Une salle de 1300 places à Gland? Le projet surprend et divise déjà

SpectacleA l’origine du projet, Patrick Messmer estime que sa ville est bien située entre Genève et Lausanne pour accueillir une salle de cette taille

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Président de l’Association Evento, Patrick Messmer est connu en tant qu’organisateur de spectacles. Mais on ne le savait pas prestidigitateur. Son projet de salle de 1300 places a pourtant l’air de sortir d’un chapeau magique. C’est en solo, et non pas au nom du groupe des Gens de Gland (GdG), auquel il appartient, que le conseiller communal a déposé un postulat jeudi soir pour demander à sa Ville un droit de superficie pour la construction d’une salle de spectacle. Une commission va analyser cette demande pour savoir si ce postulat mérite d’être renvoyé à la Municipalité pour étude.

Passé l’effet de surprise, Patrick Messmer a précisé les contours du projet à l’assemblée communale. À commencer par la capacité de la salle: 1300 places. «Cette jauge, qu’aucune autre salle de la région n’atteint, répond aux besoins du marché actuel et futur, justifie-t-il. À Gland, elle serait idéalement située à mi-chemin entre Genève et Lausanne, et serait complémentaire aux salles existantes.» Le patron d’Evento espère toucher un public provenant de tout l’arc lémanique.

Entre 15 et 19 millions

Le projet ne se limiterait pas à la salle de 1300 places, destinée à des spectacles et autres congrès. Il prévoit aussi deux salles de cinéma, une intérieure et un drive-in extérieur, un espace dédié à des expositions artistiques ou de promotion (vin, tourisme, artisanat…), et un bar-restaurant avec, bien sûr, un vaste parking annoncé gratuit. Le budget est estimé entre 15 et 19 millions de francs. Patrick Messmer précise qu’aucun franc ne sera réclamé à la Ville de Gland pour cette construction, ni pour les frais d’infrastructure et d’équipement. «Nous ne demandons qu’un droit de superficie, rien de plus.»

Nous? Le conseiller communal de Gland ne part pas tout seul dans cette aventure. Une fondation est en formation. Une dizaine de personnes du milieu du spectacle, dont le célèbre producteur de théâtre parisien Pascal Legros, ainsi qu’un architecte et un ingénieur, font partie du conseil de cette fondation. Un membre de la Municipalité de Gland est également invité à le rejoindre. La fondation financera le projet et se chargera ensuite de la gestion des 150 locations prévues par an. «À ce jour, les promesses de contributions financières obtenues au sein de la fondation constituent un montant à 7 chiffres. C’est tout ce que je peux dire pour l’instant», ajoute Patrick Messmer.

Avis partagés

Jeudi soir, le mini-débat qui a eu lieu au sein du Conseil communal a déjà montré que les Glandois étaient divisés. Daniel Calabrese (GdG) a été le premier à monter au front. «Je ne vois pas pourquoi on investirait pour une salle qui viserait plus le business et le divertissement que la culture, qui serait destinée aux Genevois et aux Lausannois, et qui ne nous amènerait que des nuisances dues au trafic.» Son collègue de groupe Georges Grandjean voit plutôt ce projet comme une opportunité «Le train ne va pas passer 36 fois. Il faut au moins étudier plus à fond la proposition.» Le PLR Rasul Mawjee était du même avis.

Réserves de la municipale

Du côté de l’Exécutif, Isabelle Monney, municipale en charge de la Culture, émet de nombreuses réserves. Notamment sur le choix de la parcelle visée par le projet, voisine du théâtre de Grand-Champ: «Réaliser une salle de cette envergure juste à côté pourrait lui faire de l’ombre. Avec 150 soirées à 1000 personnes par soir, je vois mal comment il pourra continuer à exister. Et comment gérer le trafic des voitures? Et quels seront les coûts d’exploitation? Je salue l’enthousiasme de Monsieur Messmer, mais j’ai des craintes. Est-ce vraiment le bon projet pour Gland?»

Créé: 24.03.2018, 12h25

«Pas inintéressant, mais est-ce viable?»

Fin connaisseur du paysage culturel romand, le boss du Paléo Daniel Rossellat estime que cela vaut la peine d’étudier le projet. «Au niveau de la capacité de la salle, ce n’est pas inintéressant, car elle viendrait en complément à d’autres salles de la région. Et construire à Gland n’est pas une mauvaise idée. On sait que les Lausannois ne vont pas à Genève, ni les Genevois à Lausanne, mais tous sont disposés à venir à Nyon, ou à Gland. Mais la vraie question, c’est de savoir si c’est viable économiquement. La limite de capacité pour qu’une salle de spectacle soit autoportée sans subventions, c’est environ 1200 places. Et il faut 160 occupations par année. Nous avions fait ces calculs pour notre projet de salle de Perdtemps Usteri à Nyon, projet que nous avons mis au frigo pour d’autres priorités. Mais nous n’avions pas prévu d’y produire que des spectacles. Elle devait aussi servir pour des congrès, environ du 50/50. En fait, tout va dépendre du montant des fonds propres et si le droit de superficie sera gratuit ou non».

Du côté de Morges, la directrice de Beausobre Roxane Aybek se dit surprise. «Il y a déjà tellement de salles et de projets. Mais aucune crainte pour Beausobre, qui a un public très fidèle». Directeur d’Opus One, Vincent Sager n’était pas au courant. «Difficile de se prononcer sans connaître le projet. Ce que je peux dire, c’est que c’est ambitieux. Vu l’offre culturelle abondante qui existe déjà entre Genève et Lausanne, prévoir 150 soirées avec une salle de cette dimension, c’est peut-être beaucoup. Est-ce qu’il y a un bassin de population suffisant dans la région?». Directrice du Rosey Concert hall à Rolle, Marie-Noëlle Gudin estime qu’a priori, le projet de Gland sera complémentaire. «Notre salle est plutôt tournée vers la musique classique et nous avons relativement peu d’événements dans la saison».

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