1834: Arlaud, prophète en son pays

250 ans dans la vie des VaudoisL’Urbigène est l’homme grâce à qui le canton a ouvert son premier musée d’art et sa première école de dessin

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L’homme lui-même, on l’a un peu oublié et c’est bien injuste! Les Lausannois prononcent pourtant souvent son nom puisqu’il fait partie de la toponymie de leur ville. Ils vont voir des expositions à l’Espace Arlaud, empruntent les escaliers Arlaud ou traversent la place Arlaud. Et Marc-Louis dans tout cela? Sans lui, l’histoire de Lausanne n’aurait sûrement pas été tout à fait ce qu’elle est.

En plus de sa libre-pensée et de son franc-parler (la France napoléonienne ne l’a-t-elle pas expulsé de l’empire pour délit d’opinion contre le régime?), l’homme avait assurément la fibre civique bien développée. C’est en effet grâce à ses largesses que Lausanne étrennera, en 1841, son premier musée d’art. Or, si l’on s’en tient aux musées exclusivement voués aux beaux-arts, il est le deuxième plus ancien de Suisse après le Musée Rath de Genève, ouvert en 1826 grâce à la générosité des sœurs Rath. Soit la même année que la Pinacothèque de Munich, qui peut être considérée comme le premier grand musée européen de peinture. Berne suivra Lausanne de près, en 1843, et Zurich en 1847.

Portraitiste et enseignant

Mais le musée n’est pas le seul objectif d’Arlaud. Depuis son atelier de peintre portraitiste, où il donne aussi des cours, il assiste, navré sans doute, aux tentatives laborieuses de l’Etat de se doter d’une école cantonale de dessin. Pour la créer, le canton a sollicité dès 1804 le fameux aquarelliste Abraham-Louis Ducros, qui faisait une brillante carrière en Italie.

D’abord peu tenté, l’Yverdonnois finit par rentrer au pays en 1808 – à vrai dire poussé par les troubles politiques qui le privent de clients et le font soupçonner de jacobinisme. Il ouvre une classe chez lui, à la Cité-Derrière, mais il ne reçoit qu’un bien maigre soutien de la part des autorités, avant de mourir deux ans plus tard.

L’école ne rouvre ses portes qu’en 1822 (Genève a la sienne depuis 1748) dans les nouveaux locaux de l’Académie. Elle porte désormais le nom d’Ecole cantonale de dessin. Et c’est Marc-Louis Arlaud qui en devient le premier directeur.

Mais revenons à notre année 1834. Pourquoi est-elle restée dans les annales lausannoises? Parce que c’est en cette année-là qu’Arlaud décide de couper court aux tergiversations de l’Etat. Devenu souverain en 1803, ce dernier a pris conscience qu’il est temps de se doter d’institutions culturelles dignes de lui et de son chef-lieu, mais tarde à concrétiser les choses. Le peintre lui fait don de 34?000?francs pour qu’il construise un édifice qui réunisse sous un même toit une école (les locaux de l’Académie sont devenus trop petits, depuis qu’ils accueillent aussi les demoiselles) et un musée des beaux-arts.

Conjuguant leurs efforts, l’Etat verse un complément financier et la ville offre le terrain, tout en se réservant les deux étages inférieurs pour y loger des classes primaires. Construit dans un style néoclassique austère et bien proportionné, le Musée Arlaud est inauguré sur le flanc sud de la place de la Riponne, en 1841.

Il sera vite trop exigu et c’est grâce à la générosité d’un nouveau mécène, Gabriel de Rumine, que le musée des beaux-arts traversera la place pour prendre ses quartiers au Palais de Rumine en 1906.

L’Ecole des beaux-arts, elle, restera à la Riponne jusqu’en 1964, date à laquelle elle descend à l’avenue de l’Elysée, avant de s’installer en 2007 à Renens. Quant à l’ancien bâtiment Arlaud, qui a accueilli entre-temps des cours professionnels, il sera enfin, dans un état de vétusté critique, restauré en 1997 pour retrouver, sous le nom d’Espace Arlaud, sa belle prestance et sa vocation culturelle. Mais, devenu le ballon d’oxygène des musées cantonaux tous à l’étroit au Palais de Rumine, il assume un statut si hybride et une mission si plurielle qu’il n’a plus guère d’identité propre. Il fait aujourd’hui l’objet de convoitises et projets divers, dont on peut espérer que l’un d’eux finira par rendre à Arlaud ce que visait Arlaud: non plus juste ce rôle de bouche-trou au coup par coup, mais bien d’acteur culturel à part entière dans la cité.

Sources: «Cette école d’art», Ed. Iderive, 1983.Chefs-d’œuvre du Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne, 1989. (24 heures)

Créé: 15.04.2012, 21h03

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Un citoyen mécène

Etonnant destin que celui de cet enfant d’Orbe qui donna son argent et son nom au premier musée d’art de Lausanne.
Né en 1772, Marc-Louis Arlaud commence sa formation dans l’atelier de cousins miniaturistes à Genève. En 1797, il monte à Paris où, dès 1799, il suit l’enseignement du chef de file néoclassique Jacques-Louis David.
En 1811, le régime napoléonien l’expulse de France pour délit d’opinion. Il ouvre alors à Lausanne son atelier de portraitiste et de professeur de dessin.
En 1822, il devient le premier directeur de l’Ecole cantonale de dessin.
En 1834, célibataire sans descendance, il offre ses économies à l’Etat pour édifier le premier musée d’art lausannois avec l’école de dessin, et demande qu’en échange une rente lui soit versée jusqu’à sa mort. De 1841 à 1844, il est le premier directeur du musée.
A sa mort en 1845, son testament révèle qu’il lègue encore au gouvernement vaudois 2500 fr. pour commander au peintre Charles Gleyre un tableau dédié au major Davel. C’est donc grâce à lui – encore une première – que l’Etat de Vaud passe sa première commande à un artiste.

Cette année là...

Winterthour Johann Jakob Sulzer-Neuffert fonde la Fabrique de machines Sulzer.
Brevets L’Américain Cyrus McCormick met au point la moissonneuse-lieuse mécanique, tractée par des chevaux, alors que son compatriote Jacob Perkins peaufine la machine à fabriquer de la glace.
15 avril A Lyon, la deuxième insurrection des Canuts est matée brutalement: plus de 600 morts et 10 000 prisonniers, qui seront condamnés à la prison ou à la déportation.
Abolitions L’Espagne renonce à l’Inquisition, le Portugal à l’esclavage.

Le palais de Westminster en flammes

Le 16 octobre 1834 à Londres, le palais abritant la Chambre des communes et la Chambre des lords du Royaume-Uni est presque totalement détruit par le feu. Le peintre anglais William Turner (1775-1851) en tire un tableau saisissant, à la limite de l’abstraction. (Image: PHILADELPHIA MUSEUM OF ART/CORBIS)

2,1

En hectares, la surface de terrasses de vigne que la commune de Lausanne fait réaménager dès 1834 dans son domaine de Dézaley de Hautcrêt, dit Dézaley d’En Haut (par opposition à celui d’En Bas, devenu le Clos des Abbayes), qui avait pratiquement été laissé à l’abandon. Les travaux, pénibles dans ces pentes à plus de 30%, dureront jusqu’en 1839. Patrimoine de la Ville (le plus important propriétaire viticole public de Suisse) depuis 1803, ce vignoble deviendra Clos des Moines en 1912.

gsd

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