La vie de bohème des bénévoles du Paléo

FestivalIls sont 4800 à donner de leur temps pour le festival. Rencontre avec ceux qui bossent avant et après.

Laura prend soin de bénévoles qui suent sous un soleil de plomb pendant les constructions.

Laura prend soin de bénévoles qui suent sous un soleil de plomb pendant les constructions. Image: VANESSA CARDOSO

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«Astérix» et Régine, toujours à ras le plancher

«On est fiancé depuis 34 ans et pacsé depuis deux!», lâche «Astérix», alias Jean-Pierre Curien, en passant le pied de biche à sa compagne, Régine, qui comme lui, pose des planchers sur le terrain de l’Asse. Ancien pâtissier qui a travaillé à Nyon, ce gars originaire des Vosges, qui a ensuite fait des dizaines de jobs et beaucoup voyagé, avoue 69 printemps. «Au début, je suis venu comme festivalier. Et puis un jour, par curiosité, j’ai voulu voir le festival de l’intérieur. On m’a mis aux planchers des stands, loges ou scènes. J’y suis depuis 23 ans! Normal, je suis petit, donc je n’ai pas trop à me baisser», ironise le sosie du plus célèbre Gaulois. Si le couple revient chaque année pour passer deux mois au festival, ce n’est plus pour Paléo, mais pour les rencontres. «Il y a vingt ans, c’était plus festif, plus libéral. On prenait des douches ensemble à poil, on se marrait bien», estime «Astérix». Sa tente s’étant envolée dans une tempête, le duo loge désormais au campus dans une caravane d’occase, et retrouve tous les jours à midi les autres anciens, à la «table des grincheux».

Jean-Sam, une vie pour le festival et ses dérivés

C’est un Nyonnais, tombé dans la marmite tout petit. Fils de pasteur, Jean-Samuel Guy aligne déjà quinze ans de boulot pour le festival, dont douze comme bénévole, d’abord à la pose des planchers, puis comme chef d’équipe des conteneurs. «Au départ, c’est la musique qui m’intéressait et mon frère bossait déjà au festival, alors j’ai voulu en être», explique ce jeune trentenaire, dont la vie s’organise aujourd’hui entièrement autour du Paléo. Car depuis 2009, il est adjoint au responsable de la décoration du terrain du festival et il a été élu au comité de l’association Paléo. Durant les neuf autres mois de l’année, il administre la patinoire provisoire de Nyon. Pas si bizarre que ça, puisque cette structure est gérée par le Hockey Club de Nyon, fondé il y a quarante ans par… le big boss du festival. Jean-Sam garde malgré tout l’esprit bénévole. Il a beau habiter un appartement sur le site de l’Asse, il préfère aller dormir au Campus durant ses trois mois de montage et de démontage, pour le fun et la convivialité. «C’est pratique, quand il pleut, je peux aller chercher des habits de rechange chez moi!»

Laura, bénévole au service des bénévoles

C’est sa première année comme bénévole. Laura Vacher, 22 ans, a cédé aux sirènes du Paléo en entendant une copine en vanter, photos à l’appui, la superambiance. «J’ai eu envie de venir et je ne suis pas déçue», explique la jeune Lyonnaise, qui étudie l’ébénisterie. Quand elle s’est inscrite, ce printemps, il n’y avait plus que des postes à l’accueil des collaborateurs au Campus. «On doit voir si ces derniers ne manquent de rien, contrôler les entrées pour éviter que des non-bénévoles viennent y faire la fête, et patrouiller entre les tentes pour assurer la sécurité», explique le petit bout de femme. Elle bosse par tranches de six heures toutes les 12 heures, suivies d’un jour de repos. «Le seul inconvénient, c’est qu’on bosse parfois le soir quand les autres font la nouba», plaisante Laura, qui dort aussi sous tente. En attendant les concerts de la semaine prochaine, elle reste le plus souvent au Campus le soir, pour partager musique, jeux et discussion. «Mais j’ai parfois besoin de m’isoler, avec un bouquin ou une promenade en forêt, car vivre en permanence en groupe, c’est usant.»

Guillaume et Emma, des juniors pour la relève

«Petit, j’assistais au montage du terrain, parce que mon oncle, ma marraine et même ma mère y ont bossé comme bénévoles. J’ai toujours voulu faire de même, car j’aime la musique, mais mes parents ne voulaient pas que je m’y engage trop tôt. J’y suis enfin, et c’est super!» s’exclame Guillaume Chanat, bientôt 17 ans. Arrivé il y a deux semaines, il fait partie des juniors, mineurs dès 14 ans, pour la plupart enfants de collaborateurs aguerris, qui peuvent collaborer avec un encadrement particulier. Il travaille au service qui lave, trie et remet en caisse les gobelets en plastique recyclables en circulation aux bars. «C’est un travail répétitif, mais l’ambiance est top», raconte l’ado venu du Pays de Gex (F). Emma Marello, 16 ans, de Genève, y fait son deuxième Paléo. «Festivalière, j’allais voir ma sœur dans ce service. Maintenant, c’est mon tour et c’est génial, car ici, on peut vivre notre vie, faire des rencontres. On dort peu et il fait chaud le matin dans ma tente. Mais pendant le festival, on ne bossera que 3 heures par jour, ce qui laissera du temps pour en profiter.»

(24 heures)

Créé: 13.07.2018, 07h42

Reportage

Ils sont trempés de sueur, très bronzés, et leurs paupières sont parfois lourdes après une soirée de nouba. Mais les quelque 300 à 500 bénévoles de tous âges qui travaillent au montage et au démontage du Paléo Festival sont fidèles au poste. En plus de quarante ans, des générations de petites mains se sont succédé pour façonner ce village éphémère de 35 000 habitants dédié à la musique et à la fête.

À la semaine -1, l’herbe est encore verte et drue sur le terrain de l’Asse. Par terre, pas un mégot ni un papier gras, malgré le bal des camions et les centaines de personnes qui s’activent depuis un mois pour assembler, clouer et fixer les tentes, estrades, décorations qui vont transformer la morne plaine en kermesse géante. Tout commence mi-juin avec le montage des lieux de vie de ces bénévoles de longue durée, qui sont logés, blanchis et nourris par le festival. Ils reçoivent en sus une indemnité de 150 francs par semaine et leur badge leur offre l’accès gratuit au train du NSTCM, à la piscine et aux musées de Nyon.

Ils dorment dans un camping, baptisé «Le Campus», qui jouxte celui des festivaliers. Il est équipé de douches toutes neuves, de jeux, de tas de bois pour faire du feu, et même d’un chapiteau collectif imperméable aux rayons de soleil pour aller dormir au frais, dans un hamac, durant la journée. Ils mangent dans le grand restaurant self-service de la ferme, où est servi petit-déjeuner, pain et fromage à la pause de 10 h, trois menus à choix à midi et un souper tout aussi copieux. Et bien sûr un bar pour les apéros et after work dont les tam-tams résonnent parfois tard dans la nuit.

Moins exotiques

Au début, ils sont une centaine à rappliquer au secteur des constructions pour monter les structures de base, comme le forum, les cantines, les planchers, les câbles électriques et autres équipements, alors que le montage des scènes est confié à des professionnels, comme tout travail en hauteur ou dangereux. Leur nombre monte à 200, puis 300 dès la troisième semaine, pour atteindre quelque 600 personnes durant le festival, avec l’importante équipe des nettoyeurs.

«Avant, les bénévoles de longue durée venaient des pays francophones, du Québec et d’Afrique. Depuis Schengen, on engage en priorité des Européens, la population des bénévoles est donc moins exotique. Ce sont surtout des Français, des Belges et des Suisses romands, dont beaucoup de la région», constate Stéphane Python, patron de l’infrastructure depuis plus de trente ans. Elle est loin, l’époque de la bricole et de l’improvisation. Chacun est réparti dans un secteur, sous les ordres d’un chef d’équipe, avec des tâches précises à réaliser. Le travail est parfois dur, à cause de la chaleur et de la poussière, mais les horaires plutôt cool, avec une pause d’une demi-heure matin et après-midi.

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