Un restaurant éphémère où les migrants reçoivent

NyonSous l’enseigne Mama Helvetica, le Festival des arts vivants à Nyon interroge sur le concept de l’hospitalité.

Le requérant d'asile Mohamed Mouelhi et l'artiste Adina Secretan sont l'âme du lieu ouvert pendant le Far.

Le requérant d'asile Mohamed Mouelhi et l'artiste Adina Secretan sont l'âme du lieu ouvert pendant le Far. Image: Marius Affolter

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Le clin d’œil est symbolique. Mama Helvetica fait face à Mama Africa depuis mercredi au cœur de Nyon. La scène se joue de part et d’autre de la rue des Marchandises à Nyon. La nouvelle enseigne aux consonances suisses trône en dessus de la porte d’entrée de la buvette de la salle communale. Elle s’inspire du lieu d’accueil de jour destiné aux requérants d’asile, installé dans l’ancien centre d’animation de la ville. Ce lieu de rencontre éphémère est une des actions artistiques développées dans le cadre du Festival des arts vivants (Far°). Il est ouvert tous les jours jusqu’au 19 août.

«Mama Helvetica propose de se questionner sur l’hospitalité, sur la notion d’hôte et d’invité»

Une année après une édition sur le thème de la migration, la manifestation n’oublie pas la population de requérants d’asile avec qui elle a tissé des liens étroits (lire ci-contre). «Mama Helvetica propose de se questionner sur l’hospitalité, sur la notion d’hôte et d’invité, note Véronique Ferrero Delacoste, directrice du Far°. Les migrants deviennent les hôtes et reçoivent la population locale.»

Le concept imaginé par la chorégraphe et metteur en scène lausannoise Adina Secretan est accessible au grand public. «Il n’y a pas une grande originalité artistique dans la démarche», s’excuse-t-elle. Ce qui n’empêche pas l’endroit d’être agréable et accueillant. Dans la buvette, quelques installations artistiques permettent au visiteur d’en écouter un autre lui lire une histoire ou encore de jouer avec les frontières de notre pays en pratiquant le ping-pong sur une table en forme de Suisse. Dans l’après-midi, des ateliers d’échange de savoir sont aussi organisés. Il est possible d’y créer une affiche ou alors d’accompagner son enfant dans la création d’objets en carton.

A la bonne franquette

Mama Helvetica est aussi un restaurant tous les jours à midi et demi. Le prix du repas est libre, comme toutes les activités proposées. Les convives glissent simplement dans une grande boîte la somme qui leur convient. A son ouverture, près d’une quarantaine de couverts ont été servis à la bonne franquette. Entre le personnel du Far° et une poignée de migrants, un groupe de marginaux et des habitants de Nyon ont partagé leur repas sur de grandes tables posées devant la salle communale. Antoinette Banoud, la cuisinière en titre, était ravie. «J’aime rencontrer du monde de tous les horizons», explique cette bénévole égyptienne férue de philosophie et installée en Suisse depuis quarante ans.

Dans les locaux de la salle communale, Mohamed Mouelhi a l’œil vif. Il remet en place le tapis de liège qui protège le sol et qui gondole dangereusement. Ce Tunisien de 36 ans est un des migrants qui ont rejoint le projet. Il est surtout le plus assidu des quinze bénévoles composant l’équipe de Mama Helvetica. «Je suis l’homme à tout faire. Je suis un peu comme le couteau suisse», rigole-t-il. Il a le sourire collé aux lèvres. «Ici, je peux enfin être moi-même. Je ne me sens pas jugé, comme je le suis quand je me promène en ville. Et je m’occupe en me rendant utile. Pour tout dire, c’est la première fois que je me sens libre depuis que je suis en Suisse.»


Mama Helvetica
Jusqu’au 19 août, de 10 h à 18 h 30, à la salle communale, rue des Marchandises à Nyon.
Réservation pour le repas de midi par SMS au 076 517 75 41 ou par téléphone au 022 365 15 50
//festival-far.ch (24 heures)

Créé: 11.08.2017, 10h06

Actions durables du Far°

Il y a une année naissaient les bases de l’Association Le lieu-dit dans le cadre d’un spectacle participatif du Far°. L’objectif de la démarche était de soutenir et de coordonner les actions de soutien à l’intégration aux migrants. Douze mois plus tard, les intentions artistiques ont débouché sur des mesures concrètes et durables. «Beaucoup de bénévoles se sont engagés rapidement», note le président Alexandre Démétriadès. Ce qui a facilité la tenue de cours de français, notamment, pour les requérants. Chaque semaine, une dizaine de cours est organisée dans les nouveaux locaux de l’association à la rue Neuve à Nyon. Une trentaine de duos de conversations ont quant à eux été mis en place.

Parmi ses autres réussites, Le lieu-dit a permis à près de 25 requérants de sortir de l’hébergement en abri. Ils vivent soit dans des familles, soit en colocation.

L’association est aussi active dans l’intégration professionnelle des migrants en leur offrant des places de stages dans les entreprises locales ou en les aidant à suivre une formation. L’un des bénéficiaires est par exemple étudiant au Gymnase de Nyon alors qu’un autre a suivi des coursà l’université.

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