Une salle de gym pour valoriser le bois local

BassinsVendredi soir sera inaugurée la nouvelle salle de gym du village, réalisée presque entièrement avec du bois de la commune.

La charpente est constituée à 100% de bois bachenard transformé dans le canton. Les troncs faisant office de poutres «doivent rappeler qu’ici, tout vient de nos forêts», insiste Didier Lohri.

La charpente est constituée à 100% de bois bachenard transformé dans le canton. Les troncs faisant office de poutres «doivent rappeler qu’ici, tout vient de nos forêts», insiste Didier Lohri. Image: Florian Cella

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Ils sont tellement fiers de leur réalisation qu’ils en ont fait une pub, parue cette semaine dans les médias locaux (dont 24 heures). Le défi imposé: construire une salle de gymnastique entièrement avec du bois coupé à Bassins. Un challenge relevé – et fêté vendredi soir – à 65%, sur un total de 91% de bois coupé et transformé dans le pays. «Encore aujourd’hui, les gens pensent que c’est impossible ou hors de prix. Avec cette salle de gym, on prouve le contraire.» S’il en est un qui semble avoir plus appris que les autres à l’issue de cette «aventure», c’est bien Raphaël Jacquier, fondé de pouvoir de l’entreprise Batineg, qui a géré le chantier. «Je ne le cache pas, avant d’avoir été mis devant cette condition absolue de valoriser les filières locales, je faisais comme tout le monde dans le métier: je travaillais avec mes fournisseurs habituels, je choisissais les produits sur catalogue.»

Car la demande de la Municipalité de Bassins, en point 1 du règlement de son concours, était aussi claire que peu banale: la commune fournit le bois, au prix du marché. «J’ai encore récemment entendu des responsables de collectivités publiques assurant que la loi sur les marchés publics les empêchait d’imposer la production de leur commune. Or c’est faux.» «C’est souvent un oreiller de paresse, sourit le syndic de Bassins, Didier Lohri. On peut tout à fait imposer la fourniture de bois communal, la preuve, c’est qu’on l’a fait en toute légalité.»

Du travail en plus

Mais vouloir n’est pas encore pouvoir. «Pour tout le monde, ça a été du travail en plus, poursuit Raphaël Jacquier. On a tous dû sortir de nos zones de confort.» Ainsi, l’entrepreneur est parti sur les routes vaudoises avec Amaury Annen, garde forestier à Bassins et directeur du Groupement forestier de la Serine (AGFORS), afin de trouver les artisans et entreprises capables de transformer le bois communal. A la Cézille, à Orges, à Grens, chacun avec ses spécialités. «Ces partenaires locaux avaient simplement le savoir-faire précis pour le résultat que nous recherchions.» Et s’ils ne trouvaient pas dans le canton, ils allaient plus loin, à Saint-Aubin (NE), au Mouret (FR) ou, pour le plus lointain, à Küssnacht (SZ).

Au final, la salle de gym, tout de bois vêtue, est bien debout. Avec en parois intérieures des lamelles de sapin blanc, «pas forcément parfaites, avec des nœuds et quelques petits défauts, mais d’ici», note satisfait Amaury Annen. A l’extérieur, on verra vieillir du mélèze. «Ce bois, je l’ai suivi de la coupe à son installation, s’enthousiasme Raphaël Jacquier. J’étais là à chacune des étapes, le sciage à Marchissy, le séchage à La Rippe… Ce retour à l’origine d’une matière que nous ne voyons habituellement que transformée est un point très marquant de cette aventure.» A tel point qu’il jure se faire désormais porte-parole de la production locale. «Maintenant que nous avons cette compétence, nous avons aussi la responsabilité de promouvoir cette possibilité de construire local auprès de ceux qui nous mandatent.» Une flamme partagée par Didier Lohri: «Nous avons prouvé que notre production est bonne aussi pour la construction!» Amaury Annen lève les yeux vers la charpente, vers ces arches géantes en lamellé-collé, vers ces troncs presque bruts servant de poutres. «Voir que le bois que l’on a travaillé dur est enfin valorisé justement, sans finir en copeaux, c’est quand même une sacrée fierté…»

Créé: 09.10.2015, 07h18

Le parlement pas fait du même bois

«Je félicite la Commune de Bassins!» Peu avare de compliments, le conseiller d’Etat Pascal Broulis tire sans même qu’on le lui demande un lien avec la contraction du nouveau parlement. Un projet qu’il chapeaute et dont la charpente sera faite de bois vaudois, certes, mais en partie transformé en Allemagne. «Les situations ne sont pas les mêmes», défend-il d’emblée. Ne connaissant pas précisément le dossier, ni Didier Lohri ni Raphaël Jacquier ne se risqueront à la comparaison avec la charpente de la future maison du Législatif cantonal. En tout cas pas sur la transformation du bois outre-Rhin. Sur l’argument financier que le bois suisse est plus cher, par contre, le syndic monte au front: «C’est faux! estime-t-il. Nous apportons ici la preuve que faire ce choix ne grève pas un budget. Le bois de la Commune a été acheté au prix du marché et nous avons respecté l’enveloppe allouée pour l’ouvrage.» «J’ai fait le forcing pour avoir du bois cantonal, estime le conseiller d’Etat. C’est déjà un signal fort. Ensuite, l’Etat dispose d’un certain budget, il soumissionne, peut fixer certaines conditions comme la fourniture de son propre bois, mais en aucun cas ne peut exiger de favoriser une entreprise plutôt qu’une autre.» «C’est vrai, confirme Raphaël Jacquier. Mais le prestataire peut aussi décider de ne faire appel qu’à des partenaires locaux. A tous les échelons, nous avons une responsabilité.» Un discours libéral que ne reniera pas Pascal Broulis: «Dans tous les cas, il est vital de dynamiser notre filière bois. En cela, Bassins s’est montrée exemplaire.»

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