Tolochenaz se déchire sur sa grande mutation

VotationLe village votera, le 9 février, sur un quartier de 2500 habitants qui doublera la population. Reportage.

Le 9 février, la population est appelée aux urnes pour se prononcer sur le plan d’affectation SudVillage, qui doit permettre la construction d’un quartier capable d’accueillir environ 2500 personnes.

Le 9 février, la population est appelée aux urnes pour se prononcer sur le plan d’affectation SudVillage, qui doit permettre la construction d’un quartier capable d’accueillir environ 2500 personnes. Image: CHRISTIAN BRUN

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La campagne fait rage à Tolochenaz. Le 9 février, la population est appelée aux urnes pour se prononcer sur le plan d’affectation SudVillage, qui doit permettre la construction d’un quartier capable d’accueillir environ 2500 personnes. Un projet qui ferait plus que doubler le nombre d’habitants de la commune et ne laisse personne indifférent. À commencer par les farouches partisans et opposants, qui se livrent une guerre sans merci et se déchirent sur les réseaux sociaux.

Laissant les militants les plus en vue s’écharper entre eux, nous sommes partis au hasard des rues interroger les citoyens «ordinaires» afin de prendre le pouls à quelques semaines du scrutin. Première étape: le village historique. Première rencontre: Cyril Duc, élu opposé au projet que l’on ne reconnaît pas tout de suite avec son bonnet. On lui explique qu’on souhaite donner la parole à des personnes que l’on n’entend pas d’habitude. Ce qu’il comprend avec le sourire.

«Notre village est mort»

Quelques minutes plus tard, une mère de famille passe près de l’administration communale avec sa poussette, en compagnie de son chien. Tout d’abord réticente à livrer son avis, elle accepte finalement de s’exprimer. «Je vais voter en faveur du projet, confie Anne Blaser Michaud. Notre village est mort, il n’y a plus rien. J’espère que ce nouveau quartier permettra d’attirer des commerces et de redonner un peu de vie à Tolochenaz.»

Un peu plus loin, un couple sort de chez lui. Pressé, il ne prend pas la peine de s’arrêter, mais le mari lâche tout de même: «L'ensemble de la famille dira non.» Tout comme Myriam Paradela, qui vit dans une habitation voisine: «Mes parents ont acheté cette maison. Je viens de ce village et ne souhaite pas qu’il change de manière si importante.»

«Comme le projet est piloté par des propriétaires privés, il n’y aura probablement que peu de logements à loyers modestes»

Une voiture traverse la rue du Centre et se parque. Denise et Robert Barbey, responsables de l’antenne locale des Cartons du Cœur, sortent du véhicule pour décharger des provisions. «On votera non, déclarent à l’unisson les époux. Il y a une grande démesure dans ce projet. Et comme il est piloté par des propriétaires privés, il n’y aura probablement que très peu de logements à loyers modestes destinés aux familles.»

Juste en face du local de l’organisation qui distribue aux personnes dans le besoin des denrées alimentaires ainsi que des produits d’hygiène et de ménage de première nécessité, une autre association est à l’œuvre. Le groupe de seniors La Vie d’ici se réunit comme chaque semaine au rez-de-chaussée de la maison communale. On y trouve Monique Faist, qui glissera un grand oui dans l’urne. «Je préfère mille fois un quartier qui se garnira petit à petit, fera la part belle à la nature, donnera naissance à des endroits partagés et sera adapté aux enfants puisque piétons, qu’une énorme zone industrielle bétonnée synonyme de trafic important de camions et de désert écologique. Et c’est bien cette dernière option qui verra le jour en cas de non dans quelques semaines.»

Doutes et indécision

Notre périple se poursuit au sud du village, dans le quartier d’immeubles résidentiels du Saux, à quelques mètres des lieux où pourraient naître les futurs édifices. En bas de l’un des bâtiments, Gisèle Coucet sort ses déchets. «On reçoit tellement de choses que je ne sais pas trop quoi penser. J’ai beaucoup de doutes et dois encore réfléchir avant de me prononcer.» Sur le parking d’à côté, Céline Roth rentre chez elle avec ses deux fils. Elle aussi est indécise. «Je suis partagée et n'ai pas choisi ce que je vais voter, dit-elle timidement. Néanmoins, je penche plutôt vers le oui, car la construction prévue d’une école serait positive pour les enfants de demain.»

«À Tolochenaz, il n’y a rien de particulier aujourd’hui. Un quartier pourrait notamment amener des commerces»

Enfant, Daniel Garcia Müller ne l’est plus, puisqu’il a obtenu le droit de vote en 2018. Le jeune homme a un avis bien tranché sur le projet: «À Tolochenaz, il n’y a rien de particulier aujourd’hui. Un quartier pourrait notamment amener des commerces. Et je ne veux pas d’une nouvelle zone industrielle. Je signe donc pour le oui.» Au contraire d’Arlette Perrenoud, qui profite du soleil sur son balcon: «Je suis contre. Avec des milliers de nouveaux habitants, on ne vivra plus dans un village.»

Tout comme les affiches qui fleurissent à chaque coin de rue – du rarement vu lors d’un scrutin communal –, les Tolochinois sont divisés entre le oui et le non. Bien malin, donc, celui qui peut prédire l’issue du vote du 9 février.

Créé: 21.01.2020, 08h01

Sud Village en détail

Le plan d’affectation Sud Village a été validé par le Conseil communal le 28 janvier 2019, dans l’optique de le soumettre à la population. C’est donc désormais aux Tolochinois de se prononcer sur ce dossier. Ces derniers doivent décider de l’avenir du secteur «En Molliau» en déterminant s’il doit devenir un quartier mixte accueillant environ 2500 habitants ou si le redéploiement d’un site à vocation industrielle est préférable. Dans tous les cas, la transformation de cette zone est inévitable en raison de l’obsolescence des bâtiments et installations actuels. En cas de construction d’immeubles résidentiels, des équipements verront également le jour, dont une école, une garderie ou une maison de quartier. Pour le permettre, la Commune devra investir une vingtaine de millions de francs, tandis que les propriétaires se sont engagés à participer à hauteur de près de 30 millions.

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