Après avoir tout perdu lors d'un incendie, elles sont désemparées

EchandensDeux femmes victimes d’un sinistre témoignent. Elles se sentent lâchées par les autorités.

L'incendie a eu lieu dans une maison du centre du village fin février.

L'incendie a eu lieu dans une maison du centre du village fin février.

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«On a tout perdu», confie Fabienne, les yeux remplis de larmes. Locataire de l’immeuble d’Échandens qui a pris feu fin février, elle a vu sa vie basculer en quelques minutes. «Il était un peu plus de minuit, se souvient-elle. Je regardais un film quand j’ai entendu une alarme. J’ai d’abord pensé que ce bruit provenait de la télévision. J’ai baissé le volume pour en être sûre et réalisé que c’étaient les détecteurs de fumée. Je me suis précipitée dans le couloir et j’ai compris que le problème se situait dans l’appartement du propriétaire du bâtiment.»

Ni une ni deux, elle tambourine à sa porte. Aucune réponse. Elle décide donc de rentrer grâce au double de la clé qu’elle possède. «J’ai alors aperçu une fumée noire et épaisse ainsi que des flammes, poursuit Fabienne. Je me suis mise à crier. C’est là que je l’ai vu sortir de sa chambre, déboussolé. Je l’ai embarqué et nous avons évacué les lieux à toute allure.»

À la rue

À peine en bas de l’immeuble, Fabienne entend une explosion. «Sûrement les vitres», soutient-elle. D’un instant à l’autre, elle se retrouve «à la rue». «Je n’avais même pas de chaussettes aux pieds», témoigne la sinistrée. Les sirènes résonnent, les pompiers et les forces de l’ordre arrivent sur place. Suivis des autorités communales. On parle d’une bougie ou d’une cigarette qui n’aurait pas été éteinte. Après avoir répondu aux questions de la police et vu tout ce qu’elle possédait brûler, celle qui est née dans le village trouve finalement refuge chez une riveraine.

Le lendemain, l’enfer continue. Avec sa voisine Rebecca, elles n’ont plus rien. Même pas une brosse à dents. «Des proches nous ont prêté des vêtements et nous sommes allées à l’hôtel», révèle Fabienne. Depuis l’incendie, c’est dans ce deux-étoiles d’Échandens qu’elles vivent. Et se sentent laissées-pour-compte. «On ne nous a proposé aucun soutien psychologique, indique Rebecca. Pourtant, je suis en état de choc. Chaque jour, j’ai des tremblements, je fais des cauchemars et je pleure.»

«Pas possible de faire plus»

Du côté de la Commune, on assure faire tout ce qu’on peut. «Comme le prévoit la loi, nous nous sommes chargés de reloger les sinistrés en urgence à l’hôtel, explique la syndique, Irène Caron. Nous avons également envoyé un courrier à toutes les gérances immobilières pour voir si des habitations étaient vacantes. Nous nous sommes finalement engagés à appuyer leur dossier dans le cas où ils le déposeraient pour un appartement. Mais c’est à eux qu’il incombe de trouver un nouveau logement. Nous ne sommes pas en mesure de faire plus que ce que nous avons entrepris.»

Insuffisant, selon les victimes. «C’est un cas exceptionnel, réalise Fabienne. Les autorités devraient faire davantage. J’ai besoin de retrouver un chez-moi pour me reconstruire. Je ne demande pas grand-chose. Un petit deux-pièces me satisferait amplement. À l’hôtel, le personnel est adorable et fait preuve d’une grande humanité, mais on n’a pas d’intimité. Et vraiment l’impression de ne pas avoir été soutenues par la Commune. Je ne sais pas comment ce genre de choses peuvent se produire dans un pays comme la Suisse.»

Facture pour le nettoyage

De plus, les deux habitantes disent être sous pression. «On nous a fait comprendre que nous devions y aller mollo avec nos dépenses, affirme Rebecca. Et que l’on recevrait une facture de 2000 francs pour le nettoyage des lieux du sinistre. C’est sidérant.» Selon la loi, il incombe en effet aux victimes de l’incendie de prendre en charge les coûts de déblaiement des biens endommagés. Et l’Établissement cantonal d’assurance (ECA) ne cache pas que ces dernières doivent faire leur maximum pour réduire les frais. «Ceux liés, par exemple, à une chambre d’hôtel sont remboursés par l’ECA dans la mesure du nécessaire, sachant que, de son côté, le sinistré doit faire son possible pour limiter le dommage à indemniser, détaille Claudia Dormeier Freire, chargée de communication. S’il peut trouver d’autres solutions tout aussi acceptables à moindre coût, il a l’obligation de les explorer. À noter que le locataire doit fixer dans sa police d’assurance le montant maximum qu’il veut assurer pour ce poste du dommage. Il s’agit d’une indemnité qui vient se rajouter à celle des biens directement assurés.» (24 heures)

Créé: 05.03.2018, 11h08

«Même pas une brosse à dents»

Nicolas a également été victime d’un sinistre. Un matin, il y a quelques mois, son habitation située dans un village du pied du Jura a brûlé. Lui, sa femme et ses enfants se sont retrouvés sans rien. «Dans les premières heures qui suivent l’incendie, on ne réalise pas vraiment, raconte-t-il. On est entouré de beaucoup de monde, des pompiers et des autorités. Puis le calme revient, vous êtes seuls et n’avez même pas une brosse à dents. C’est là qu’on a pu compter sur un soutien incroyable. Notre voisin, propriétaire, nous a invités à manger. Puis nous avons été logés chez mon oncle.»

Quelques jours plus tard, ils ont eu la chance de retrouver un toit dans un village voisin, grâce notamment aux recherches de la Commune. Parallèlement, ils ont continué à recevoir l’appui de la population. «Des gens nous ont apporté des légumes, d’autres proposé des meubles, poursuit Nicolas. Ma belle-sœur avait publié une annonce sur Facebook et elle a finalement dû la retirer tellement on a reçu de choses.»

Nicolas et sa famille espèrent retourner cet été dans leur logement. Mais aujourd’hui, il s’agit de se battre pour récupérer ce qu’ils ont perdu. «C’est vraiment compliqué, révèle Nicolas. Cela nécessite beaucoup d’énergie et de temps parce qu’on doit justifier tout ce qui a été détruit afin d’être dédommagé. On n’était pas vraiment préparés à tout cela.»

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