Trois champions ont écrit l'histoire du club morgien

VoileDu club, qui fête dimanche son 100e anniversaire, sont sorties trois générations de grands navigateurs. Rencontre avec Pierre Fehlmann, Stève Ravussin et Nicolas Rolaz.

Les navigateurs Pierre Fehlmann, Stève Ravussin et Nicolas Rolaz distillent anecdotes et souvenirs autour de leur formation opérée au Club nautique morgien.
Vidéo: Anetka Mühlemann

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Comment naît une graine de champion? Beaucoup de facteurs différents. Mais les trois grands navigateurs qui ont marqué l’histoire du Club nautique morgien (CNM), qui fête son centenaire ce week-end, ont au moins un point commun. C’est leur papa qui a donné le pied marin aux Vaudois Pierre Fehlmann, Stève Ravussin et Nicolas Rolaz. Trois générations de champions qui ont, chacun à leur tour, marqué une époque glorieuse de la voile et de la compétition suisse.

«Je suis monté pour la première fois sur un voilier en 1942, sur le bateau de mon père. J’étais encore dans le ventre de ma mère», raconte Pierre Fehlmann. Le premier marin suisse à s’engager dans la Course autour du monde a donc toujours navigué, d’abord attaché au mât par un pied lorsqu’il avait 3 ou 4 ans. Son père était membre et secrétaire du Club nautique morgien, fondé en 1916. «Mon grand-père maternel était même l’un des cofondateurs du club. Mais, cuisinier de métier, il avait dû rester aux fourneaux le jour de la constitution de la société», rigole celui qui en a été le président de 1973 à 1976.

Stève Ravussin aussi venait naviguer à Morges avec son père, qui faisait de la compétition et se préparait même pour les Jeux olympiques. «Mais, gamin, je n’étais pas assez bon, alors il me mettait sur le bateau de ses copains!» se rappelle celui qui est arrivé premier des multicoques de 40 pieds à la Route du Rhum 1998, et qui a remporté la Transat Jacques-Vabre en 2001. «Plus grand, je me suis mis à la planche à voile. Et là, j’ai croché. C’est ce qui m’a donné le goût des bateaux qui vont vite, ces catamarans qui donnent de l’adrénaline», explique celui qui naviguait alors avec son frère Yvan, mais n’a jamais suivi l’école de voile du club.

Nicolas Rolaz, le benjamin, est encore tout auréolé de son titre de champion du monde de la série Optimist, décroché en 2014 en Argentine. L’adolescent de 17 ans se souvient de ses débuts laborieux. «Mon père naviguait tous les mercredis aux régates du soir de la Société nautique rolloise. Moi, je n’aimais pas trop. Je faisais un caca nerveux chaque fois que je devais aller à ces soirées au port prolongées d’apéros, sans aucun copain pour m’amuser.» Suivront deux ou trois camps d’été sur Optimist, dès l’âge de 8 ans, puis le cours hebdomadaire du club, qui lui donneront le virus de la compétition. Ce qui l’a fait rallier le club morgien, mieux équipé que le rollois pour l’entraînement. «C’est sympa ici, car les anciens nous aident.»

A chacun son style

Trois générations, trois époques de la voile. «J’ai fait ma première régate à 14 ans, sur un 6,50 mètres. Je n’ai jamais pris de cours, mais j’en ai donné à 16-17 ans. En 1959, j’ai acheté grâce au club morgien mon premier bateau, un Vaurien d’une valeur de 800 francs, que je pouvais rembourser en quatre ans», se souvient Pierre Fehlmann. Deux fois champion suisse et d’Europe avec son frère, Claude, c’est sa rencontre avec Pierre Noverraz, architecte naval qui a dessiné le Toucan, qui lui donnera l’attrait pour la mer. «C’était mon ancien prof au Tech. Il m’a dit qu’il cherchait un barreur pour la Transat en solitaire. J’avais 32 ans, j’ai dit pourquoi pas?» Mais en course, Fehlmann, qui n’avait pas dormi depuis trente-six heures, loupe une déferlante et fait naufrage au milieu de l’Atlantique. «A l’époque, on n’avait pas encore les moyens technologiques d’aujourd’hui, on naviguait au sextant! Je m’en suis sorti grâce à la sophrologie.»

De l’adrénaline à l’invisible

Sur ce chapitre, Stève Ravussin en connaît un rayon! En 2002, deux jours avant l’arrivée de la Route du Rhum, son bateau chavire. L’an dernier, alors qu’il navigue avec Race for Water pour étudier la pollution des océans, rebelote dans l’océan Indien. «C’est grâce à Pierre Fehlmann, que j’ai rejoint aux Antilles en 1992 parce que je naviguais avec son frère, que j’ai pu me qualifier pour la Transat. Laurent Bourgnon (ndlr: disparu il y a un an), avec lequel j’avais un bon feeling, est devenu le parrain de mon bateau.» Les multicoques qu’il affectionnait tant étant devenus rares, le Vaudois ne navigue plus guère et se passionne pour des engins plus légers, comme le kite-surf ou le parapente.

Les grandes courses style America’s Cup ne font pas fantasmer Nicolas Rolaz. «Ce côté hypertechnique et plein d’argent, ce n’est pas à l’image de ce que je fais. J’ai choisi la voile pour la compétition, c’est un beau sport parce qu’on joue avec quelque chose d’invisible», relève l’ado de Gilly, qui s’entraîne désormais dans le sud de la France. Après une tentative en double, qui n’a pas marché à cause des tempéraments différents entre coéquipiers, le jeune navigateur a passé au Laser, un dériveur très physique qu’il peut barrer seul. «C’est agréable et je ne peux engueuler que moi-même!» Son but: les Jeux olympiques, de 2020 ou de 2024, s’il peut faire une pause dans ses études après la maturité (dès 2018) pour se consacrer entièrement à la voile.

Créé: 20.05.2016, 06h47

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A l’abordage du centième

Ce week-end marque le début des festivités publiques du 100e anniversaire du Club nautique morgien. Elles seront sportives samedi, avec le Défi, soit des régates juniors réunissant quelque 160 bateaux de séries (Optimist, Laser radial, Laser 4.7, RS Feva ou 420).

Dimanche, dès 14 h, à l’occasion de sa traditionnelle parade de sa flotte Belle-Epoque, la CGN embarquera sur La Suisse quelque 120 invités du CNM, dont le conseiller fédéral Guy Parmelin et la conseillère d’Etat morgienne Nuria Gorrite.

Les festivités compteront encore un championnat de la classe Dragon, du 1er au 5 juin, une Journée du patrimoine naval morgien, le 9 juillet, et une exposition à la Fondation Bolle qui retracera l’histoire du CNM, du 20 octobre au 15 janvier prochain.

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