«Je suis victime d’une machination»

Millionnaire en fuiteProjeté par les médias sur le devant de la scène début octobre, l'Helvético-Salvadorien exilé à Morges Enrique Rais livre sa version des faits.

Agé de 65 ans, Enrique Rais possède le passeport à croix blanche.

Agé de 65 ans, Enrique Rais possède le passeport à croix blanche. Image: Sébastien Bovy

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Inconnu en Suisse jusqu’à il y a deux mois, Enrique Rais fait régulièrement la une des journaux au Salvador. Corruption, fraude, trafic de drogue, faux dans les titres, blanchiment d’argent, les soupçons qui pèsent sur lui sont multiples. Pourtant, son casier judiciaire demeure vierge. Et l’industriel clame son innocence.


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Vous avez fait les gros titres de journaux helvétiques il y a quelques semaines. On vous présente comme un millionnaire controversé d’Amérique centrale. Au fond, qui êtes-vous, Enrique Rais?
Tout d’abord, mon père est Suisse et ma mère Salvadorienne. J’ai grandi dans ce petit pays situé entre le Guatemala et le Honduras. Venant d’une famille plutôt aisée, j’ai ensuite eu l’opportunité de poursuivre ma formation à la Faculté des hautes études commerciales de l’Université de Lausanne. Avant de retourner au Salvador pour y réaliser des affaires. De bonnes affaires. Notamment dans l’industrie de la crevette ou de la canne à sucre. Mais c’est surtout grâce à mon entreprise de récolte et de traitement des déchets que j’ai fait fortune.

Pourquoi avoir fui le Salvador pour vous réfugier en Suisse?
En août 2016, j’ai été arrêté et placé en détention. Après trois jours, une juge a ordonné ma libération contre le paiement d’une caution de 20 000 dollars, à condition que je me présente régulièrement aux autorités en attendant le procès. Durant plusieurs mois, j’ai mis au point ma défense. Mais début janvier, j’ai appris que j’allais à nouveau être emprisonné. Une option à laquelle je m’étais déjà préparé. Je suis donc parti au Guatemala pour y prendre un de mes avions et m’envoler jusqu’en République dominicaine. Là-bas, j’ai pu vérifier qu’un ordre d’arrestation avait bien été émis. J’ai alors réservé un vol vers Zurich et suis arrivé en Suisse le 12 février.

Que vous reproche exactement la justice salvadorienne?
Il y a trois ans, j’ai dénoncé une tentative d’assassinat à mon égard. Une instruction a été ouverte à l’encontre d’une femme pour menaces aggravées. Dans le cadre de cette procédure juridique, on m’accuse de corruption envers un juge ainsi que d’avoir fait produire deux faux rapports par un expert psychologue.

Vous niez ces accusations. Quelle est votre version des faits?
Tout cela ne tient pas debout. Le juge que j’ai prétendument soudoyé n’a jamais été responsable du dossier. De plus, les écoutes téléphoniques utilisées comme preuve sont illégales et ne me concernent pas directement.

Vos rapports avec certains politiciens ou hommes de pouvoir, comme l’ancien procureur général Luis Martínez, aujourd’hui en prison et suspecté de vous avoir protégé dans plusieurs affaires judiciaires, font également polémique. Quelle est la nature de votre relation?
Ce que les médias racontent est vrai. Il a voyagé à de multiples reprises dans mes avions et j’ai aussi passé une soirée de Nouvel-An avec lui.

Êtes-vous sérieux?
Oui, je reconnais ces faits. Il est mon ami et cela dérange. Mais je ne me suis jamais livré à des actes de corruption d’agents publics.

Alors comment expliquer tant d’acharnement de la part des autorités du Salvador, qui ont même demandé l’appui d’Interpol pour vous retrouver?
Je suis victime d’une machination. Mon entreprise de traitement des déchets est liée contractuellement à 164 des 262 communes du pays. Une partie de ces accords arrivent à échéance et mon principal concurrent sur le marché ne souhaite pas qu’ils soient reconduits. Pour parvenir à ses fins, il mène une campagne de désinformation contre moi par le biais de certains médias en sa possession. Mais ce n’est pas tout. Le procureur général actuel m’en veut personnellement. Il y a une quinzaine d’années, j’ai déjà été emprisonné dans une affaire de fraude. Cet homme faisait partie de l’équipe d’avocats chargée de démontrer ma culpabilité. J’ai finalement été acquitté et il ne l’a jamais accepté.

Vous avez récemment également dénoncé un complot politique. Selon vous, qui vous veut du mal?
Après des décennies de règne des militaires et de l’Alliance républicaine nationaliste au Salvador, le parti de gauche que je soutiens financièrement est arrivé au pouvoir en 2009. La droite, qui a installé le procureur actuel, ambitionne de revenir à la tête du pays en 2019. Elle cherche donc à discréditer ma personne, mais également le politicien dont j’appuie la candidature en vue des prochaines élections.

La justice salvadorienne n’est cependant pas la seule à vous avoir dans le collimateur. Vous avez été soupçonné de trafic de drogue aux États-Unis et, il y a peu, le Ministère public vaudois a ouvert une instruction pénale à votre encontre à la suite de suspicions de blanchiment d’argent.
Tout cela est lié. À Miami, trois de mes avions et mon hélicoptère ont été saisis par la police. Mais, après des semaines d’inspection, aucune trace de drogue n’a été trouvée et le shérif a abandonné l’enquête. Ce sujet est donc clos. Concernant la procédure juridique entamée en Suisse, elle repose uniquement sur des articles de presse. Les allégations qu’ils contiennent sont liées aux différentes affaires évoquées et demeurent infondées. J’ai d’ailleurs fait recours contre les séquestres partiels ordonnés sur deux de mes comptes (lire ci-dessous). Les sommes dont la provenance est jugée suspecte s’élèvent à quelques centaines de milliers de francs alors que je fais des bénéfices d’environ 7 millions de francs chaque année.

Pourquoi devrait-on vous croire?
J’ai des preuves de tout ce que j’avance et les ai mises à disposition de la justice. Je compte bien faire éclater la vérité au grand jour. Ce n’est pas la première fois que l’on essaie de s’en prendre à moi et j’ai toujours réussi à démontrer mon innocence. Je suis convaincu que j’y arriverai encore. Ici et au Salvador. (24 heures)

Créé: 22.12.2017, 06h51

Un recours pendant

Enrique Rais a déposé un recours contre les séquestres ordonnés par le Ministère public vaudois en octobre dernier. Selon un document que nous nous sommes procuré, le Parquet reconnaît que «les investigations conduites par le MROS (ndlr: Bureau suisse de communication en matière de blanchiment d’argent)» à la suite des soupçons de blanchiment d’argent émanant des banques PKB et BCV «n’ont pas amené beaucoup d’éléments supplémentaires». Il assure cependant que les recherches du MROS ne reposent pas uniquement sur des articles de presse, mais également sur des investigations «opérées via son réseau propre». Ces dernières ont notamment permis «d’attester officiellement» qu’Enrique Rais faisait bien l’objet de plusieurs procédures pénales «encore actives et pendantes au Salvador pour escroquerie, gestion déloyale, corruption active et faux dans les titres».
Des affirmations que rejette l’avocat de l’homme d’affaires. «Nous avons démonté les accusations de corruption et de faux dans les titres l’une après l’autre, déclare Marc Cheseaux. Et les procédures pour escroquerie et gestion déloyale ont été classées depuis longtemps. J’ai d’ailleurs envoyé lundi les documents qui le prouvent au Tribunal cantonal.» Le conseil d’Enrique Rais reste confiant: «Je maintiens que les informations que détient le procureur sont issues exclusivement de la presse. Nous avons démontré d’où provenait chaque centime présent sur les comptes de mon client. Cet argent a été déclaré au Salvador. Tout a été réalisé dans le respect de la loi et nous l’avons prouvé. Je suis donc très surpris de la position du Ministère public.»

L’empire industriel d’Enrique Rais

À la tête de trente-quatre entreprises, selon ses dires, Enrique Rais est un homme d’affaires puissant. Sa fortune, il l’estime «aux alentours de 100 millions de francs».

«Tout dépend de comment on la calcule, car je ne possède pas cette somme directement, soutient le principal intéressé. J’ai d’ailleurs très peu d’argent en liquide. Ce chiffre avancé correspond en fait à ce que je serais susceptible de recevoir dans le cas où je vendrais l’ensemble de mes sociétés et de mes biens.» Biens qu’il possède notamment en Suisse. «J’ai des appartements à Morges et au Tessin, détaille Enrique Rais. Ainsi qu’un chalet à Leysin, construit pour y passer mes vieux jours, et des immeubles, par exemple à Essertes. J’ai également un hélicoptère à la Blécherette. Celui-là même qui avait été saisi par les autorités américaines et m’a été rendu quand elles ont réalisé leur erreur.»

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