Les sobriquets des Perrolans ne doivent pas finir aux oubliettes

PatrimoineLe syndic, François Roch, veut recenser les surnoms des habitants de Perroy pour les inscrire dans le livre d’histoire du village.

<b>«Poulet»</b>:
Claude-Alain Roch est le fils de Golu, qui nous a révélé toutes ces anecdotes sur les sobriquets de Perroy. On n’est donc pas étonné qu’il ait attribué à son fils un surnom dès son plus jeune âge. «Quand il est né, il était fluet et avait des os très fins. Je lui ai dit qu’il avait des os de poulet», raconte son père. A voir, le fluet a bien changé, mais le surnom lui est resté. «Dans la région, tout le monde me connaît avec ce sobriquet sans savoir mon vrai nom. Mais je suis un des rares de mon âge à en avoir encore un», précise Claude-Alain.

«Poulet»: Claude-Alain Roch est le fils de Golu, qui nous a révélé toutes ces anecdotes sur les sobriquets de Perroy. On n’est donc pas étonné qu’il ait attribué à son fils un surnom dès son plus jeune âge. «Quand il est né, il était fluet et avait des os très fins. Je lui ai dit qu’il avait des os de poulet», raconte son père. A voir, le fluet a bien changé, mais le surnom lui est resté. «Dans la région, tout le monde me connaît avec ce sobriquet sans savoir mon vrai nom. Mais je suis un des rares de mon âge à en avoir encore un», précise Claude-Alain. Image: ODILE MEYLAN

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Dans les années 1970, à Perroy, tout le monde savait qui était «Cran d’arrêt», «Crépuscule» ou le «Général Pinochet»…, sans savoir pourquoi on les appelait ainsi ni connaître leur vrai nom. Aujourd’hui, François Roch, syndic de cette commune viticole, aimerait répertorier tous ces sobriquets et dévoiler leur origine afin de les inscrire dans le registre de la commune. Son intention est de conserver cet héritage de la mémoire populaire, considéré comme un précieux patrimoine immatériel.

«Perroy était un village à sobriquets. Il faut faire cette recherche pour l’histoire du village pendant qu’il y a encore des gens vivants pour s’en souvenir», estime le syndic, qui a toujours apprécié l’autodérision et l’humour discret des Vaudois. Il a donc fait appel au vénérable Conseil des sages, composé d’anciens municipaux. Réunis dernièrement pour une fondue au carnotzet communal, ces notables ont reçu l’importante mission de partir à la pêche aux sobriquets, sachant qu’ils ont été affublés à des Perrolans pour la plupart décédés.

Savoureuses anecdotes

En attendant le résultat de leurs recherches, c’est auprès de Jean-Louis Roch, dit «Golu», réputé pour sa mémoire d’éléphant, que nous avons trouvé quelques savoureuses anecdotes. «Gérant du centre fruitier, on surnommait François Christin «Cran d’arrêt» à cause de son bégaiement. Fernand Dupuis, fermier du château, était devenu «Crépuscule» parce qu’il labourait tard le soir, à la lueur de ses phares. Et Mme Guignard, la femme du boulanger, c’était le «Général Pinochet» parce que c’est elle qui commandait à la maison et que son mari filait doux…»

«Il vivait en face de l’église et observait les gens à la sortie du culte pour leur épingler un sobriquet»

Comme le relève l’ouvrage de Jean Berger Les sobriquets de La Côte, paru en 1977 à Rolle, cette manière de surnommer les gens était devenue une habitude dans la région. Mais en plus, à Perroy, un personnage hors du commun, surnommé «Guignol» (Pierre Cauderay), observateur attentif de ses congénères et doué d’une imagination fertile, s’est amusé à donner des sobriquets à la plupart des habitants du village. «Il vivait en face de l’église et observait les gens à la sortie du culte pour leur épingler un sobriquet», raconte «Golu».

Golu? «C’était le nom de famille de notre commis valaisan, un nom qui faisait beaucoup rire mes copains. Alors, quand il est parti, ils m’ont baptisé comme ça, sans autre raison.» Sachant pertinemment que toute la saveur d’un sobriquet réside dans son origine (lire ci-dessous), il n’inscrirait pas le sien au hit-parade. Mais il en connaît d’autres, inventés par «Guignol» ou non, qui sont tour à tour cocasses ou tendres, souvent un brin moqueurs, mais rarement méchants.

«Maximum, c’était le sobriquet du préfet du district de Rolle»

«Maximum», c’était le sobriquet du préfet du district de Rolle, André Gaillard, raconte «Golu» avec un plaisir non dissimulé. Il était de Perroy, mais quand un Perrolan passait chez lui pour une infraction, il lui infligeait quand même la plus grosse amende, le maximum, quoi. Il y avait aussi «Beethoven», le surnom de Georges Roch, mon père. «Guignol» lui avait donné ce sobriquet après l’avoir observé en train de ranger avec grand soin le raisin dans la brante, comme s’il jouait du piano…»

Visiblement, Perroy n’est pas le seul endroit où l’on s’intéresse aux sobriquets. Un nouvel ouvrage, Sobriquets de la vallée de Joux , sort de presse ces jours au Sentier. «Confrontée à des patronymes et des prénoms pendant longtemps fort similaires, la population a dû puiser dans son imagination pour différencier tous ces Rochat, Reymond, Aubert ou Meylan…», expliquent les auteurs.

Sobriquets de la vallée de Joux, Imprimerie Baudat, Le Sentier

Créé: 25.02.2018, 08h55

Un coup sous le menton

Un sobriquet est un surnom familier donné par dérision, moquerie, ou affectueusement, qui peut être fondé sur quelque défaut de corps ou d’esprit, ou sur quelque singularité… Il doit être distingué du surnom hypocoristique, qui au contraire, est une forme abrégée ou diminutive d’un nom individuel» (Wikipédia).

Son étymologie n’est pas claire, mais le Dictionnaire des surnoms, de Thierry Le Rolland (2005, éd. Favre), suppose que sobriquet vient du mot soubz briquet, qui veut dire coup sous le menton. Ce geste ironique et moqueur aurait mué en parole de dérision envers les hommes et les femmes de pouvoir que le peuple aimait railler.

Peu à peu, son utilisation est devenue plus affectueuse. Comme le montrent les exemples recensés à Perroy, ces surnoms sont souvent attribués par des proches et peuvent coller à la peau d’un individu durant toute sa vie, au point que les gens ne se souviennent plus du véritable nom de la personne.

Bien que cette coutume traduise l’humour taquin des Vaudois tant vanté par Gilles et Urfer, elle n’est pas une spécificité du Pays de Vaud. «C’est une habitude en Europe occidentale, qui doit remonter au Moyen Âge», estime Pierre-Yves Favez, historien généalogiste. «Cette coutume s’érode avec le brassage des populations et les changements de mode de vie. Combien de gens habitent encore leur commune d’origine? Et avec la disparition des bistrots et des petits magasins, les gens se parlent moins».

Surnoms aux délicieuses origines

Lèche-frites (Rita Kursner) a été baptisée ainsi par Guignol parce que cette fidèle, qui allait tous les dimanches au culte, embrassait tout le monde à la sortie de l’église.

Zátopek (M. Pillevuit), l’ancien facteur, a pris le nom du célèbre marathonien tchèque parce qu’il courait toujours derrière sa charrette de la poste à deux roues.

Bonbone (Jean-Charles Bovard) a été surnommé ainsi par la Jeunesse par ce qu’il était réputé insaoulable et avait un sacré boillon (ventre).

Pompidou (César Cavin), ancien patron du café-restaurant de la Passade, ressemblait au président français, avec les mêmes sourcils prononcés.

Madame Tout d’une pièce (Madeleine Streit), marchait toujours en se tenant droite comme un échalas.

Pingeon (Suzette André). La femme du vigneron de Malessert avait porté un pull-over jaune durant tout l’été 67, année ou le cycliste français Roger Pingeon avait endossé le maillot jaune du vainqueur du Tour de France.

L’épinard (Jean Cottier), à cause de la couleur verte de son tablier de jardinier.

Le Comte de Ripailles (Aymé Roch), ancien syndic, à cause de son origine savoyarde.

Yogi (Jean-François Gudet), a pris le nom de l’ours de la BD à cause de sa forte stature.

Petit Bonheur (Michel Martin), vigneron et ancien municipal, a été surnommé ainsi parce qu’il a toujours le sourire. Certains l’appelaient aussi Strogoff, ou Strogolf.

Toutes ces anecdotes proviennent de Jean-Louis Roch, excepté pour Velours et Gorki, tirées du livre «Les Sobriquets de La Côte».

Velours


Le vigneron Pierre Martin, dit «Velours», fut syndic de Perroy (1957), député libéral au Grand Conseil, président du chœur d’hommes et de la Commission scolaire, vice-président de la Fédération vaudoise des vignerons, abbé-président de l’abbaye, membre du comité de la Coopérative fruitière et membre du Conseil de paroisse… Les gens étaient d’accord pour dire qu’il faut être de… velours pour concilier toutes ces activités.
LES SOBRIQUETS DE LA CÔTE

Gorki


«Gorki», c’était le surnom de Francis Rosset, un vigneron du village. De retour d’un voyage à Moscou, il se disait communiste et admirateur de Maxime Gorki, un écrivain révolutionnaire bolchevique. Il s’était abonné à la Voix de Moscou et avait repeint son tracteur en rouge. «C’était le seul tracteur rouge de la marque Holder en Suisse. Ils étaient tous verts, la couleur des radicaux. Je pense que Gorki n’était pas vraiment communiste mais qu’il voulait surtout emmerder les radicaux», raconte «Golu».
LES SOBRIQUETS DE LA CÔTE

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