Montricher préfère les produits Migros à ceux de son boulanger
ColèreLe boulanger du village est fâché. Lors de l’assemblée des Communes vaudoises, il n’a pas pu fournir ses produits. Migros avait l’exclusivité.
L’assemblée générale de l’Union des Communes vaudoises (UCV), samedi dernier à Montricher, laisse un goût amer à deux artisans du village. Mario Laffely, boulanger, et Dominique Ernst, son successeur, n’ont pas pu servir leurs flûtes pour régaler les 2000 convives. Motif? La Commune a conclu un contrat d’exclusivité avec Migros Vaud afin de servir ses produits au petit-déjeuner et à l’apéritif. Pour Mario Laffely, c’est l’incompréhension. Ce d’autant plus que le président du comité d’organisation de la manifestation avait, selon lui, promis qu’ils pourraient proposer l’une de leurs spécialités en échange d’une publicité dans le livret de fête. «Nous avions conclu oralement que cette annonce se montait à environ 200 francs et que nous livrerions nos produits pour ce montant», précise Mario Laffely, qui était prêt à faire un geste et à livrer 4000 flûtes, soit le triple de l’accord convenu.
«Affront aux artisans»
Après la déception, c’est la colère qui prend le dessus. «Je suis assez dégoûté du comportement de la Municipalité, lâche celui qui a remis son commerce en février. Trois jours avant l’événement, mon successeur apprenait qu’il ne pourrait pas proposer ses produits lors de cette grande fête. Sincèrement, c’est un affront aux petits artisans. Une telle manifestation offre une vitrine non négligeable aux produits locaux.» Président du comité d’organisation et municipal à Montricher, Maurice Agassis ne l’entend pas tout à fait de la même oreille, même s’il semble marcher sur des œufs dans cette affaire. «En début d’année, lorsque j’ai rencontré les artisans, je ne savais pas que Migros aurait l’exclusivité», explique-t-il, tout en précisant ne jamais avoir clairement donné son accord à cet artisan. Cependant, il reconnaît que le commerçant aurait pu s’attendre à servir ses produits aux invités.
Une pratique courante
Pour son collègue Michel Desmeules, syndic de Montricher, il y a une certaine logique à privilégier un sponsor de cette taille. Il faut dire que la mise sur pied d’un tel événement implique des coûts énormes pour la Commune organisatrice. Montricher devait composer avec un budget de plus de 450 000 francs.
Dans l’organisation des parties récréatives des assemblées de l’UCV, cette pratique de s’allier à un grand de la distribution n’est pas nouvelle. Comme le rappelle Claudine Wyssa, présidente de l’UCV: «Elles sont sponsorisées soit par Coop soit par Migros.» Membre du conseil d’administration de Migros Vaud, n’aurait-elle pas fait pencher la balance du côté du géant orange? «Non, je n’ai rien à voir avec cette partie de l’organisation, qui revenait à Montricher. Je ne suis intervenue en aucun cas.» Un point que confirme Michel Desmeules en précisant qu’il a approché les deux distributeurs avant que la Commune ne fasse son choix «pour Migros, parce que leur sponsoring était plus intéressant».
Il est d’ailleurs impossible de connaître le montant de cet accord entre les deux parties. Migros évoque le devoir de réserve. «Vu l’ampleur de la manifestation, le comité d’organisation s’est tourné vers nous pour des questions évidentes de quantités, de logistique et d’organisation, relève Evelyne Emeri, responsable de la communication et du sponsoring de Migros Vaud. Si interdiction il y a eu, ce dont je n’ai pas connaissance, la décision appartient aux organisateurs de l’UCV. Mais nous étions présents avec notre label «De la région», qui promeut précisément les produits du terroir.»
Créé: 14.06.2013, 07h12




