Le petit paradis des seniors va fermer

OrnyLa vie de château, c’est bientôt fini pour les résidents de l’EMS Cottier-Boys. L’établissement est voué à disparaître.

Les résidents et le personnel de l’EMS Cottier-Boys bénéficient d’un cadre idyllique.

Les résidents et le personnel de l’EMS Cottier-Boys bénéficient d’un cadre idyllique. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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L’EMS Cottier-Boys d’Orny est une maison pas comme les autres. Dernier établissement propriété de l’État de Vaud, il accueille 29 résidents dans un… château. Apprécié des résidents comme des employés, l’EMS fermera toutefois bientôt ses portes, après près de 140 ans de service aux aînés.

C’est en effet en 1884 que l’institution cantonale des incurables et vieillards infirmes y installe ses pensionnaires, raconte la directrice, Patricia Fayard. «L’asile est devenu un EMS en 1978 et a toujours vocation d’hébergement à taille humaine à ce jour.» Voilà pour le côté historique, qui n’est cependant pas l’unique caractéristique de cette habitation valant le détour. Cottier-Boys est par exemple le seul EMS vaudois à avoir obtenu la note B – de l’indicateur Beelong. Ce dernier permet d’évaluer l’impact environnemental des aliments sur une échelle de A à G. «Tous nos plats sont faits maison et nous travaillons au maximum avec des produits de proximité, bios et de saison, révèle le chef de cuisine, Christian Pahud. Notamment des fruits et légumes issus de notre jardin à la française réaménagé comme il l’était au XVIe siècle.»

«Entreprise libérée»

Autre originalité: l’approche managériale adoptée, dite «entreprise libérée», où chaque collaborateur a une grande liberté d’action. «Ce système abolit les strates de la hiérarchie, détaille Patricia Fayard. L’horizontalité est majeure. Il n’y a pas de chef, que des collègues. De plus, on applique la politique de la porte ouverte. Aucun bureau n’est fermé, il n’y a pas besoin de prendre rendez-vous pour discuter avec telle ou telle personne. Ainsi, les décisions se prennent très vite, ce qui permet d’avancer rapidement dans les projets.»

Et le mode de fonctionnement ravit le personnel. En ce bel après-midi de juin, une dizaine d’employés ont le sourire aux lèvres sur la terrasse de la villa qui jouxte le château. Une maison de trois étages qui est réservée aux collaborateurs depuis que Patricia Fayard a été nommée à la tête de l’EMS. On y trouve évidemment des bureaux, mais aussi un très grand espace commun ou encore des chambres pour dormir. «On a beaucoup de plaisir à travailler ici, assure Cécile Silvent. Pouvoir se retrouver tous ensemble sur la terrasse pour manger et échanger est un luxe. De plus, on a beaucoup de liberté et on peut facilement mener des projets en collaboration avec d’autres secteurs. Je suis aide-soignante, mais j’ai pu mettre en place une activité de sortie aux thermes et je développe un concept de balades à vélo triporteur.»

Chez les résidents, la satisfaction est aussi visible. «Je trouve cet endroit très agréable et, honnêtement, je ne pensais pas que ça serait comme ça, confie Madeleine Sangrouber, qui soufflera 80 bougies en novembre. Les chambres sont jolies, le personnel très gentil, je n’ai vraiment pas à me plaindre. Mes filles m’ont d’ailleurs dit que c’était la meilleure maison de la région.» Même son de cloche du côté de Jean Regamey, âgé de 75 ans et à Cottier-Boys pour un court séjour en raison d’un problème à une jambe: «Tout le monde est sympathique, la cuisine est bonne, le cadre est très beau… C’est comme des vacances!»

Un EMS trop petit?

Si le lieu semble apprécié de tous, sa fermeture est néanmoins programmée. «On ne sait pas exactement dans combien d’années, mais il est prévu que les résidents déménagent sur un autre site en construction, indique Patricia Fayard. Selon les économistes, un EMS petit comme le nôtre n’est pas viable. Pourtant, nous arrivons à être chaque année dans les chiffres noirs tout en innovant et développant sans arrêt des projets. Nous déplorons réellement que ce genre de structures à taille humaine ferment leurs portes, car elles sont moins anxiogènes. D’autant plus que notre établissement se situe dans un petit village en milieu rural et que beaucoup de nos résidents viennent de la région.»

Du côté des autorités, on assure que ce n’est pas la taille de l’établissement qui a été déterminante. «Le Canton n’est pas opposé aux petites structures, affirme la déléguée à la communication, Anouk Farine-Hitz. Cet établissement est un vieux château inscrit au patrimoine fédéral et n’est pas conforme aux normes architecturales cantonales en vigueur. Une mise en conformité est difficilement possible, en raison de coûts disproportionnés. Depuis plus de dix ans, des réflexions ont été menées sur le maintien, l’adaptation ou la fermeture de ce site avec tous les partenaires concernés. Un projet a été retenu en accord avec le comité de fondation, qui prévoit le transfert des résidents et du personnel dans un nouvel EMS à construire à Cossonay, qui devrait être réalisé d’ici à 2024.»

Créé: 23.06.2019, 18h28

«Nous déplorons que des structures à taille humaine ferment leurs portes, car elles sont moins anxiogènes»

Patricia Fayard, directrice de l’EMS Cottier-Boys d’Orny

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