Nyon risque à nouveau de devenir une ville dortoir

LogementLa rénovation de plus de 200 logements fait planer le risque que la ville perde des habitants aux revenus plus faibles.

Verena et Simon Khairallah habitent depuis 52 ans dans leur logement et n'entendent pas en changer.

Verena et Simon Khairallah habitent depuis 52 ans dans leur logement et n'entendent pas en changer. Image: Florian Cella

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Nyon, ses festivals et sa riche vie culturelle et sportive. Le tableau semble immuable. Et pourtant, un danger plane sur l’animation de la cité. «Le risque que Nyon devienne une cité-dortoir est à nouveau assez fort, prévient Stéphanie Schmutz, municipale du Social et du Logement. Il est primordial de préserver un équilibre au sein de la population pour maintenir l’animation sociale, culturelle et économique dans la commune.»

Le constat fait écho à plusieurs projets de rénovation d’immeubles qui mettent sous pression une population aux revenus faibles et donc fragilisée. Ces derniers mois, ce sont 221 logements aux loyers nettement en dessous du marché qui sont concernés, représentant plus de 500 habitants répartis dans trois bâtiments. Les locataires en question doivent quitter les appartements dans lesquels ils habitent parfois depuis plusieurs décennies.

Préserver l’équilibre

Si cette population ne rapporte que peu d’impôts, elle a des atouts pour la ville. «Elle consomme localement et elle est intégrée dans la vie associative de la commune, contrairement aux habitants plus aisés qui ont plus tendance à commander sur internet, à faire leurs achats dans les centres commerciaux en périphérie et à passer leurs week-ends à l’extérieur de la ville», analyse Stéphanie Schmutz.

Préserver l’équilibre est donc une gageure pour les politiques. D’autant plus que de nombreux bâtiments locatifs où habite une population moins aisée doivent subir des travaux. Ils ont été construits lors du boom démographique du milieu du siècle dernier, quand Nyon est passé de 6500 habitants en 1955 à 10 200 en 1966. «Il y a un important besoin de rénovation énergétique des immeubles bâtis à cette période pour répondre aux exigences de la Stratégie énergétique 2050 voulue par le peuple suisse», explique Olivier Feller, directeur de la Chambre vaudoise immobilière.

Le phénomène est réel à Nyon. «Lausanne l’a connu avec quelques années d’avance. Désormais, nous le sentons depuis une année et demie dans la région», souligne Jessica Jaccoud, présidente de la section nyonnaise de l’Association suisse des locataires (Asloca), qui regrette les effets pour les locataires. Les rénovations vont parfois avec la résiliation des baux, ce qui peut entraîner une hausse de la gamme des logements et les rendre inaccessibles aux anciens locataires.

Délégué au logement

Pour atténuer les effets de ces rénovations, la Ville entend engager un délégué au logement. Celui-ci aura la tâche d’être en contact avec les propriétaires et les régies pour accompagner les habitants et faciliter les relogements, entre autres. L’anticipation est primordiale pour préserver la population aux moyens les plus faibles. Car s’il y a une détente pour les appartements haut de gamme et les PPE, celle-ci peine à se faire ressentir pour la catégorie des logements d’utilité publique.

Pour garder la classe inférieure sur son territoire, son accompagnement est essentiel. L’exemple de la Suettaz, à la route des Tattes-d’Oie, la plus grande barre d’habitation de la ville avec ses 176 appartements, est criant. La Société coopérative d’habitation de Lausanne qui gère le site a pris toutes les précautions pour préparer son chantier de démolition (en automne 2019 si tout va bien) qui permettra de reconstruire mieux et plus grand.

«Des rencontres individuelles avec chaque ménage ont été organisées pour trouver des solutions adaptées, souligne Ilhan Büchler, directeur de la coopérative. Nous les aidons à déménager et, pour les plus vulnérables, nous leur faisons les cartons.» Pour l’instant, aucun locataire n’a résilié son bail. Les 66 premiers résidents ont déjà migré dans un immeuble proche.

La bonne manière

À la route de Divonne 21, la Ville a pu négocier avec le propriétaire, La Mobilière, puisque celui-ci voulait acheter une parcelle communale afin de reconstruire plus grand. L’immeuble de 14 appartements sera détruit et un nouveau sera construit avec 10 logements supplémentaires. Au final, tous les loyers seront 17% en dessous du prix du marché. Les locataires seront eux aussi relogés à proximité pendant le chantier. «Ce que nous propose notre propriétaire est top classe, avertit un des résidents. On nous a garanti des loyers stables et on nous paie le déménagement pour quitter notre appartement et celui pour revenir dans le neuf.»

Il n’empêche, il a fallu batailler au Tribunal des baux pour en arriver là. Ce qui a provoqué le départ de deux ménages, alors que le stress a provoqué des ennuis de santé auprès de deux seniors. «Un soutien pour faciliter les démarches et éviter de devoir se battre devant un tribunal nous aurait été utile», reconnaît le locataire.

Créé: 09.11.2018, 20h47

«Je ne quitterai pas mon logement»

«Je ne quitterai pas mon logement. S’ils veulent que je parte, il faudra qu’ils me passent par la fenêtre!» Simon Khairallah, 87 ans, a passé 52 ans avec sa femme, Verena, dans un 4,5 pièces au chemin de Prélaz 24, en dessus de la gare de Nyon. Il y a quelques mois, il a reçu une lettre de résiliation car d’importants travaux d’assainissement sont prévus dans cet immeuble des années 1960. Son couple est un symbole de la population fragilisée qui se retrouve en difficulté à cause d’une rénovation.

«Retrouver un logement est très compliqué, raconte sa femme. Dans les régies, avec notre âge et notre faible revenu, nous n’avons aucune chance. Nous pourrions aussi imaginer être relogés dans un 3 pièces, mais il sera plus cher que notre 4,5 pièces actuel.»

Quitter la ville de Nyon où les appartements sont si chers poserait d’autres problèmes. Si bien qu’il n’y pense même pas. «Nous ne quitterons pas la ville, insiste Verena. Nous sommes Nyonnais. Nous y faisons nos courses. Nous y avons notre médecin. Nous y avons travaillé. Notre vie est ici.»

Le couple est aujourd’hui inscrit pour un logement dans le futur écoquartier qui devrait se construire au chemin des Tines sous l’égide d’une coopérative. Mais le tout peine à se réaliser. Heureusement pour eux, le projet d’assainissement de leur immeuble est au point mort. Plusieurs appartements sont toutefois vides, les locataires les plus jeunes ayant trouvé à se reloger ailleurs. Le couple apprécie à sa juste valeur le sursis dont il bénéficie. «Mais j’y pense tout le temps, admet Verena Khairallah. La qualité de mon sommeil en souffre.»

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