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À Marcelin, on teste des cultures bios innovantes avec un souci de rentabilité

Deux projets pilotes de systèmes alternatifs de production sont expérimentés à Morges.

Theo Grossenbacher dans son Biodiverger; Verger composite regroupant des pommiers, poiriers, pruniers, des petits fruits en alternance avec des haies et de la culture maraîchère. Photo Jean-Guy Python
Theo Grossenbacher dans son Biodiverger; Verger composite regroupant des pommiers, poiriers, pruniers, des petits fruits en alternance avec des haies et de la culture maraîchère. Photo Jean-Guy Python
Jean-Guy Python

Le visage buriné par le soleil, et le bourgeon du label Bio Suisse bien en vue sur son tee-shirt, Théo Grossenbacher accueille les visiteurs avec des feuillets à la main. Avant de parcourir «son» BioDiVerger, cultivé sur 5500 m2 de terrain au Domaine de Marcelin, il distribue une page A4 résumant ce qu’est, et ce que n’est pas, ce projet pilote. On retient surtout que ce n’est pas un jardin botanique, ni un exemple de permaculture abouti. «Bienvenue dans le nouveau monde», lance-t-il pour attiser notre curiosité.

Le BioDiVerger, né en 2013, porte bien son nom. Il se distingue des cultures traditionnelles de fruitiers, alignés propres en ordre, qui s’étendent sur de grandes surfaces et produisent un maximum de fruits bien calibrés. Il diffère aussi des vergers biologiques actuels, en cultures monovariétales, qui consacrent peu d’espaces à la diversité. Il s’agit d’un modèle expérimental réparti en deux espaces: le verger agroforestier et le verger épicerie, inspirés des principes de la permaculture.

Nous commençons la visite par le premier, caché par une grande haie composée de nombreuses variétés de plantes. «Elle a son utilité dans ce verger conçu comme un écosystème, explique Pascal Mayor, qui nous accompagne en tant que responsable du secteur agroécologique à Marcelin, et chef de ce projet. Elle permet notamment d’attirer des pucerons, qui eux-mêmes attirent des prédateurs tels que les coccinelles, qui iront manger les pucerons s’attaquant aux fruitiers.»

On est entré dans le vif du sujet. Tout a été pensé dans le but de réduire les intrants, engrais et traitements, même s’ils sont naturels (respectant le cahier des charges du label Bio Suisse). L’essai porte sur la limitation maximale d’emploi de produits phytosanitaires. Mais il s’agit aussi de diminuer les heures de travail, tant au niveau du désherbage que de l’entretien des plantes. Car l’enjeu de ce projet né au sein de l’antenne romande du FiBL (Institut de recherche de l’agriculture biologique), c’est d’être rentable.

Comment relever le défi sur le terrain? «Ce qui rapporte, dès le début, c’est de cultiver des légumes dans les allées d’arbres, explique Théo Grossenbacher, en montrant fièrement des courgettes, et des côtes de bettes dans une allée, puis dans l’autre, du fenouil, des pois mange-tout et de la coriandre. Une bonne moitié du chiffre d’affaires vient du maraîchage. À condition de vendre nos produits dans les circuits courts.» Ce qu’il fait chez lui, à la Ferme Les Sapins, située 5 km plus loin, à Colombier-sur-Morges. «Mais pour le moment, on n’arrive pas à tirer un salaire. Il faut se montrer patient.»

Une résilience écologique

Autre spécificité du BioDiVerger: le trio. la plantation alterne un pommier, un poirier, et un arbuste de légumineuses, qui sert à fixer l’azote dans le sol. Plus loin, on a aussi des pêchers et des pruniers. Entre les lignes, l’exploitant a encore planté des bandes fleuries avec le double objectif d’attirer des insectes pollinisateurs et des prédateurs contre les ravageurs (les alliés: abeilles, bourdons, syrphes, perce-oreilles, coccinelles, carabes…).

Le verger épicerie, à proximité, mélange encore davantage les variétés de plantes sur un espace plus restreint. En plus de fruitiers de toutes sortes, de fleurs et d’arbustes fixateurs d’azote, on trouve des plantes aromatiques et des petits fruits. Là, il n’y a aucun traitement. Pour lutter contre les campagnols, les limaces et autres ravageurs, on a installé des perchoirs pour les rapaces, des abris pour les hermines et les hérissons, et même des nichoirs pour les chauves-souris.

On y vise une résilience écologique par l’interaction des différents êtres vivants. Est-ce que ça marche? «Il n’y a pas de récolte optimale pour chaque plante, remarque Théo Grossenbacher. Mais avec cette diversité, un échec n’est pas aussi conséquent que dans une culture monovariétale, car il est limité et compensé.»

Victor Bovy dans les champs de permaculture de Marcelin au pied d'arbres fruitiers ou pousse du houblon. Image: Jean-Guy Python
Victor Bovy dans les champs de permaculture de Marcelin au pied d'arbres fruitiers ou pousse du houblon. Image: Jean-Guy Python

La biodiversité et la résilience écologique sont aussi appliquées par Victor Bovy, exploitant du Perma-jardin, un projet démarré en 2017, dans la continuité du BioDiVerger. L’objectif est d’y pratiquer une micro-agriculture intensive, productive, peu mécanisée, et diversifiée. Pour relever ce défi, il a fallu concevoir une planification intelligente des plantations sur une surface de 2,3 hectares, puis organiser la gestion complexe des tâches.

C’est le rôle principal de Victor Bovy, qui a choisi d’engager Damien Vurlod comme chef de culture maraîchère pour le seconder. Toutes les heures de travail et toutes les tâches sont notées jour après jour. Par exemple, l’exploitant a constaté que la surface est trop grande pour pouvoir se passer de certaines machines. Or ces engins ont un coût dont il doit tenir compte. Dans la perspective de tester si une microferme peut être viable, tous les paramètres doivent être examinés.

Au FiBL, Hélène Bougouin suit ces projets de près, notamment pour estimer leur rentabilité, et pour partager les résultats de ces expériences lors de visites, de cours et de conférences. Elle en précise le but: «Nous allons publier des références pour aider les gens à se lancer dans ces modes de culture, que ce soient des personnes qui veulent accéder à la terre et devenir autonomes ou des agriculteurs intéressés par des reconversions.

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