Lausanne innove dans les traitements du glaucome

SantéLes deux centres de compétences de la ville mènent des études cliniques pour trouver de nouvelles solutions à cette maladie aussi traîtresse qu’irréversible.

Avec ce drôle de stylo, le Prof. Mermoud peut agir sur le débit de liquide qui passe à travers l’Eyewatch.

Avec ce drôle de stylo, le Prof. Mermoud peut agir sur le débit de liquide qui passe à travers l’Eyewatch. Image: Philippe Maeder

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Un senseur qui mesure la pression oculaire en continu pendant toute une vie et un robinet qui aide à drainer le surplus de liquide qui s’accumule dans l’œil: voilà les nouveautés faisant l’objet de deux études cliniques menées par les médecins du Centre du glaucome de la Clinique Montchoisi à Lausanne.

Là où sont opérées environ 500 personnes atteintes par cette maladie irréversible chaque année. «C’est davantage que ce que fait Londres», s’enorgueillit le Pr André Mermoud, spécialiste au Centre d’ophtalmologie Montchoisi et directeur du Genolier Swiss Visio Network. L’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin n’est pas en reste: il opère un peu plus de 500 glaucomes par an sur un total de 11'700 interventions chirurgicales des yeux. Le Dr Eamon Sharkawi, chef de son Unité du glaucome, a mis au point un nouveau type d’intervention chirurgicale moins invasif et très prometteur.

Première cause de cécité irréversible en Suisse, le glaucome est une maladie qui endommage le nerf optique. La pression oculaire monte faute de drainage suffisant de l’humeur aqueuse, ce qui abîme le nerf optique. Cela altère la vision. «Le glaucome passe souvent inaperçu au début car il affecte en premier lieu la vision périphérique, explique le Prof. Mermoud. Lorsque les patients viennent consulter, le champ visuel est déjà restreint et on ne peut qu’éviter qu’il ne se rétrécisse davantage. Mais on ne peut malheureusement pas revenir en arrière.»

À risque dès 40 ans

Seul un contrôle ophtalmique effectué tous les trois ans à partir de 40 ans permet de déceler la maladie avant qu’elle ne fasse trop de dégâts. Afin de limiter sa progression, l’ophtalmologue peut agir uniquement sur la pression oculaire pour éviter qu’elle ne dépasse certaines valeurs. «Par le passé, nous ne pouvions mesurer cette pression que lorsque le patient venait consulter, explique Kaweh Mansouri, directeur du Centre de recherche sur le glaucome. Nous n’avions donc pas une vision complète de la situation.» En 2008, une lentille de contact développée par Sensimed (start-up de l’EPFL) a permis de mesurer la pression oculaire en continu pendant 24 heures.

Mais la grande nouveauté vient d’Allemagne. Un senseur, posé directement dans l’œil par une opération, permet de mesurer à vie et en continu les valeurs. «Nous sommes le premier centre de Suisse à mener une étude clinique sur ce senseur», poursuit le Dr Mansouri.

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Savoir précisément quand la pression augmente permet de mieux adapter le traitement. «Les gouttes qui permettent de la faire baisser n’agissent que pendant quelques heures, précise André Mermoud. Certaines personnes ont des valeurs normales quand elles viennent consulter, mais c’est en fin de journée et la nuit qu’elles augmentent.»

Chirurgie à la rescousse

Et lorsque les gouttes ne sont pas assez efficaces, la chirurgie s’impose. «On peut utiliser le laser pour ouvrir le canal d’évacuation du liquide. C’est lorsqu’il se bouche que la pression oculaire augmente, explique André Mermoud. On peut aussi créer un nouveau canal, mais il risque parfois de se refermer par cicatrisation.»

C’est là qu’entre en jeu le petit robinet Eyewatch. Mis au point par l’équipe du Pr Mermoud et le Pr Nikos Stergiopoulos de l’EPFL, il se loge entre la partie intérieure de l’œil et le tube d’évacuation qui draine vers l’orbite. Grâce à un aimant, sorte de stylo, l’ophtalmologue peut, sans contact, augmenter ou pas le débit du liquide à travers le système. «Nous venons d’opérer le trentième patient participant à l’essai clinique. Dans un an, nous aurons suffisamment de résultats pour demander une homologation à Swissmedic», explique le spécialiste.

Hector Costales fait partie des premiers cobayes à avoir profité de cette technologie. «J’ai découvert que je souffrais de glaucome lors d’un contrôle ophtalmique annuel. À partir de ce moment, je suis rentré dans un cercle infernal. Je prenais des gouttes, mais ma pression oculaire ne cessait de faire le yoyo. J’ai ensuite pris des médicaments par voie orale avec des effets secondaires très désagréables. Enfin, j’ai subi plusieurs interventions chirurgicales dans les deux yeux, mais à droite, le canal ne cessait de se boucher. Tous les six mois, j’étais reparti en salle d’opération.» C’est donc en désespoir de cause que ce commerçant de Conthey a accepté de se faire implanter l’Eyewatch dans l’œil droit en 2016. «Ma pression oculaire est stable et je ne ressens aucun inconfort. Sans cette technologie, ma vie aurait été un enfer car après chaque opération, j’étais en arrêt de travail plusieurs jours et je ne pouvais pas me le permettre.»

Opération sur des bébés

Autre méthode: celle mise au point par le Dr Eamon Sharkawi à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin. «L’opération consiste à entrer par une petite incision cornéenne dans le canal de drainage de l’humeur aqueuse avec un microcathéter illuminé. Celui-ci permet de dilater ou d’ouvrir le canal sur 360 degrés, sans endommager les tissus adjacents, explique le spécialiste. Nous ne créons plus de trou dans l’œil comme par le passé et n’introduisons plus d’implants qui risquent de s’infecter ou de s’explanter à long terme. Le plus grand avantage est que le fluide intraoculaire peut se drainer à nouveau par la voie physiologique. J’ai opéré plus de 400 patients avec cette nouvelle technique dont, pour la première fois en Europe, des bébés et des enfants. Nous avons obtenu de bons résultats sans aucune complication majeure pouvant menacer la vision. La majorité des patients n’ont plus besoin de mettre leurs gouttes.»

Fort du succès de cette opération, Eamon Sharkawi mène son étude avec les deux autres centres américains qui la pratiquent. «Nous cherchons à savoir avec quel sous-type de glaucome cette intervention marche le mieux. Elle est efficace dans environ 90% des cas, surtout si elle est pratiquée avant que les tissus autour du canal d’évacuation soient déjà trop endommagés.» (24 heures)

Créé: 10.12.2017, 08h29

Symptômes

Une maladie complexe qui ne pardonne pas

Le glaucome se présente sous différentes formes. Il peut être à angle ouvert, ce qui signifie que la fermeture du filtre d’évacuation (le trabéculum) se fait progressivement. Le patient ne se rend compte de rien car sa vision s’altère très progressivement et cela commence par la périphérie. Ce type de glaucome est le plus fréquent.

Celui dit à angle fermé survient brutalement lorsque l’iris se colle au filtre d’évacuation. La vision s’altère d’un coup et c’est très douloureux. Il s’agit d’une urgence ophtalmique. La maladie touche principalement les personnes de plus de 40 ans et plus l’âge avance, plus la probabilité de souffrir du glaucome augmente.

Cela s’explique simplement: la maladie est la conséquence du vieillissement du canal d’évacuation. Environ 2,5% de la population suisse est touchée. Les nouveau-nés peuvent toutefois aussi souffrir du glaucome congénital, qui nécessite une intervention chirurgicale d’emblée.

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