Elle était la seule toubib sur une station polaire

ExpérienceCheffe des urgences de l’Hôpital de Nyon, Sandra Bieler a passé six semaines en Antarctique pour soigner les bobos de scientifiques.

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«Là-bas, dans ce paysage d’une incroyable beauté, on est coupé du monde, on se retrouve avec soi-même. C’est un vrai cadeau!» Médecin-cheffe des urgences de l’Hôpital de Nyon, Sandra Bieler est rentrée juste avant Noël d’un séjour qu’elle n’est pas près d’oublier: cinq semaines en Antarctique, comme seul médecin dans une station polaire scientifique belge. Une expérience que la jeune femme, aussitôt rattrapée par la trépidation du milieu hospitalier, regarde déjà avec une certaine nostalgie.

Comment la Nyonnaise a-t-elle atterri sur le grand continent blanc? Elle a tout simplement répondu à un appel du Dr Jacques Richon, médecin alpiniste valaisan et responsable médical de la base scientifique Princess Elizabeth, fondée par son ami, l’explorateur polaire belge Alain Hubert, il y a une dizaine d’années en Terre de la Reine Maud. «Je suis membre comme lui du Groupe d’intervention médicale en montagne (Grimm), partenaire de l’International Polar Foundation, et il cherchait des médecins prêts à y aller. Je n’allais pas rater cette occasion de casser le rythme, de vivre autre chose», explique la doctoresse, une sportive qui affiche un calme olympien.

Gérer le temps

Après un week-end de formation à Chamonix, histoire de rafraîchir quelques connaissances, Sandra Bieler s’est envolée le 14 novembre dernier de Cape Town vers la station russe Novolazarevskaya, pour rallier ensuite avec un DC3 la station polaire belge, située à 500 km de là. Fondée en 2007, cette dernière accueille chaque année, de novembre à février, une quarantaine de techniciens et scientifiques orientés sur l’analyse du changement climatique par des prélèvements dans les airs et les sols.

«Là-bas, c’est l’été. Le soleil ne se couche jamais, sauf lorsqu’il passe derrière la petite montagne Utsteinene. Et ça donne une sacrée énergie. L’air étant sec, la température, entre – 20 et – 15 degrés, est tout à fait supportable», raconte la médecin, subjuguée dès l’atterrissage par la majesté du paysage, vaste plateau de glace d’une épaisseur de 3 km, garni de petites montagnes rocheuses. Un climat qui lui a permis de faire des balades durant ses congés, à pied, à skis de fond ou en skidoo, même si elle ne pouvait pas s’éloigner de la base sans guide ni téléphone satellite et GPS.

«On est seule pour décider et agir, sans l’équipe, le laboratoire ou la radiologie dont on dispose dans un hôpital»

Il faut dire qu’à la station elle a dû apprendre à ne rien faire, à gérer l’ennui. Car les malades n’étaient heureusement pas légion, le personnel étant pour la plupart formé de gens jeunes ou robustes. «J’ai eu à traiter des infections virales ordinaires, gastro ou grippes, des plaies, échardes, mais aussi un cas de brûlures à l’acide sulfurique sur les mains.» Dans ce cas plus délicat, elle a pu entrer en contact par Skype avec l’Hôpital du Valais, partenaire de la station, afin de prendre conseil.

Dans une bulle

Car sur cette base perdue au milieu de rien, elle pouvait certes compter sur une pharmacie pour les urgences vitales, gérer un AVC ou faire un électrocardiogramme. «Mais on est seule pour décider et agir, sans l’équipe, le laboratoire ou la radiologie dont on dispose dans un hôpital. Et on sait qu’en cas d’urgence nécessitant une évacuation, l’avion, qui vole à vue, ne peut venir que par temps clair.»

Malgré cela, Sandra Bieler y a vécu dans la plénitude. «On est dans une bulle, isolé du monde, sans wi-fi donc sans portable. Un vrai bonheur, car à table, on se parle. En plus, j’avais un luxe incroyable, le temps de faire une tâche après l’autre!» rigole la jeune femme. Ce temps, elle l’a utilisé, outre la lecture ou un coup de main en cuisine, à organiser un exercice de télémédecine avec un faux blessé et des séances de prévention, le soir, avec le personnel de la base. Elle qui avait dû s’entraîner sur place à descendre dans une crevasse, à pratiquer des réanimations, y parlait d’hypothermie, d’engelures ou d’affections qu’on ne peut soigner sur place.

Faire beaucoup avec peu

Qu’a-t-elle retenu de cette expérience? «À faire beaucoup avec peu. À prendre du recul, à ne pas se laisser envahir par les petits soucis. Au début, et ça m’inquiétait, personne ne me manquait! Après, on se pose des questions comme le sens de la vie», conclut celle qui est revenue dans notre monde sans savoir qui étaient les «gilets jaunes». (24 heures)

Créé: 11.01.2019, 07h07

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