Les magasins n’ouvriront pas jusqu’à 19h à Nyon

RéférendumLa population a refusé l’extension d’une heure le samedi pour les commerces. La qualité de vie du personnel a primé.

Les commerces ne pourront pas ouvrir une heures de plus le samedi.

Les commerces ne pourront pas ouvrir une heures de plus le samedi. Image: Alain Rouèche-Archives

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«Je suis en pleurs pour le commerce.» Derrière ses larges lunettes noires, Marisa Benedetto ne feignait pas sa déception, dimanche en début d’après-midi. La présidente de la Société industrielle et commerciale (SIC) venait d’apprendre que les Nyonnais avaient refusé d’octroyer la permission de 19h le samedi après-midi au lieu de 18h actuellement. «Comment expliquer que le commerce se meure et que la population ne le soutienne pas plus?»

Le référendum combattant cette extension a ainsi gagné avec une courte avance: 52,28% des électeurs l’ont soutenu. Le taux de participation est resté moyen, atteignant 36,04%. «Avec une telle participation, la victoire est étriquée, enrageait Véronique Bürki, élue PLR et ancienne présidente de la SIC. L’émotionnel l’a emporté sur la raison. Ce scrutin péjore la situation des commerces.»

«Le résultat démontre que la population est très attachée aux conditions de travail du personnel de vente»

La gauche et Unia, qui sont les auteurs du référendum, se sont quant à eux félicités du résultat. «Le résultat démontre que la population est très attachée aux conditions de travail du personnel de vente», analyse avec bonheur Yves Defferrard, secrétaire régional d’Unia. «Les Nyonnais ont refusé de sacrifier la vie de famille des vendeuses et des vendeurs au nom de la concurrence», précise son collègue Komla Kpogli. Le résultat nyonnais, qui était suivi loin à la ronde, est révélateur d’une tendance qui se dessine.

Au mois de juin, le Canton de Fribourg avait déjà dit non à une prolongation des ouvertures des commerces le samedi. Il n’empêche, Unia souligne n’être pas opposé par principe à une telle extension. «Nous ne sommes pas dogmatiques sur la question, note Komla Kpogli. Nous ne sommes que les porte-parole du personnel de vente, qui décide.» Le résultat du jour démontre dans tous les cas qu’une extension des horaires est illusoire tant que des compensations acceptables ne sont pas offertes aux travailleurs.

Renouer le dialogue

À Nyon, qui a la particularité avec Lausanne de posséder une convention collective de travail dans le domaine de la vente, le renouvellement de cette dernière semble pour l’heure incertain. La campagne a creusé un fossé entre la SIC et Unia qu’il sera difficile à combler dans un avenir proche. Les attaques des deux camps ont été très virulentes, dépassant parfois les limites du convenable. Affiches vandalisées, attaques personnelles, pression sur les commerçants: l’intensité des dernières semaines laissera assurément des traces. «Tout le monde ressort perdant de ce référendum», estime le syndic de Nyon Daniel Rossellat. Et de rappeler: «Ce référendum est né de l’échec du dialogue entre les deux partenaires qui n’ont pas réussi à s’entendre sur les mesures compensatoires.» Dans tous les cas, Unia et la SIC devront bientôt se rencontrer pour envisager le futur. Pour cela, la Municipalité a déjà offert ses bons offices comme médiatrice. «Notre objectif est d’avoir à Nyon un personnel bien traité qui travaille dans des commerces qui fonctionnent bien», résume Daniel Rossellat.

Le comité de la SIC se réunira mardi soir lors d’une séance extraordinaire. Il devra tirer les enseignements de la votation et définir ses plans d’avenir. Difficile de les imaginer pour l’heure. La présidente de la société n’a pas souhaité en dire plus. Marisa Benedetto a surtout besoin d’un peu de repos. Seule au front ces dernières semaines — ses collègues brillant par leur absence —, elle a encaissé toutes les attaques. Est-elle prête à poursuivre son engagement avec la même ténacité? Rien n’est moins sûr.

Créé: 22.09.2019, 19h21

Commentaire

Un exemple pour le canton

Nyon est mal récompensée. Être la seule ville avec Lausanne à posséder une convention collective de travail pour les métiers de la vente ne la met pas à l’abri d’un référendum comme celui de dimanche. Par contre, dans les communes voisines où siègent de grands centres commerciaux, les législations sont plus libérales. Et les voix pour dénoncer les heures effectuées par le personnel de vente en soirée sont rares pour ne pas dire inexistantes.

La victoire d’Unia n’est donc qu’une petite victoire. Car elle donne un avantage à ceux qui ne sont pas soumis à une CCT et qui proposent des horaires plus larges qu’à Nyon. Le syndicat l’a compris et entend promouvoir une CCT à l’échelle du canton. Ce qui permettrait d’harmoniser les pratiques sur l’ensemble du territoire et ainsi préserver l’attractivité du tissu commercial des villes par rapport à leur périphérie où sont situés les grands centres commerciaux.

Le résultat de dimanche tend à démontrer que la population veut une meilleure protection des travailleurs. Il démontre aussi qu’il y a une urgence à élaborer cette CTT cantonale, alors même que les clients sont toujours plus nombreux à demander des horaires flexibles.

Raphaël Ebinger

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