A Montricher, les villageois vont au paradis à cheval

TraditionLa localité possède un corbillard hippomobile gratuit pour les habitants. Il est aussi prêté pour de rares occasions.

Début juin, le corbillard a été prêté exceptionnellement pour un dernier adieu au député Jean-Marc Chollet.

Début juin, le corbillard a été prêté exceptionnellement pour un dernier adieu au député Jean-Marc Chollet. Image: Odile Meylan - A

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Avec son bois noir, paré de lignes blanches, ses roues en fer et ses rideaux à franges sombres, le convoi détonne dans le local de la voirie de Montricher. Ses sorties sont rares, en moyenne cinq ou six fois par an. Mais lorsqu’il arpente les rues du village tiré par un cheval, il ne passe pas inaperçu. Il faut dire qu’il a une fonction particulière: conduire les habitants de la localité à leur dernière demeure.

«La Commune a acquis ce corbillard hippomobile en 1912, explique Didier Amez-Droz, syndic, en posant délicatement sa main sur le vénérable attelage. Depuis, nous assurons le transport des cercueils de nos habitants de l’église jusqu’au cimetière gratuitement. Il y a quelque chose de très fort et de hautement symbolique quand on entend le bruit des roues et des sabots sur la route.»

«Un honneur»

A tel point qu’ils sont encore nombreux à être attachés à cette tradition, transmise par les anciens. Parmi eux, il y a Henriette Chenuz, l’un des deux cochers du convoi funèbre, modestement rémunérés par la Commune. «J’ai repris cette activité de l’oncle de mon mari en 1988. Pour moi, c’est un honneur de conduire une dernière fois les défunts.»

Depuis dix ans, elle est épaulée par Brigitte Roessinger-Radelet, municipale à Mont-la-Ville et spécialiste des attelages, qui vient avec sa jument, Lise. «On ne peut pas utiliser n’importe quel cheval. Il faut qu’il reste calme devant l’église et le cimetière, et qu’il soit habitué à la foule», poursuit Henriette Chenuz.

Des célébrités à bord

Le corbillard ne sort qu’à de très rares occasions des frontières villageoises. La volonté des autorités étant de le réserver uniquement aux habitants de Montricher. «Nous le prêtons seulement pour des enterrements d’importance», confirme le syndic. Ainsi, la calèche a déjà accompagné le corps de grands artistes, à l’image du peintre Balthus à Rossinière en 2001 ou encore du ténor Hugues Cuénod à Lully en 2010.

Plus récemment, c’est le député Vert Jean-Marc Chollet, décédé tragiquement dans un accident d’avion fin mai, qui a été conduit à cheval à l’église de Vucherens. «Il avait clairement dit à ses proches qu’il souhaitait une voiture hippomobile, précise Laurence Cretegny, syndique de Bussy-Chardonney et députée PLR, qui a mené le corbillard de son collègue à la demande de la famille. Je l’avais déjà fait pour Hugues Cuénod.»

Un autre corbillard

Grande amoureuse des animaux, l’élue a reçu un véhicule semblable, datant de 1895, la semaine dernière. Elle entend le rénover avant de le mettre à disposition de ceux qui le souhaitent dans la région et le canton dès l’été prochain. «Je trouve que la présence du cheval apporte une sérénité dans ces moments difficiles», poursuit-elle.

Un avis que partage Didier Amez-Droz, même si aujourd’hui des villageois préfèrent être conduits par un convoi funèbre motorisé. Dans le même ordre d’idées, le syndic remarque aussi que, avec les incinérations en croissance, la vieille voiture sort moins qu’à l’époque. Un dernier point sur lequel Henriette Chenuz rebondit: «Avant le début des années 1990, les personnes qui étaient inhumées avaient l’obligation d’utiliser notre corbillard. Heureusement qu’on leur laisse désormais le choix.» (24 heures)

Créé: 01.08.2015, 10h27

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