Et si Sion avait pour Nyon la solution?

UrbanismeLa refonte du centre-ville de la capitale valaisanne pourrait inspirer les desseins nyonnais

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«Lorsque je m’observe, je m’inquiète. Et quand je me compare, je me rassure.» Jamais avare lorsqu’il s’agit d’illustrer ses propos, le syndic de Nyon, Daniel Rossellat, justifiait ainsi l’étude sur le commerce local nyonnais rendue publique au début du mois. A l’occasion d’un forum où, justement, la comparaison avec l’urbanisme sédunois, Prix Wakker 2013, était au programme.

Auteur du rapport commandé par la Ville, Nicolas Servageon était le délégué économique de la capitale valaisanne lorsqu’elle révolutionnait son centre sous la conduite de Nathalie Luyet, alors en charge de l’Urbanisme de la ville. Nyon n’est certes pas une capitale cantonale. Mais intra-muros (donc sans les communes fusionnées), le nombre d’habitants à Sion est sensiblement le même. Enfin, si le paysage commercial nyonnais est infiniment plus riche que son cousin sédunois, sinistré, du début des années 2000 (lire ci-contre), les points de comparaison, notamment urbanistiques, ne manquent pas.

En débarquant à Nyon, Nathalie Luyet, aujourd’hui cheffe de projet au Pôle Gare, à Lausanne, commence par la place de la Gare: «C’est une relique des années 1980, pas accueillante du tout, avec un espace énorme laissé à la voiture. Pourtant, il y aurait toute la place pour faire mieux!» Puis il y a la boucle de la Morâche, autre temple de l’automobile, aveugle tant aux piétons qu’aux commerces. Enfin, la place du Château, que Nicolas Servageon qualifie de «cul-de-sac plein de potentiel non exploité».

A Sion, la place de la Gare, plus excentrée qu’à Nyon, n’a pas beaucoup plus de gueule. Mais le quartier est en mutation. Des dizaines de milliers de mètres carrés de surfaces commerciales vont y pousser ces prochaines années, tandis que la gare routière – la plus grande de Suisse – déménagera au sud une fois que la gare de marchandises aura quitté la ville. «C’est cher, donc ça prend du temps!» explique Nathalie Luyet. Ce qui a été rapide et bon marché, par contre, c’est le lifting de cette même place. «On savait qu’on intervenait pour quelques années. Alors on a posé un enrobé foncé, clairement marqué le sol, on a supprimé des places de parc pour arriver à un espace plus libre, où peuvent agréablement passer les voyageurs!» Une façon de dire que le cas nyonnais ne nécessite pas forcément de grosses interventions. «C’est notre idée, répond Maurice Gay, municipal de l’Urbanisme. Il n’est plus question à Nyon d’immenses projets, mais d’interventions ciblées, afin d’être le plus efficace possible.»

Une place détonateur

Autre exemple sédunois qui pourrait être appliqué tant à la place de la Gare qu’à celle du Château: la place du Midi. «Sa réfection a été le déclencheur de tout le renouveau urbanistique de la ville», se souvient Nathalie Luyet. Une naissance en 2004 et au forceps pour ce lieu central, où passaient autrefois 12'000 véhicules chaque jour, contre moins de 4000 aujourd’hui. Il aura néanmoins fallu quatre ans de procédures, traiter 120 oppositions et aller jusqu’au Tribunal fédéral pour imposer cette zone de rencontre, limitée à 20 km/h et alignant les terrasses, bondées toute l’année.

Un succès appétissant, notamment du côté de commerçants qui, pourtant, avaient accueilli le projet avec grimaces et, au moins, autant d’oppositions. «Ceux de la rue des Remparts ont lancé une pétition pour avoir droit aux mêmes soins que leurs voisins!» se souvient Nicolas Servageon.

Tous ensemble

Une dynamique commune entre Ville et acteurs économiques, condition sine qua non, insiste le duo, était alors lancée. Et cette rue, justement, où les voitures longent à 20 km/h de vastes terrasses coiffées de plantations, les deux ex-Sédunois la retrouveraient volontiers sur la boucle de la Morâche. «Imaginez un aménagement de façade à façade, sans trottoirs ni places de parc», dessine le spécialiste en promotion économique. «Cette zone respi­rerait, alors qu’aujourd’hui elle étouffe», poursuit Nathalie Luyet.

Un peu plus haut dans la capitale valaisanne file la rue de Lausanne, qui débouche sur celle du Grand-Pont. «Sur ces deux axes, nous avons raboté les trottoirs et supprimé les places de parc, détaille l’urbaniste. Nous avons du coup gagné énormément d’espace pour les piétons et les terrasses.» Les voitures, elles, passent toujours. A 20 km/h et seulement durant les heures d’ouverture des commerces. Une belle idée pour rhabiller, à Nyon, rue Saint-Jean et Grand-Rue. «Vu la qualité de leurs commerces, elles mériteraient un vrai écrin», insiste Servageon.

Il n’en demeure pas moins que, entre les places de la Gare et du Château, la boucle de la Morâche et l’axe Saint-Jean - Grand-Rue, un paquet de places de parc serait alors sacrifié. Pour donner le change, Sion a dû construire un parking souterrain de 500 places à l’entrée du centre-ville. «Mais Nyon, avec notamment la planification de Perdtemps, la Combe et Martinet, est suffisamment pourvue», assure Nicolas Servageon. Enfin, com­me pour mettre un terme à la sculpture sur nuages, Nathalie Luyet lance: «Avoir des idées n’a rien de compliqué. Un bon urbaniste est celui qui les réalise.»

(24 heures)

Créé: 17.10.2016, 10h48

«Quand on veut, on peut»

De 6000 m2 de surfaces commerciales vides au début des années 2000, le centre-ville de Sion est aujourd’hui devenu l’un des plus dynamiques de Suisse romande. Et les seules qualités urbanistiques ne suffisent pas pour y arriver. «La négociation est tout aussi importante», indique Nathalie Luyet. Répondant directement au président (syndic), Nicolas Servageon était justement en charge de ces discussions. Qui prenaient parfois les allures de bras de fer musclés… «Lorsqu’une Commune investit des millions dans le réaménagement d’une rue ou d’une place, elle a un droit de regard sur le type d’enseignes qui s’installent autour.» Même si les bâtiments appartiennent à des privés, des assurances ou des caisses de pensions.

Des négociations durant lesquelles l’ancien délégué économique n’hésitait pas à dérouler le tapis rouge ou, à l’inverse, à user de tous les moyens légaux permettant de faire pression. «Tout en proposant une alternative, j’ai parfois dit clairement à des interlocuteurs que je ne voulais pas d’eux à l’emplacement qu’ils visaient. Parce qu’une vitrine froide n’a rien à faire sur une artère commerçante. Ils avaient évidemment le droit de s’installer là, mais il fallait qu’ils s’attendent à ce que la Ville leur mette un maximum de bâtons dans les roues.»

Un ton qui tranche avec la situation nyonnaise car «les propriétaires privés sont libres de choisir leurs locataires», rappelle le syndic Daniel Rossellat. Qui convient qu’il y a à Nyon trop de vitrines froides. «A Sion, on a des solutions à la valaisanne, où la distance avec les règlements n’est pas forcément la même que chez nous. Il faut que nous trouvions notre solution, contraignante, qui soit légalisée par exemple dans le cadre d’un nouveau Plan général d’affectation.» «Lorsqu’on agit dans l’intérêt commun, on est dans le juste, défend encore Nathalie Luyet. Et dans tous les cas, quand on veut vraiment, on peut.»

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