Du skate-park à la Municipalité, le parcours inédit d’un roi du roller

ChignyPionnier du roller dans les années 90, David Lenoir va intégrer la Municipalité de son village d’enfance.

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«J’ai toujours patiné, ou presque… Il fallait bien un moyen pour descendre en ville! Aujourd’hui, je fais encore le trajet entre Chigny et Morges et je dois être un des seuls utilisateurs de cette route à apprécier les gendarmes couchés qui y ont été installés. Ça permet de faire des sauts assez sympas.» En écoutant David Lenoir plaisanter et évoquer ses péripéties en rollers, il faut bien reconnaître qu’il ne correspond pas à l’image que l’on se fait d’un municipal. Plutôt à celle d’un adolescent adepte de sensations fortes.

Ado, il l’a été. De ses premières descentes en périphérie morgienne, David Lenoir passe rapidement à un terrain de jeux aux dimensions et aux pentes plus attractives, Lausanne. Alors étudiant en biologie à l’Université, il dévale les rues de la capitale vaudoise avec ses amis. La passion du roller lui permet même de gagner un peu d’argent en effectuant des missions de promotion. Car c’est durant cette période que l’intérêt mondial pour le patin à roulettes explose: le jeune mordu se fait repérer par Rollerblade System, dont il devient la figure de proue. «J’étais déjà très bon sur quad en Suisse (ndlr: patin dont les roulettes sont disposées en deux lignes de deux). Quand un importateur de rollers m’a fait essayer le inline (quatre roues alignées), j’ai tout de suite croché. Comme premier patineur de haut niveau en inline, je me suis retrouvé à faire des démonstrations et de la promotion.»

Sous les feux de la rampe

De 1994 à 1998, le Chignac parcourt ainsi la Suisse et le monde pour mettre en avant son sport. «J’ai patiné et fait le show sur la grille de départ du Grand Prix de Formule 1 du Japon, sourit David Lenoir. C’était énorme.» Dans le même temps, le passionné de glisse participe également à l’organisation de l’International Roller Contest Lausanne (IRCL). Un évènement qui rencontre un succès immédiat. «Nous avons eu plus de 50 000 spectateurs la première année, se souvient-il. C’était incroyable, plus grand que tout ce qu’on avait imaginé. On avait lancé ce truc entre potes et on a été dépassés par l’engouement. Dès la deuxième édition, les budgets sont devenus gigantesques. On n’était sans doute pas préparés.» Conséquence, le comité se sépare après six années, en 2000, en raison de dissensions politiques internes, avant de voir la manifestation disparaître.

À l’image de l’IRCL, le roller a connu un passage éphémère sous les feux de la rampe. Quel regard porte David Lenoir sur le phénomène, lui qui l’a vécu de l’intérieur? «Le marché du inline a littéralement explosé, juge-t-il. Au début des années 90, on parlait de croissances de l’ordre de plus de 50% par année. Il y a eu énormément d’argent d’un coup. Ça s’est effondré tout aussi rapidement. Parce que le roller a grandi trop vite, que c’est un sport trop large et que les fédérations n’ont pas su évoluer avec.» L’association fondatrice de l’IRCL — La Fièvre —, qui a ouvert le skatepark de Lausanne et le gère depuis 1996, est quant à elle parvenue à survivre. Avec David Lenoir à sa tête. «En 2010, le parc vivait une fin de cycle, explique l’intéressé. Il n’y avait plus de fréquentation et toutes les charges passaient en salaires. Lors de l’assemblée générale, il y a eu une révolution associative et je me suis retrouvé à la tête de la nouvelle équipe. Nous avons lancé des projets et profité de l’essor de la trottinette freestyle pour faire revenir du monde.»

En avant vers la politique

Ce changement de direction stabilise La Fièvre et permet à son service de cinq employés de perdurer. La fonction transversale d’administrateur qu’occupe David Lenoir lui apporte des compétences multiples et plus larges. «Connaissances des rouages politiques à travers les contacts avec la Ville et les milieux associatifs, direction du personnel, gestion du budget: c’est une expérience très riche…» Autant de cordes que le Vaudois, aujourd’hui âgé de 49 ans, peut désormais compter à son arc pour espérer faire un parfait municipal dans sa commune de Chigny.

Car le papa de deux enfants intégrera l’Exécutif dès le mois de janvier 2018. «J’ai toujours été au Conseil général quand j’ai vécu à Chigny, raconte celui qui s’est expatrié à Lausanne avant de revenir dans son village d’enfance en 2010. Bien savoir ce qui se passe au niveau de notre commune me paraît important, d’autant plus qu’il y a de sacrés challenges à relever pour l’avenir.»

Le regard passionné, David Lenoir évoque alors son attachement à Chigny et à ses habitants, qu’il ne compte plus quitter, à l’écologie, dont il se rapproche professionnellement avec l’obtention en 2016 d’un brevet fédéral de spécialiste nature et environnement. Et surtout, à une thématique inextricablement liée à sa passion de la glisse: l’indépendance. «Notre commune est une exception. Elle est préservée, alors qu’elle est extrêmement proche de la ville, explique-t-il. Nous jouissons d’une grande autonomie et c’est un luxe. Mais la région est soumise à une importante croissance et notre village est si petit que le moindre changement peut avoir l’effet d’un bouleversement.» Ça tombe bien, le futur municipal a toujours su dompter les équilibres fragiles. (24 heures)

Créé: 28.12.2017, 10h20

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