Le 30km/h la nuit, une affaire de santé publique
MobilitéUn grand plan de régulation du trafic est attendu pour cet automne. Il repose sur l’ordonnance fédérale de protection contre le bruit. La tendance est nationale.
L’idée est dans l’air, elle pourrait se concrétiser dans les mois à venir. La Municipalité de Lausanne souhaite présenter un plan de modération du trafic, notamment la nuit, à 30 km/h. Dans le sillage du test mené sur les avenues Vinet et de Beaulieu depuis juin 2017, les autorités entendent limiter la vitesse nocturne des automobilistes, même sur les grands axes. Après consultation des milieux concernés, précise Florence Germond, municipale lausannoise en charge de la Mobilité. Ceux-ci regroupent les associations d’automobilistes mais aussi de cyclistes et l’Association transports et environnement (ATE). «Les résultats intermédiaires de nos tests ont démontré qu’en abaissant la vitesse de 50 km/h à 30 km/h la nuit les émissions sonores peuvent être réduites d’environ 3 dB, ce qui correspond à une réduction de moitié du bruit généré par le trafic routier.»
Dans les faits, de nombreux quartiers sont déjà sujets à la modération de trafic: 43% des routes sont actuellement en zone 30. Et celles-ci vont encore être étendues, voire intensifiées. «Nous souhaitons proposer cet automne un plan de développement des zones 30 et de rencontre», lâche l’élue. Ces dernières devraient se faire remarquer ces prochains mois, puisque la Ville leur donnera un tout nouveau look qui marquera l’entrée en territoire où les piétons sont rois.
Mais Florence Germond veut aller plus loin en s’attaquant aux grands axes, aux artères principales de la ville. Les plus chargées. Pas pour en faire des zones 30 (suppression des passages pour piétons, priorité de droite, etc.). Mais simplement pour qu’on y roule plus lentement. Rappelons que dès 50 km/h les pneus font davantage de bruit que les moteurs. Les voitures électriques ne sont donc pas une alternative crédible. La socialiste croit au double effet bénéfique que peut avoir sa politique. Sur la fluidité du trafic, mais surtout sur la santé. «Ce n’est pas du point de vue de la circulation qu’il faut uniquement voir cette limitation de vitesse. C’est un enjeu de santé publique (lire encadré).»
Ce plan de ralentissement général est le fruit d’une collaboration avec l’État. C’est en effet lui qui aura la charge de mettre à l’enquête la mesure lorsque celle-ci sera finalisée et officialisée. Laurent Tribolet, chef de la Division entretien à la Direction générale de la mobilité et des routes, constate que cette limitation «est un frein pour ceux qui utilisent le domaine public en générant des nuisances équivalentes à celles d’un circuit de course». Et qui produisent des pics de bruit particulièrement nuisibles au sommeil. Et dans le cas de ces pics, «le revêtement phonoabsorbant n’absorbe pas le bruit», relève-t-il. Pour autant, il ne juge pas le plafonnage à 30 km/h comme étant la solution miracle. «C’est un outil parmi d’autres. Le phonoabsorbant en est un autre. Il marche très bien, par exemple à la sortie de Lutry ou à Prilly, près de Cery. Mais dans des rues en pente, sa durabilité, sa résistance à l’abrasion n’est pas bonne.»
Zurich, Zoug et Genève aussi
La démarche n’est pas une lubie des autorités de gauche de la capitale vaudoise. En décembre dernier, à Lausanne, six habitants de six quartiers différents ont d’ailleurs lancé une pétition (1531 signatures) demandant le 30 km/h nocturne en bas de chez eux.
Mais surtout, depuis le 31 mars 2018, les collectivités publiques dont les routes produisent des décibels hors normes sont attaquables en justice par les citoyens, en conformité avec l’ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit. À noter que 25% du territoire lausannois est hors des limites légales fixées par cette ordonnance.
Ailleurs en Suisse, nombreux sont ceux qui songent aux mêmes remèdes que Florence Germond. «Plusieurs Villes ont déjà mis à l’enquête des abaissements de vitesse généraux à 30 km/h sur des axes principaux afin de contribuer à l’assainissement du bruit, comme Zoug, Zurich ou encore Bâle, rappelle l’élue. Le Tribunal fédéral en a validé le principe, les estimant compatibles avec le cadre juridique et non disproportionnés.» Genève a aussi annoncé des tests sur certaines de ses artères.
La socialiste est déterminée lorsqu’il s’agit de modifier la mobilité de sa ville. Depuis qu’elle a repris ce domaine il y a deux ans, les mesures s’enchaînent. Souvent à la faveur des piétons et des cyclistes. Et non sans provoquer la colère. Par exemple lorsque, durant l’été 2017, la Ville a supprimé la gratuité du stationnement durant la pause de midi dans l’hypercentre et qu’elle a rendu payants les grands parkings de Bellerive. Une pétition qui conteste ces mesures avait récolté 10'000 signatures en quelques jours. Côté politique, la droite dénonce régulièrement les mesures prises par l’élue.
Il y a quelques jours, la décision des autorités d’affecter l’argent des parkings à un fonds général pour la mobilité douce a été contestée par le Tribunal cantonal. C’est la droite lausannoise qui avait fait recours (lire encadré).
Mais Florence Germond semble déterminée à poursuivre sa politique. «Je suis élue sur un programme et je le mets en musique. Je ne suis pas là pour faire joli mais pour faire des changements», assène-t-elle.
Créé: 27.03.2019, 06h41
Un recours «sans conséquence»
En juin dernier, la droite lausannoise s’était offusquée de voir la Municipalité faire passer sans sourciller l’argent du stationnement lausannois dans un fonds pour la mobilité. Au lieu de servir à éponger les coûts que provoquent les parkings publics. Un nouvel impôt, en somme, dénonçait la droite, qui a attaqué la mesure en justice. Le Tribunal cantonal a admis ce recours tout récemment. Pourtant, face aux élus quelques jours plus tard, Florence Germond affichait un sourire en coin.
«À la lecture attentive de la décision de justice, dit-elle, on se rend compte que Lausanne était en réalité trop bonne élève en la matière. En fait, depuis des années, nous attribuons tout l’argent du stationnement à son financement. Le jugement indique que ce ne sont en réalité que les recettes des horodateurs qui doivent obligatoirement couvrir les charges des parkings. Pour les autres types de stationnement, la couverture totale des coûts n’est pas sollicitée.» Circulez, donc.
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