouettes. Cet outil est composé d’un manche sur lequel tourne une grosse hélice dotée de nombreux petits miroirs qui, en tournant, reflètent le soleil et attirent les oiseaux.

Beaucoup d’autres surprises attendent le public tout au long de la visite. Morceaux choisis.

Premier texte en 1352

Il existe peu de textes qui attestent de la chasse sur le Léman. Le premier date de 1352. Il s’agit d’une charte dans laquelle la Commune de Nyon revendique son territoire de chasse, qui va alors de la rivière de l’Orbe au lac des Rousses en passant par la Valserine, et qui se termine au milieu du grand lac. Rien de moins.

Le deuxième écrit qui l’évoque est signé de Jean-Jacques Rousseau. Il décrit une partie de chasse dans La nouvelle Héloïse, parue en 1761.

Une affaire d’hommes

L’idée d’une exposition temporaire sur la chasse est née à la suite de la réception d’un don sous la forme d’une barque. «Elle était utilisée pour aller à la chasse au début du XXe siècle par Gabrielle Lombard, née en 1886, explique Lionel Gauthier. C’est donc le seul témoignage que nous avons trouvé lors de nos recherches qui évoquent la pratique de la chasse sur le Léman par des femmes.» A cette époque, cette activité était une affaire d’hommes issus de l’élite de la société. Elle était coûteuse en matériel et en hommes. Les tireurs employaient en effet des rameurs pour se déplacer sur le lac.

Armes de destruction massive

«En préparant l’exposition, j’ai été surpris de voir à quel point on avait perfectionné les technologies pour aller tuer des canards», note Lionel Gauthier. L’exposition présente ainsi une impressionnante canardière. Ce bateau aux bords relevés permettait au chasseur d’approcher les oiseaux en se cachant dans le fond de l’embarcation. Il tirait ensuite avec un petit canon dont les grenailles pouvaient toucher jusqu’à 25 canards à la fois. Les animaux étaient rarement morts et devaient être achevés au fusil après avoir été repêchés. Ce genre de procédé cruel a été banni en 1976.

Avec ces armes, l’incidence sur les populations d’oiseaux était plus grande qu’aujourd’hui. En 1937, 23 chasseurs lacustres vaudois avaient abattu à eux seuls 1013 canards, 102 poules d’eau, 43 foulques, 38 grèbes et 1 cormoran. Depuis, la réglementation de la pratique et la prise de conscience des chasseurs ont permis de diminuer drastiquement son impact sur la faune lémanique.

Chasse aux poètes

Lord Byron a failli mourir au large de Genève durant son séjour lémanique de cinq mois en 1816. Alors que John Petit-Senn, lui aussi poète, épaule son fusil pour abattre des canards, le bateau de l’illustre Anglais passe entre lui et sa cible. Le Genevois parvient in extremis à soulever son arme et le coup part en l’air. L’histoire raconte que Lord Byron, insouciant, s’éloigna en riant du coup qu’il venait de jouer à son concurrent.

Accessoire de mode

Les chasseurs ne pratiquaient pas seulement pour manger ni pour l’aspect sportif. La mode a également constitué un débouché intéressant pour eux. Les dames de la bourgeoisie lémanique aimaient se couvrir de manteaux réalisés avec des plumes de grèbes, d’autant plus si ces oiseaux venaient du lac Léman. En effet, le plumage plus abondant et sa couleur plus blanche que celles de ses congénères des autres lacs européens étaient très recherchés. Une peau se négociait entre 10 et 12 francs. Il fallait huit oiseaux pour confectionner un manteau. (24 heures)

Créé: 14.04.2016, 21h34

Agenda

«Wanted, à la chasse sur le lac», à voir jusqu’au 8 janvier 2017 au Musée du Léman, quai Louis-Bonnard 8 à Nyon.

La revue «L’Alpe» sort, en partenariat avec le musée, un numéro spécial sur le lac Léman.

Infos sur www.museeduleman.ch

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