L’Ouest vaudois n’a plus les moyens d’investir

Finances publiquesLes Communes du district de Nyon lèvent le pied sur les dépenses. Le préfet et le monde de l’économie sont préoccupés.

La plupart des communes ont reporté des investissements.

La plupart des communes ont reporté des investissements. Image: Lucien Fortunati/photo d'illustration

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«Nous sommes au bord du gouffre.» Denys Jaquet ne cache pas ses craintes concernant les finances de Rolle. Le syndic est dans une situation critique, puisque sa Commune doit emprunter pour faire tourner son administration. Très durement touché par la troisième réforme des entreprises (RIE III), le bourg incarne mieux qu’aucun autre le malaise des collectivités locales de l’Ouest vaudois. Le riche district de Nyon est obligé de freiner des deux pieds en matière d’investissements. Il n’a plus les moyens de ses ambitions, mises à mal par la pression liée à la péréquation cantonale et par son incapacité ou manque d’envie de relever ses impôts. Le coup de grâce est venu de la RIE III, qui frappe de plein fouet une région possédant un tissu économique prospère.


L'édito: Le district de Nyon doit gérer sa richesse


À Rolle, toutes les dépenses, même les plus minimes, sont soupesées avec attention. Dans d’autres Communes aussi. À Nyon, la Municipalité a réduit sa voilure depuis plus d’une année. «Tout le monde doit faire des économies, alors tout le monde tire le frein à main», constate le syndic, Daniel Rossellat. Le refus par les électeurs d’augmenter les impôts a fini par refroidir l’Exécutif, qui travaille avant tout sur des dossiers aux conséquences financières réduites, comme le règlement sur le personnel ou la transformation des Services industriels. Dans le chef-lieu, la rénovation de l’école du centre-ville et celle de la piscine du Rocher ont été mises en veilleuse, ce qui permet de retenir quelque 30 millions de francs. Dans le village voisin, on est plus strict encore. «Nous engagerons zéro investissement d’ici à 2023», tonne Robert Middleton, syndic de Crans-près-Céligny.

La situation est telle que le préfet avoue sa préoccupation. Lors de sa traditionnelle tournée des communes, il demandera aux élus de desserrer les cordons de leur bourse. «Les autorités ne doivent surtout pas oublier d’investir pour l’entretien de leur patrimoine, explique Jean-Pierre Deriaz. C’est important si on ne veut pas faire porter cette charge aux générations futures. Plus on attend, plus ce sera cher.»

Les effets cumulés des factures cantonales et de la RIE III ont réduit la capacité d’investissements des communes de l’Ouest vaudois. Depuis 2013, leur marge d’autofinancement a fondu de moitié, passant de 6,87% à 3,45% en 2017. Le district de Nyon, qui représente 12,53% de la population vaudoise, paie 29,2% de la totalité de la facture sociale et de la péréquation, selon des chiffres présentés par la Préfecture de Nyon en août 2018.

Pas d’éclaircie avant 2023

La situation ne va pas s’améliorer de sitôt. «Nous avons essayé d’augmenter nos impôts mais la population a refusé, explique Daniel Rossellat. Nous n’avons pas de marge de manœuvre. D’ici à la réforme de la péréquation, ça n’ira pas mieux.» Celle-ci est attendue pour 2023, mais ses contours ne sont pas encore connus. «Il ne faut pas se leurrer, poursuit le syndic de Nyon. Les autres Communes ne vont pas la modifier pour payer plus et afin que nous payions moins.»

Le monde économique n’est pas insensible aux difficultés politiques. Le fléchissement du dynamisme régional qui a fait la richesse du district est toutefois encore modérément ressenti. «Un indicateur s’est allumé, constate Nils Rentsch, directeur général de Perrin Frères, l’un des poids lourds régionaux du monde de la construction. Si les Communes diminuent leurs investissements, il y aura des conséquences. Aujourd’hui, le volume est encore suffisant pour nous, mais nous avons une taille qui nous permet d’obtenir de gros chantiers des CFF et du Canton.» La société dont il vient de reprendre les rênes avec des associés est sereine face à l’avenir. Le patron est circonspect concernant les plus petites entités. «Ce sera plus difficile pour les PME de 10 à 50 collaborateurs, car elles sont plus dépendantes des mandats des Communes. On risque de voir les grandes entités manger les plus petites. Il s’agit toutefois d’un phénomène cyclique.»

Créé: 08.05.2019, 06h54

Appel au Canton

Les autorités communales n’en peuvent plus et entendent le faire savoir. Une résolution tourne dans le district pour interpeller le Conseil d’État et les députés du district. Sous le titre «Halte à la mort par asphyxie de la vie démocratique de notre commune», elle a été acceptée à l’unanimité à Crans-près-Céligny. Mies en avait fait de même. En exigeant une réforme rapide du système péréquatif cantonal, le texte souhaite donner aux Communes une plus grande marge de manœuvre financière.

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