Pour être sauvée, une villa centenaire doit être déplacée

PatrimoineA Nyon, une maison pourrait être ripée de quelques mètres. Mais les Monuments et sites font la moue.

La villa nyonnaise de style florentin qui pourrait être déplacée de 18 mètres.

La villa nyonnaise de style florentin qui pourrait être déplacée de 18 mètres. Image: VANESSA CARDOSO

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Quand il était gamin, Georges Tornier a vu comment on a déplacé la Maison Picot, un bâtiment de trois niveaux qui était situé à Nyon à l’angle de la route d’Oulteret et de la Route de Saint-Cergue. C’était en avril 1960. L’entrepreneur local Fritz Reymond, alors pionnier en Suisse de cette technique, avait ripé l’édifice de 45 mètres pour laisser la place à l’immeuble d’une coopérative de logements.

Pour voir la coupure de presse en grand, cliquez ici.

Aujourd’hui, le gamin devenu architecte pense faire de même pour une autre maison de la route de Saint-Cergue. Une charmante villa de style florentin, construite en 1895 pour le banquier Auguste Gonet. Ses actuels propriétaires n’y habitent plus et n’ont pas les moyens de rénover cette grande bâtisse située dans un jardin très arborisé. Ils ont décidé de vendre.

Acquéreur, Georges Tornier a d’abord projeté de démolir la villa pour construire sur cette parcelle un immeuble d’une vingtaine de logements. Mais la famille tenait à ce que ce dernier vestige des maisons 1900 qui bordaient cette rue soit conservé. «L’idée est alors venue de déplacer (voir l'infographie ci-dessous) cette maison en direction de la route pour laisser de la place derrière pour ériger un immeuble en forme de pyramide qui ne comprendra finalement que 14 logements, dont quatre reviendront aux actuels propriétaires», explique l’architecte-promoteur.

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Concrètement, il s’agit de pousser la villa, qui pèse environ 800 tonnes, de 18,26 mètres. De la rénover pour y installer un ascenseur, un chauffage au sol et très probablement des bureaux. «Mais nous referons les façades à l’identique, conserverons tous les espaces, les murs intérieurs, les planchers et boiseries», précise l’architecte. Quant au nouvel immeuble, il prendra place dans le fond de la parcelle, avec une façade côté villa qui sera recouverte d’une paroi végétalisée.

Le projet, estimé dans son ensemble à 14,5 millions de francs, a été soumis à l’enquête en juin-juillet. Elle a suscité 5 oppositions, dont une collective, de la part de voisins. Mais ce qui pèse sur le projet, c’est la position des Monuments et sites du Canton de Vaud. Il y a deux ans déjà, ce service avait fait part de ses réticences au déplacement de la villa. Inscrite depuis 2011 en note 2 au recensement architectural de la commune de Nyon, elle figure pour l’instant à l’inventaire cantonal des monuments historiques non classés. Elle faisait partie d’un secteur d’une douzaine de maisons individuelles entourées d’un grand jardin, construites entre 1900 et 1940 dans différents styles. Elles ont été remplacées par des immeubles locatifs dès les années 70.

Le SIPAL estime aujourd’hui encore que le déplacement de la villa la priverait de sa substance. Que la rapprocher de la rue, supprimer son jardin et construire un immeuble à côté serait autant d’atteintes supplémentaires. Il a averti la Municipalité qu’il pourrait engager une procédure de classement du bâtiment, ce qui signifierait la mort du projet immobilier. «Mais la question reste ouverte. Nous sommes entrain d’évaluer la situation, de voir si un déplacement préserve suffisamment le contexte de la villa», explique le nouveau conservateur cantonal Maurice Lovisa, qui n’a pas encore d’opinion toute faite.

«Cette maison est coincée entre deux immeubles et le cadre du quartier dans lequel elle a été construite a déjà été détruit»

«Le premier rôle du SIPAL est de conserver le patrimoine. C’est ce qu’on veut faire en déplaçant la villa au lieu de la démolir. En étendant la protection à son contexte, on va très loin. Or cette maison est déjà coincée entre deux immeubles et le cadre du quartier dans lequel elle a été construite a déjà été détruit», commente le municipal de l’urbanisme, Maurice Gay.

Association de défense du patrimoine nyonnais, Pro Novioduno abonde dans ce sens. «Après avoir laissé démolir un grand nombre de ces villas centenaires, on réalise tout d’un coup qu’il faut garder quelque chose et c’est le dernier qui paie la facture d’années de désinvolture», estime son président Georges Darrer. Il est vrai qu’en cas de recours contre un classement, un juge pourrait se demander pourquoi on n’a pas sauvé les autres villas.

Créé: 29.07.2019, 12h50

Une technique maîtrisée

Le déplacement d’immeubles est pratiqué en Suisse depuis les années 1960. Deux sociétés se partageaient le marché, l’entreprise Reymond, à Nyon et la société Iten AG, dans le canton de Zoug. La première a déplacé des immeubles pour permettre la construction de l’autoroute A1, notamment à Morges, mais aussi une maison du XVIIIe siècle avec caves voûtées à Aarau, déplacée et pivotée dans un parc en 1968.

Plus récemment, un colosse de 6200 tonnes a été bougé de 60 mètres de la gare de Zurich-Oerlikon, en 2012. L’année suivante, c’était au tour de la gare de Chêne-Bourg, à Genève, de se pousser de 33 mètres pour laisser la place à la ligne du CEVA.



En 2017, la villa Jacob, bâtiment historique de Saint-Gall a été déplacée de 20 mètres. «Les Suisses alémaniques ont plus souvent que les Romands déplacé des objets du patrimoine», relevait l’ingénieur civil Cédric Marzer, dans un rapport sur la villa nyonnaise. Ce qui est piquant, c’est que là-bas, on l’a fait sous pression des Monuments historiques...

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