Papa de jour, un job qui suscite encore la méfiance

Petite enfanceDans le canton de Vaud, seuls treize hommes gardent des enfants à domicile. Davide Panetto, de Mies, s'épanouit dans ce métier.

Davide Panetto en plein jeu avec les enfants (à droite son fils), dont il a la garde à son domicile de Mies.

Davide Panetto en plein jeu avec les enfants (à droite son fils), dont il a la garde à son domicile de Mies. Image: Christian Brun

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«Certains pensent que garder des enfants est un métier stressant. Pas moi!» rigole Davide Panetto. C’est en effet avec un calme olympien que ce jeune quadragénaire répond aux sollicitations des deux bouts d’chou d’à peine 4 ans qui gambadent dans son salon. Le petit garçon est son fils, la petite fille est sous sa garde pour la journée. Comme deux autres enfants qui sont à l’école ce matin-là. Car Davide exerce un métier encore rare pour un homme: il est papa de jour. Comme la nouvelle volée de treize dames du district de Nyon, cet habitant de Mies vient d’obtenir son attestation, après avoir suivi la formation dispensée par la Communauté d’intérêt pour l’accueil familial de jour (CIAFJ).

Se retrouver seul homme du réseau d’accueil de Terre-Sainte ne l’émeut guère, car ce père de famille, qui a déjà quelques années d’expérience, assume parfaitement ce rôle. Pourtant, rien ne le prédestinait à rester au foyer pour donner le biberon et changer les langes. Né en Italie, ce cuisinier formé dans une école hôtelière aurait pu reprendre le restaurant que ses parents tenaient au lac de Côme. Mais il a fait son service militaire dans la marine. Et l’année qu’il a passée sur l’Amerigo Vespucci, le grand voilier de l’armée, lui a donné le virus de la mer. «J’ai passé quatorze ans à travailler sur des voiliers et des yachts, comme cuisinier et marin. J’ai traversé six fois l’Atlantique, vogué dans les îles du Pacifique, jusqu’en Nouvelle-Zélande.»

Un choix de vie

Et puis, en Sardaigne, il est tombé amoureux d’une Suissesse. Elle voulait rentrer au pays, lui voulait, après sa vie de nomade, se fixer et fonder une famille. Marié, Davide Panetto s’est ainsi retrouvé à Genève pour y occuper divers emplois dans la restauration. C’est à la naissance de sa fille, arrivée en 2010, que le jeune papa décide, en accord avec sa femme, employée de banque, de rester à la maison pour élever leur enfant. «On habitait alors en France voisine et on n’était pas riches. Et, comme je n’avais pas retrouvé un travail de rêve comme avant, j’ai fait le choix de garder d’autres enfants.» Brevet français en poche, il a accueilli une quinzaine d’enfants de tous âges.

Quand le couple a déménagé à Mies, en Terre-Sainte vaudoise, il a fallu refaire le certificat suisse. Quelque vingt-quatre heures de cours sur deux mois, englobant le développement et les rythmes de l’enfant, la santé, la prévention accidents, les relations au quotidien, aussi avec les parents, les valeurs affectives ou encore une approche de la maltraitance. Pour ce marin, devenir papa de jour a été un sacré changement de vie. «Mais c’est un vrai bonheur. Je suis content d’être à la maison, de pouvoir gérer mes horaires. Et puis, moi, au moins, j’aurai vu grandir mes enfants», se réjouit Davide, qui entend faire ce métier jusqu’à ce que les siens soient autonomes.

Si les hommes participent de plus en plus aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants, confier ses petits à une nounou de sexe masculin n’est pas une évidence pour tous. «Cela arrive que des familles soient gênées. Une fois, alors que la mère était d’accord, c’est le mari qui a refusé de me confier son enfant. L’idée que la femme allaite l’enfant et s’en occupe les premières années a la dent dure», admet celui qui aura bientôt la garde d’un bébé de 5 mois. (24 heures)

Créé: 16.05.2016, 17h24

Vaincre les préjugés

Actuellement, le canton de Vaud, organisé en 36 réseaux régionaux, compte 13 hommes au bénéfice d’une autorisation d’accueil en milieu familial, soit 0,8% des quelque 1500 accueillants en activité.

Avec une rémunération d’en moyenne 5,50 francs l’heure, ce travail est souvent considéré comme un complément de salaire au sein d’un couple. Ce sont les coordinatrices de chaque réseau, qui engagent les accueillants et gèrent les placements. «Une fois sur deux, les familles sont enchantées de tomber sur un accueillant masculin. Les autres hésitent et n’arrivent pas à dépasser certains préjugés», confie Nathalia Gervaix Riesen, coordinatrice du réseau de Terre-Sainte.

Et des affaires, comme celle, récente, du mari d’une accueillante qui abusait des enfants, suscite forcément des craintes. «Mais contrairement à une crèche, qui emploie des éducateurs de la petite enfance, les parents du réseau d’accueil, comme les accueillants, ont le choix d’accepter ou de refuser».

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