Un projet pilote requinque le ruisseau du Boiron

EnvironnementLa lutte contre la présence de pesticides dans le cours d’eau de la région morgienne devrait servir de modèle national.

A Denens, la station «Epuwash» permet aux agriculteurs de nettoyer leurs machines en toute sécurité, sans risquer de porter préjudice au cours d’eau.

A Denens, la station «Epuwash» permet aux agriculteurs de nettoyer leurs machines en toute sécurité, sans risquer de porter préjudice au cours d’eau. Image: VANESSA CARDOSO

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«Oui, il y a quelques contraintes. Mais qu’est-ce qu’une contrainte face à la préservation de l’environnement?» Philippe Pernet, paysan à Denens, est un des 73 agriculteurs à s’être engagés dans la lutte contre la présence de produits phytosanitaires dans le Boiron. Ce projet pilote, lancé en 2005 à l’instigation du Canton, a porté ses fruits: aujourd’hui, le cocktail de résidus phytosanitaires est beaucoup plus faible et sa concentration est bien moindre qu’il y a dix ans. Des résultats encourageants, qui devraient faire des émules au plan national.

Coupables désignés
La genèse de ce projet remonte à 1996. Des prélèvements effectués dans les eaux du Boiron conduisent à un constat sans appel: le cours d’eau est chargé en pesticides. «Pourtant, la région morgienne possède de bonnes industries, les villages sont raccordés à des steps et l’état morphologique du ruisseau est favorable», observe Raymond Vallier, chef de la Section assainissement industriel à la Direction générale de l’environnement (DGE). Rapidement, les résidus d’herbicides sont mis en cause pour expliquer la qualité médiocre du ruisseau.

Comment endiguer ce problème sanitaire? Quelles mesures proposer aux paysans pour limiter la pollution du Boiron? C’est dans ce contexte que naît le «Projet Boiron». Réunis autour d’une table, les différents acteurs concernés – le Canton, les agriculteurs, les pêcheurs et les communes – élaborent une stratégie. La gestation sera douloureuse. Chacun avançant sa propre analyse de la situation, le dialogue est souvent tendu. «Petit à petit, nous avons fini par comprendre les préoccupations des uns et des autres», rapporte Raymond Vallier.

Voilà pour la théorie. Il ne restait plus qu’à mettre le «Projet Boiron» en pratique. Pour convaincre les paysans de lutter à ses côtés, la DGE a sorti un atout de sa manche: un article de la loi fédérale sur la protection des eaux (LEaux) permet d’indemniser les agriculteurs pour «les mesures prises par l’agriculture afin d’empêcher le ruissellement et le lessivage de substances». Cet instrument légal n’ayant jamais été utilisé pour lutter contre la présence de produits phytosanitaires dans les cours d’eau, le «Projet Boiron» constitue donc une première suisse.

Très concrètement, les agriculteurs n’avaient qu’à piocher dans une série de propositions plus ou moins contraignantes. Parmi les mesures «légères», on relèvera le remplacement d’herbicides par d’autres, ou encore la pratique des semis croisés – qui consiste à placer des bandes de semis perpendiculairement tous les 20 mètres. Plus spectaculaire, la création de la station «Epuwash», à Denens, permet de laver les machines agricoles et de traiter l’eau polluée sur place.

Plusieurs paysans ont poussé la barre plus loin en supprimant les traitements herbicides sur certaines cultures et en remplaçant une partie de leurs cultures par des prairies semées – qui ne nécessitent pas de lourds traitements chimiques. «La perte de revenus a été compensée grâce à l’article de la LEaux», précise Philippe Vioget, chef de la Division protection des eaux à la DGE.

Bouche-à-oreille
Bien que le bilan soit positif, les responsables du projet ne s’en cachent pas: convaincre les agriculteurs n’a pas été une sinécure. Au départ, seuls dix ont joué le jeu. Le bouche-à-oreille a fait le reste: aujourd’hui, ils sont 73. «On a expliqué aux récalcitrants que ce projet était nécessaire, bien mené et, finalement, pas si contraignant», sourit Philippe Pernet, qui s’est lancé dans l’aventure dès le départ.

Au final, les efforts conjugués des autorités et des agriculteurs n’auront pas été vains. «La qualité biologique et chimique de la rivière s’est sensiblement améliorée», constate Raymond Vallier. Il s’agira désormais de consolider les acquis. «Le projet se termine l’an prochain, mais nous allons solliciter une nouvelle phase afin de faire en sorte que la qualité des eaux soit bonne sur le long terme», conclut l’ingénieur.

Créé: 10.07.2015, 08h53

Valorisation nationale

Lancé en 2005, le «Projet Boiron» a été riche en enseignements. D’une part, les résultats sont encourageants et, d’autre part, son élaboration a prouvé que les services de protection de l’environnement et le monde agricole peuvent travailler main dans la main.

Au moment de tirer le bilan du «Projet Boiron», Philippe Vioget, chef de la Division protection des eaux à la Direction générale de l’environnement (DGE), émet toutefois une réserve: «Nous aimerions que la Confédération valorise le travail effectué dans le canton de Vaud. Les enseignements tirés du projet devraient être extrapolés vers d’autres bassins versants.»

A cela, l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) répond qu’il est nécessaire de «développer la politique nationale de façon à prévenir les problèmes de contamination». D’ailleurs, le Conseil fédéral a lancé, l’an dernier, un plan d’action visant à réduire les risques. Cela dit, l’office rappelle que «la délimitation des régions à risque et l’élaboration des projets relèvent de l’initiative cantonale».

En chiffres

1 313 000 francs ont été budgétés pour la première phase du «Projet Boiron» (2005-2010). Au final, 888 000 francs ont été dépensés. Pour la deuxième phase du projet (2011-2016), le budget s’élève à 2 113 000, dont 994 000 francs ont été dépensés durant les quatre premières années.

73 agriculteurs participent, à des degrés divers, à ce projet pilote dans le district de Morges. Au départ, ils n’étaient que 10.

6 stations de mesure ont été installées le long du Boiron pour mesurer la qualité biologique
et chimique des eaux.

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