De la vapeur d’origan pour lutter contre le mildiou

ViticultureDes chercheurs montrent que l’huile essentielle d’origan a des effets antifongiques sur la vigne et pourrait remplacer la chimie.

Des plants de chasselas, sensibles au mildiou, ont été infectés et soumis à la fumigation de diverses huiles essentielles.

Des plants de chasselas, sensibles au mildiou, ont été infectés et soumis à la fumigation de diverses huiles essentielles. Image: Changins/Hepia

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L’image d’une vigne en train de faire des fumigations a beau être de saison, elle reste improbable. Pourtant, deux chercheurs de Changins et de la Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA) viennent de démontrer que la vapeur d’huile essentielle d’origan, dispensée au bon moment, peut réduire de 95% le développement du mildiou, champignon néfaste à la vigne. À terme, l’objectif est de remplacer le cuivre ou les pesticides de synthèse utilisés aujour­d’hui.

La littérature sur les plantes indique l’efficacité des huiles essentielles contre les maladies phytosanitaires. L’origan semble particulièrement efficace, de par sa forte concentration de carvacrol, un composant chimique aromatique. L’Institut de recherche de l’agri­culture biologique (FiBL) a de son côté patenté le larixol, un extrait d’écorce de mélèze, autre candidat sérieux pour remplacer le cuivre. «L’huile essentielle d’origan a un effet indirect: elle ne combat pas le mildiou mais rend la plante résistante», explique François Lefort, professeur à l’HEPIA. Un problème demeure: comment appliquer ces huiles? «Hydrophobes, elles se mélangent mal, se lessivent très vite avec la pluie et sont dégradées par les UV, énumère Markus Rienth, professeur à Changins. C’est pour ça que nous avons pensé à sa phase volatile.»

Ainsi, des plants de chasselas, cépage très sensible au mildiou, ont été infectés puis placés en fumigation continue de différentes huiles dans une chambre climatique. Celle d’origan a montré que, utilisée dans le jour qui suit l’infection, elle réduisait presque totalement le développement du champignon. «Mais ce n’est évidemment pas du tout encore faisable dans la vigne, explique Markus Rienth. Nous en sommes à l’étude fondamentale.»

Comment diffuser?

Pour trouver la méthode de diffusion idéale, il y a encore de nombreuses recherches à effectuer, et à financer… «Il faudrait d’abord identifier la ou les molécules efficaces, et pouvoir les reproduire de façon biotechnologique», indique François Lefort. Ensuite, il faudra trouver comment traiter la plante. Des diffuseurs tels que ceux pour les phéromones, la vaporisation par drones ou à la microencapsulation de ces molécules sont quelques pistes. La méthode pourra être utilisée sur toutes les plantes sensibles au mildiou, comme la pomme de terre ou certaines cultu­res sous serre.

Dans le meilleur des cas, Markus Rienth imagine encore deux ou trois ans de recherche. Ensuite viendra le temps de l’homologation du produit. D’ici là, quelques kilos de cuivre s’insinueront encore dans nos sols. «Mais il ne faut pas oublier que nous sommes passés de 60 kilos par hectare et par an dans les années 1960 à 3 kilos aujour­d’hui!» rassure Markus Rienth.

Créé: 27.10.2019, 18h15

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