«La violence avec laquelle il a agi m’a choquée»

Affaire RavenelCécile Ravenel, la future ex-femme du président du Grand Conseil, sort de son silence et détaille le harcèlement psychologique dont elle se dit victime. Interview.

À gauche, la grande bâtisse est la ferme du domaine. La maison d’Yves Ravenel est celle le plus au nord de celle où habitait sa future ex-épouse.

À gauche, la grande bâtisse est la ferme du domaine. La maison d’Yves Ravenel est celle le plus au nord de celle où habitait sa future ex-épouse. Image: GOOGLE MAPS

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L’affaire agite la politique vaudoise depuis une semaine: le président du Grand Conseil, Yves Ravenel, a été condamné à 60 jours-amende à 80 fr. (plus 960 fr. d’amende et 4866 fr. de frais de procédure et indemnité) pour menaces qualifiées et tentative de menaces qualifiées envers sa future ex-femme. Il dira mardi aux députés s’il démissionne.

Cécile Ravenel s’est d’abord murée dans le silence. Suite aux divers articles et réactions, elle a décidé de livrer aujourd’hui son témoignage en exclusivité pour «24 heures». Mais sans dévoiler son visage: par respect pour son employeur, pour protéger sa fille et pour préserver son anonymat, qu’elle retrouvera dès qu’elle récupérera son nom de jeune fille une fois le divorce prononcé. Interview de celle qui vivait à deux pas de son futur ex jusqu’en septembre dernier.

Lorsqu’il parle du soir de janvier 2019 où il a brisé les ampoules et plafonniers de votre porte d’entrée et de votre terrasse avant de jeter le balai contre vous, votre ex-mari Yves Ravenel affirme dans nos pages: «Je n’avais rien fait de grave. J’avais cassé des lampes, c’est tout.» Qu’en pensez-vous?
Ce qui m’a choquée est la violence avec laquelle il a agi. Quel serait le prochain épisode? C’est ce qui m’a décidée à porter plainte.

Mettant en question le travail de la procureure (qui aurait instruit «au pas de charge contre lui»), Yves Ravenel conteste avoir été en fureur et oppose votre parole à la sienne…
Je renvoie à l’ordonnance pénale, qui cite également un témoin (ndlr: la propre mère d’Yves Ravenel, qui a témoigné n’avoir jamais vu son fils «dans un état pareil»). La procureure a entendu nos versions, les avocats ont fait leur travail. Le verdict est tombé par rapport aux faits.

Et les menaces de mort de 2016? Vous avez déclaré à la justice ne pas les avoir prises au sérieux, raison pour laquelle il n’a sur ce point été condamné que pour tentative de menaces qualifiées et non menaces qualifiées...
Là aussi, ce n’est pas parole contre parole: j’ai produit à la justice un message WhatsApp de l’époque, où je lui écrivais que je n’acceptais pas ses menaces de mort. Il n’a pas contesté devant la procureure, mais a juste opposé que des noms d’oiseaux sont monnaie courante dans un divorce.

L’épisode du 20 janvier 2019 constitue-t-il selon vous «un malheureux coup de sang», comme l’a qualifié le chef de groupe UDC au Grand Conseil?
Non, car il se place dans la continuité d’agressions et de harcèlement psychologiques.

De quel type?
Après ma demande unilatérale de divorce fin 2015, mes pots de fleurs se sont régulièrement retrouvés à terre, mes chaussures disparaissaient (l’une est réapparue à grand bruit, un soir, lancée contre la palissade). Des cailloux ont été jetés contre mes volets un matin, où mon compagnon était resté dormir (ndlr: ce dernier confirme). Un jour, après qu’on a sonné à ma porte, j’ai retrouvé ma poubelle vidée sur mon seuil. Mon fils m’a appris après coup que je n’avais plus le droit de la déposer dans le container, taxé au poids, parce qu’il ne voulait pas payer mes déchets (qui étaient aussi ceux de nos enfants). Sans parler de la voiture rayée: j’en contrôlais les pneus avant chaque départ! Parfois, il me hurlait dessus lorsque j’arrivais. J’avais peur. La violence psychologique est tout aussi grave que des coups.

Sur ce point, votre ex-mari a concédé dans nos pages: «Si je reconnais une forme de violence psychologique, alors elle n’allait pas dans un seul sens.» Lui avez-vous donc fait subir le même genre de tourments?
Non. Au contraire, je devais me faire toute petite, ne pas me montrer, y compris en allant chercher le courrier. Que je passe devant chez eux les dérangeait, mais c’est le seul accès! Ma voiture ne devait pas être garée de façon qu’il l’aperçoive depuis sa maison en surplomb. À plusieurs reprises, comme lorsque j’ai installé une palissade devant ma terrasse, j’ai pris soin de le faire lorsqu’ils n’étaient pas là, pour que ce ne soit pas interprété comme une provocation.

Pensez-vous que tous ces actes émanaient de votre futur ex-mari ou de son actuelle compagne?
Je ne peux pas en être sûre, à part évidemment l’épisode du balai pour lequel il a été condamné. Je constate cependant que ce harcèlement psychologique s’est stoppé après ma plainte de fin janvier 2019.

Le balai avec lequel les lampes ont été brisées en janvier 2019. Image: SÉBASTIEN BOVY

Pourquoi êtes-vous restée dans cette maison, depuis les menaces de mort de 2016 jusqu’à septembre 2019?
Avec mon salaire à 80%, je ne pouvais assumer un loyer et les études de ma fille.

Ne contribuait-il pas lui aussi à ces frais?
Au départ, nous nous étions mis d’accord qu’il paierait l’hypothèque de la maison et que de mon côté j’assumerais financièrement cette formation. Mais pour l’École hôtelière, je n’avais pas réalisé que les stages à l’étranger et d’autres frais annexes coûtaient autant. C’était difficile: j’ai contracté un crédit auprès de mon entourage et on y est arrivés.

Votre ex-mari a demandé en novembre 2018 des mesures provisionnelles pour que vous partiez. Pouvez-vous envisager qu’il ait ressenti vos ampoules allumées comme une provocation?
Je ne vois pas le problème à laisser la lumière jusqu’à ce que ma fille et moi rentrions! À la campagne, il fait nuit noire, il n’y a aucune autre lueur autour! Si cela le dérangeait, il n’avait qu’à mettre un store ou un rideau, qu’il a fini par installer six mois avant mon départ. S’il l’avait fait plus tôt, cela nous aurait épargné d’être témoins de sa vie privée à travers la baie vitrée de sa villa.

Il a demandé que vous partiez et vous déposez plainte deux mois plus tard. Certains l’interpréteront comme une vengeance…
En aucun cas. D’une part, après avoir déposé ma demande unilatérale de divorce, j’ai refait ma vie avec mon nouveau compagnon depuis 2016. D’autre part, si j’avais vraiment voulu me venger, j’aurais envoyé sa condamnation au Grand Conseil. Je n’ai pas fait les choses pour lui nuire.

Êtes-vous le corbeau qui a écrit la lettre anonyme, annonçant la procédure pour «violences domestiques» à la Municipalité de Trélex, où votre ex-mari est syndic?
Non. Cette lettre me pose plus de problèmes qu’autre chose, car il m’a accusée d’en être l’auteur. Je n’ai aucune idée de qui il s’agit, mais j’aurais préféré que cette personne ne se cache pas derrière l’anonymat.

Qu’est-ce qui a changé en septembre, pour que vous quittiez la maison?
Ma fille a arrêté ses études après le bachelor. Suite aux mesures provisionnelles, nous avons établi une convention qui m’accordait une avance sur liquidation du régime matrimonial. En échange, j’avais jusqu’au 15 octobre pour partir. Il a été dit qu’il m’a «laissée» dans cette maison. Elle est certes à son nom, mais elle a été financée uniquement avec mes fonds propres! C’est ainsi car le terrain agricole lui appartient et je n’ai pu le faire morceler. Mais j’ai noté tous mes apports dans la comptabilité du domaine, que je tenais.

Il pourrait vous accuser de fausses écritures pour le financement de la maison...
J’ai toutes les factures et les preuves de mes versements.

Pourquoi ce divorce traîne-t-il en longueur?
Parce qu’il a demandé beaucoup de délais supplémentaires et que les calculs du notaire ont pris passablement de temps. Pendant presque vingt-cinq ans, j’ai géré le ménage seule, j’ai cuisiné du matin au soir pour les ouvriers agricoles, alors même que je travaillais aussi à l’extérieur. Les paysans trouvent cela normal qu’une femme se charge de toutes ces tâches gratuitement. Mais j’aimerais au moins être dédommagée pour la comptabilité et les tâches administratives que j’ai effectuées. Et surtout récupérer mes fonds propres. Je veux juste qu’il me donne la part calculée au plus juste par la notaire et que tout cela s’arrête.

Créé: 13.01.2020, 06h38

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