Suspendus un mois pour avoir fait évaluer leurs profs en ligne

MorgesTrois gymnasiens sont en vacances forcées. Désobéissant à leur direction, ils ont mis en ligne un sondage sur leurs enseignants.

Le gymnase de Morges.

Le gymnase de Morges. Image: Stéphane Romeu

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Hello, avec des amis on a fait un site pour évaluer les profs de notre gymnase!» Le 15 mai dernier, en publiant leur site qu’ils avaient préparé pendant des semaines, le Morgien Nathan Ganser et deux camarades étaient convaincus de concrétiser une super-idée. La direction, elle, a suspendu pour 1 mois ces élèves de 1re. Car, ainsi que l’a révélé Le Matin dans son édition de mardi, la plaisanterie n’a pas été du goût de tout le monde. «Ce n’est pas une plaisanterie du tout, corrige l’adolescent, 16 ans. On a fait ça très sérieusement, en y consacrant beaucoup de temps!»

Tout avait commencé au creux de l’hiver. «On s’ennuyait en cours, on était plutôt turbulents en fait. On s’est demandé ce que l’on pouvait faire pour améliorer les choses, pour consacrer notre énergie à quelque chose de plus constructif que faire les idiots.» Est ainsi arrivé le projet d’offrir à leurs camarades la possibilité d’évaluer les professeurs du gymnase. Ils ont alors bossé, pour goupiller un questionnaire pertinent, irréprochable. Non sans s’être assurés au préalable de deux choses: que la démarche soit conforme à la loi, en demandant l’avis d’une juriste. «Et puis, il était exclu de tomber dans le règlement de comptes. Il fallait que les réponses soient mesurées.» Le trio a donc mené un «projet pilote» auprès d’une classe. «Les résultats étaient vraiment intéressants, avec de vraies réflexions qui allaient bien au-delà du bête «Il est nul!»

Inacceptable pour la direction

Encouragée, la fine équipe fonce. Bien trop vite en fait. Après avoir demandé l’avis de professeurs et être passés par le bureau de la doyenne, Nathan Ganser et ses camarades ne prennent pas le temps de soumettre à cette dernière la présentation détaillée du projet qu’elle avait demandé. «On n’avait pas le temps. C’était maladroit», convient l’élève. «Inacceptable», estime pour sa part la direction. «Nous avons du coup découvert cela lorsque le site a été mis en ligne, tonne Véronique Mariani, directrice du Gymnase de Morges. Ces élèves ont passé outre au cadre qui leur avait été imposé. C’est pour cela que nous les avons sanctionnés.» Pas question par ailleurs de donner son avis sur le travail fourni, «ce n’est absolument pas l’objet».

Pour être clair, le mois de suspension ne porte pas sur le fond, mais sur le non-respect des consignes. Quand bien même la directrice, tout comme «sa» conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon, considère que «les élèves n’ont pas la compétence d’évaluer leurs professeurs». Une compétence qui revient en fait aux directeurs. Qui, eux, n’ont pas le temps de faire passer chaque année les entretiens d’appréciation aux dizaines d’enseignants placés sous leur aile. «D’entente entre le Conseil d’Etat et les syndicats, l’évaluation des enseignants a été écartée pour des questions d’organisation», confirme Michael Fiaux, porte-parole du Département de la formation.

Départ d'une vraie réflexion

En 2006, alors jeune écolier de 8e année, Alexandre Prior avait adressé une pétition au Grand Conseil demandant justement que les élèves puissent évaluer leurs profs. Une pétition très vite enterrée, mais qui avait nourri un vrai débat. Dix ans plus tard, le pétitionnaire, aujourd’hui conseiller en communication, s’étouffe. De rire et de déception: «C’est triste de voir que les choses ont si peu changé, alors que tout a évolué par ail­leurs. Via les réseaux sociaux, tous les débordements sont possibles tandis qu’ici le travail est soigné, mesuré. Il aurait pu être le point de départ d’une vraie réflexion.»

Les résultats, mis en ligne ce mardi, sont d’ailleurs tout aussi équilibrés: pour une très grande majorité des questions, les profs se placent en effet au-dessus de la moyenne.

Créé: 07.06.2016, 20h41

Nathan Ganser assume: «Je reste convaincu que cette évaluation est une bonne idée.» Ses parents aussi, ce qui aide quand même beaucoup. (Image: DR)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.