1980: Lôzane l’insoumise

250 ans dans la vie des VaudoisLe mouvement de jeunes bouge dans l’espoir d’obtenir un centre autonome

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«Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim se paie par le risque de mourir d’ennui.» A l’automne, le mouvement né quelques mois plus tôt se met en marche. Les jeunes «de 14 à 30 ans» se sentent mal à Lausanne. Inspirés par les récents événements zurichois, ils veulent la liberté, un endroit où vivre leur culture, sans contrôle, sans police. Dans les rues, des centaines d’entre eux défilent sans autorisation, ce samedi 27 septembre. Ils sont partis calmement de la Palud. Mais dès la rue Caroline, puis la rue de Bourg, des cris se font entendre. Des devantures sont sprayées, une vitrine de banque démolie. Les appels au calme des manifestants ne sont pas entendus par les casseurs.

A Beaulieu, où se tient le Comptoir, la police fait barrage. L’échauffourée ne peut plus être évitée. Elle envoie les gaz lacrymogènes sous les injures des manifestants. Dans la mêlée, certains d’entre eux sont arrêtés sans ménagement. «Une «baraque» en civil agrippe un jeune et commence à le «fracasser» contre un mur. La vox populi gronde doucement», décrit le jeune stagiaire de 24 heures.

La manif du 27 septembre sera suivie par une dizaine d’autres tout au long de l’automne. Certaines sont qualifiées de «guérilla urbaine». Police et manifestants s’affrontent. Jets de pierres, de boulons, de matériel de chantier d’un côté, matraques et bombes lacrymogènes de l’autre.

Non à la politique

Face aux événements, les commentaires de la presse sont divers. La Gazette de Lausanne met l’accent sur les dégâts et le désarroi de la Municipalité, dont Jean-Pascal Delamuraz est le syndic. 24 heures et la Tribune-Le Matin décrivent les violences faites aux manifestants et cherchent le sens profond de cette insurrection menée par un mouvement encore «très vague». Lôzane bouge n’est pas politisé. L’extrême gauche aimerait rallier les jeunes en colère. En vain, car ils veulent exprimer leur «ras-le-bol» face à l’ordre établi et tout schéma politique est ressenti comme un emprisonnement.

Très vite, un groupe d’adultes, formé de personnes issues de l’extrême gauche et proches par leurs métiers de la mouvance, se réunit en un «Collectif de défense» pour venir en aide aux manifestants. Parmi eux, l’ancienne députée Anne-Catherine Menétrey, qui rédigera, un an après les événements, une chronique intitulée La vie… vite (Editions d’En Bas). L’ouvrage tente de définir l’esprit de Lôzane bouge, fêtard et bon enfant, mais aussi empli d’amertume au sein d’une ville jugée hermétique à la jeunesse.

Au nom du Collectif, Anne-Catherine Menétrey s’essaye aussi à en faire le portrait, sans pouvoir toutefois la catégoriser: «Ce ne sont probablement pas des fils à papa et sûrement pas, en majorité, des intellectuels.» Elle explique: «Pour les avoir côtoyés plus d’une fois, nous avons été frappés par la jeunesse de la plupart et par le fait que la majorité d’entre eux était totalement novice, inconnue les uns des autres.» Selon un sondage effectué par le Collectif auprès de 114 témoins, 55% avaient moins de 20 ans. En dépit des arrestations, des poursuites judiciaires et des condamnations, le Centre autonome naît au printemps 1981 à la rue Saint-Martin, dans des locaux décrits comme «parfaitement sordides» par la Gazette de Lausanne. Il deviendra, à l’automne, le Cabaret Orwell, un lieu de rencontre où des concerts et des projections de cinéma ont lieu.

Mais l’endroit, trop vétuste, n’est pas appelé à durer. Un an plus tard, des jeunes persévèrent en faveur d’un lieu de culture alternative à Lausanne, dont Jean-Marc Richard. Ils fondent le Koprock. Ils vont nouer un vrai dialogue avec la Municipalité, dont le nouveau syndic, Paul-René Martin, montre davantage d’ouverture que Jean-Pascal Delamuraz. Enfin, le 12 avril 1985 s’ouvre la Dolce Vita, qui deviendra une vraie scène du rock, jusqu’en 1999. (24 heures)

Créé: 11.11.2012, 22h29

Dossiers

Des policiers brutalisent un membre de Lôzane Bouge, qui a un bras dans le plâtre. (Image: YVAN MURISET/CYBERPHOTO)

Cette année là

24 avril  Un raid héliporté pour libérer des otages américains échoue dans le désert iranien.
18 mai L’éruption du mont Saint Helens, aux Etats-Unis, fait 57 morts, asphyxiés.
31 mai Première manif contre la rénovation de l’Opéra de Zurich. Les émeutes durent tout l’été.
5 juillet La Mauritanie abolit officiellement l’esclavage.
Septembre Déclenchement de la guerre Iran-Irak. Fondation du syndicat d’opposition Solidarnosc en Pologne.
4 novembre Ronald Reagan élu président des Etats-Unis.

Kousmine explique sa méthode

La doctoresse Catherine Kousmine, 76 ans, publie son premier livre, Soyez bien dans votre assiette jusqu’à 80 ans et plus, mettant en lumière le lien entre alimentation et santé. Née en Russie, dans une famille qui s’exile en Suisse en 1918, elle a fait ses études à Lausanne. (Image: ALAIN BETTEX/ARCHIVES CANTONALES VAUDOISES/FONDS EDIPRESSE)

16,9

En kilomètres, c’est la longueur du tunnel routier du Saint-Gothard, entre Göschenen (canton d’Uri) au nord et Airolo (Tessin) au sud, ce qui en fait le troisième plus long du monde. Il ouvre le 5 septembre 1980, au terme de dix ans de travaux. Avec un trafic de plus de 6,2 millions de véhicules en 2011, dont plus de 900 000 camions – au-delà des 160 millions de véhicules depuis l’ouverture – le Gothard est le plus important axe nord-sud du pays, emprunté par près de 60% des véhicules qui franchissent les Alpes suisses.

gsd

La fin des illusions

«Aime-toi mon cher, autant que tu peux!» Robert était venu, au-dessus d’Almora, dans une vallée himalayenne du nord de l’Inde, pour visiter un vieil Allemand devenu lama, auteur de trois livres sur le bouddhisme tibétain. Mais le sage Govinda ne souriait plus dans son refuge, sur cette colline face au sommet immaculé de la Nanda Devi. Un tulku* de remplacement avait appris au voyageur à dire quatre mots porteurs de vérité, un petit mantra à prononcer un million de fois avant de revenir le voir. Tout avait commencé par un verre de thé au beurre de yak salé et au fumet rance. Juste après avoir appris que le vieil Occidental, tombé dans la vie contemplative, s’en était allé soigner son Parkinson en Californie.

Pour Robert, qui venait de vivre la dernière belle saison au milieu de génisses sur un pâturage préalpin, ça commençait à faire beaucoup. Aussi prit-il la décision de redescendre dans les vallées, de regagner les plaines, de poursuivre son exploration vers l’est avec, pour point de mire, un Nouvel-An tibétain, à la lune de février, du côté de Rumtek, au Sikkim. Il marchait ainsi vers la rivière, perdu dans ses pensées – la pratique de la méditation ne l’ayant pas encore nettoyé de toutes les impuretés. Lorsque quelqu’un qu’il croisait le héla, lui demandant s’il connaissait la nouvelle. Depuis des semaines, il vivait sans dépêches et la mort de John Lennon, abattu au pied de son immeuble new-yorkais, se logea au milieu de sa poitrine, dans la région du sternum, et ne voulut plus en redescendre.

Les portables n’existaient pas. Le voyage sans billet de retour dans la poche faisait encore recette… Joplin, Hendrix et Morrison avaient, si l’on veut, choisi de partir. Pas Lennon, qui mangeait en souriant dans la main de Yoko Ono. Imagine que tous ces gens ne soient pas morts pour rien et qu’en ces années, déjà mordues par le punk, l’amour ait encore eu valeur de refuge.

* Religieux reconnu comme réincarnation d’un maître ou d’un lama disparu

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L’idée d’une rencontre purement sexuelle sans aucun engagement peut paraître séduisante, mais une petite mise au point s’impose.

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