Des vignerons se défient à coups de sécateurs

La CôteA Allaman, des professionnels de toute la Suisse ont pris part au premier concours national de taille viticole.

Les concurrents, à l'image de Damien Rolaz, réfléchissent à chaque plan de vigne avant de couper.

Les concurrents, à l'image de Damien Rolaz, réfléchissent à chaque plan de vigne avant de couper. Image: PATRICK MARTIN

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Top chrono! Sécateur en main, les concurrents se lancent dans leur rang de vigne tiré au sort. Chaque participant doit tailler au moins dixceps de pinot noir (maximum seize) en vingt minutes. «On a mis un temps limite pour avoir un cadre, mais c’est la qualité du travail qui compte, pas la vitesse», précise le président du jury, Caspar Eugster, chef vigneron au domaine du Château d’Allaman, où s’est déroulé ce mardi le premier Concours national de taille viticole, remporté par Pascal Dufour, d’Aubonne.

De toute évidence, les vignerons en compétition ont bien compris la consigne. Malgré le froid qui picote le bout du nez, on prend le temps de réfléchir avant de couper un bois. Toute erreur se paie cash par une perte de points. Dans cette taille en guyot simple, il faut choisir les bons coursons et la bonne direction des yeux, faire attention au flux de la sève, couper proprement et avoir la bonne distance entre la coupe et l’œil...

De nombreux critères permettent donc aux jurés – qui n’évaluent pas les manières de travailler, mais le résultat après la taille – de départager les concurrents. Pour Caspar Eugster, la bonne façon de tailler, c’est de penser à la fois au rendement de l’année en cours et à la pérennité du cep. Si on crée des plaies au mauvais endroit, on risque de provoquer des nécroses, ou d’ouvrir la voie à des maladies.

«On a tous ses spécialités, sa manière de faire»

Tailler, c’est toute une science, mais à entendre les vignerons, il y a aussi du feeling et de l’émotion. «On a tous ses spécialités, sa manière de faire», remarque Damien Rolaz, de Gilly, 19 ans, qui vient de terminer son CFC et semble déjà en connaître un bout sur le sujet. Il est venu avec son frère et son père Alexandre, «pour vivre une nouvelle expérience».

La plupart des 28 participants sont Vaudois, mais le concours a attiré des professionnels de toute la Suisse. À l’image de Joël Pfister, 30 ans, employé de la Cave de la Ville de Berne à La Neuveville, qui s’est déplacé «pour voir où on en est par rapport aux autres». Ou d’Arnaud Schaer, chef de culture au Domaine de Montmollin, à Auvernier (NE), venu «se mesurer aux collègues en toute décontraction».

Un Aubonnois en or

Parmi les concurrents, on rencontre aussi le fameux œnologue de la Cave Schenk Thierry Ciampi. «On vient se frotter aux vignerons», lance-t-il, joueur. Il a même emmené son père Antonio, vigneron retraité du Château de la Bâtie à Vinzel. «Je suis là par curiosité, et pour rigoler un peu. Mais je suis surpris. Il y a une superorganisation. Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi sérieux.»

Mis sur pied par Felco SA, le leader mondial des fabricants de sécateurs, le concours de taille a déjà eu lieu dans d’autres pays viticoles. Une finale internationale, avec la participation de treize pays, est même prévue en mars 2020 pour célébrer les 75 ans de la société. «Le gagnant du jour défendra les couleurs de la Suisse à cette occasion», a annoncé Éric Boschung, directeur de Felco Marché Suisse. Ce vainqueur, c’est donc Pascal Dufour, du domaine viticole Dufour Frères à Aubonne, qui a obtenu le maximum de points. Il remporte le Sécateur d’or. Celui d’argent revient à Michaël Monnier, chef vigneron du Domaine de Autecour à Mont-sur-Rolle. Et à la troisième place, pour le sécateur de bronze, on trouve Joël Pfister.

Opération de marketing

Ce concours national de taille, aussi original soit-il, revêt-il un autre intérêt que d’être une belle opération de marketing pour son organisateur, Felco SA? Nous avons posé la question à Jean-Philippe Burdet, professeur de viticulture à l’École de Changins. «En effet, il s’agit plutôt d’une opération de marketing que des Jeux olympiques de la taille, mais on peut aussi y voir la promotion d’une pratique essentielle à la qualité de la viticulture. À Changins, nous accordons beaucoup de soin à la taille. Elle a toute son importance pour la pérennité des ceps. Les visites dans les vignes de la Confrérie des Vignerons (voir la vidéo ci-dessous) ont d’ailleurs pour objectif principal de noter la taille.»

Créé: 03.12.2019, 21h20

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