Laurent Ségalat clame son innocence mais a tout oublié

JusticeLe généticien français qui nie avoir tué sa belle-mère est jugé depuis mercredi à?Renens. Le président du Tribunal criminel dénonce les pressions dont il a été l’objet

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«Il est serein, combatif et confiant. Il croit que la justice suisse reconnaîtra son innocence.» L’avocat français Gilles Jean Portejoie, l’un des trois défenseurs du généticien français au côté de Stefan Disch et de Marie-Pomme Moinat, résume l’état d’esprit du prévenu.

Son comité de soutien occupe une bonne partie de la centaine de places disponibles dans la nouvelle salle d’audience cantonale, à Renens, pleine à craquer. Le procès de cet homme de 48?ans accusé d’avoir tué sa belle-mère, Catherine Ségalat, le 9 janvier 2010 dans sa villa de Vaux-sur-Morges s’est ouvert mercredi. Il commence assez mal.

Lettres d’intimidation
Jean-Pierre Lador, président de la Cour criminelle, ouvre l’audience en faisant état de deux lettres formulant à ses yeux des menaces contre le tribunal si le prévenu n’est pas acquitté. «En plus du lot de courrier que j’ai reçu à titre personnel, ces deux lettres venues de France et signées d’un prénom s’en prennent à un tribunal qui ne fait que son travail. La Suisse n’est pas une république bananière. Ce n’est pas avec des menaces et des contraintes qu’on obtient une décision de justice meilleure!»

Interrogé à ce sujet, Laurent Ségalat explique qu’il n’est pas au courant, mais il identifie l’une des missives comme émanant d’un collègue de son centre de recherches à Lyon. Et l’autre écrite par l’une de ses filles. Avocat de la famille de la défunte, Jacques Barillon lance: «Nous ne sommes pas à une pression près dans ce procès ultra-instrumentalisé! Il ne s’écoule pas de jour sans que mes clients soient appelés par l’entourage du prévenu pour leur demander de cesser leur action.»

Le président au prévenu: «N’est-ce pas l’occasion pour vous de dire à vos sympathisants qui sont là ce qui s’est vraiment passé ce soir-là? Une personne au moins, votre compagne, le mérite.» La salle retient son souffle. L’intéressé hoche la tête, se tourne vers la famille et déclare: «Je veux dire avec force que je suis innocent des faits reprochés!» Et d’insister: «Je suis quelqu’un de non violent.»

Trous de mémoire
Lorsqu’on lui demande s’il a une explication pour cette journée ordinaire devenue journée de cauchemar, il répond: «Je pense que mes déclarations, lors de ma première audition, le soir du drame, où j’ai été emmené à la police, sont le reflet le plus fidèle de la vérité.»

De fait, Laurent Ségalat invoque à plusieurs reprises le brouillard qui trouble sa mémoire le jour où il dit avoir trouvé sa belle-mère dans une mare de sang sans parvenir à lui sauver la vie. Face à cette attitude faite de trous de mémoires mais de la certitude d’être entièrement étranger au décès de sa belle-mère, le procureur général, Eric Cottier, tente de cerner quelques souvenirs précis. Mais rien de plus n’émerge de la brume. L’interrogatoire tourne au dialogue de sourds.

Changement de décor. Gilet fluo, une étiquette collée sur le dos avec «Laurent» écrit en gros dessus, Laurent Ségalat consent péniblement à refaire sur un mannequin les gestes de réanimation qu’il affirme avoir pratiqués sur sa belle-mère grièvement blessée au bas d’un escalier. La scène se passe dans sa maison de Vaux-sur-Morges, le 13 janvier 2010, devant le juge d’instruction, le procureur, les avocats, le médecin légiste et les policiers. Le DVD de cette reconstitution a été projeté au procès. C’est le suspect lui-même qui aurait demandé cette pénible reconstitution trois jours après le drame. Sur la vidéo, on le voit effondré, éclater en sanglots à plusieurs reprises.

«C’était ma mère. Avec ma mère biologique, je n’avais jamais eu de bons rapports. Elle était toute couverte de sang… Elle n’a pas mérité ça… Je n’ai pas réussi à la sauver.» La journée d’hier n’a apporté aucune explication sur son comportement sur les lieux du drame.

Confrontation des expertises
Deux sœurs, un frère et deux beaux-frères de la victime déplorent que le suspect n’ait jamais daigné les contacter. Ils accentuent le trouble en affirmant que son père, aujourd’hui décédé, s’était posé la question à haute voix si l’origine de tout cela ne résidait pas dans une question d’héritage, mais «il rejetait l’hypothèse que son fils puisse être impliqué dans ce décès».

Quelques passes d’armes entre Jacques Barillon et les avocats de la défense augurent d’une suite du procès de plus en plus tendue. Demain les policiers livreront par le détail leurs constations. Puis ce sera la confrontation des expertises médicales prônant tantôt la thèse de l’accident, tantôt celle d’un meurtre. (24 heures)

Créé: 23.05.2012, 18h28

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