4,48 millions pour une ville de Lausanne moins bruyante

TraficLes élus ont débloqué l’argent nécessaire à la mise en place du 30 km/h la nuit. Le sort des urgences préoccupe alors que 30 000 habitants devraient mieux dormir.

Un panneau installé dans la rue qui relie la Riponne au centre des Congrès de Beaulieu lors du test inital.

Un panneau installé dans la rue qui relie la Riponne au centre des Congrès de Beaulieu lors du test inital. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est une révolution de sa mobilité nocturne que Lausanne vivra. La nuit, les automobilistes seront bientôt amenés, sur une grande partie du territoire, à rouler à 30 km/h. La mesure présentée il y a quelques mois passait mardi soir à la moulinette du Conseil communal. Celui-ci ne s’est pas privé d’en débattre, durant deux heures.

De quoi parle-t-on au juste ? D’une limitation de la vitesse routière entre 22h et 6h et, plus généralement, de mesures qui visent à diminuer le bruit causé par la circulation routière. Ce, pour respecter l’Ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit.

Plus de 10 ans de démarches

La mesure puise ses origines chez une élue socialiste, Anne-Françoise Decollogny. Elle œuvre depuis plus de dix ans pour limiter les nuisances sonores des voitures, via des interventions au Conseil communal. Riveraine des axes Vinet-Beaulieu, elle avait déjà accueilli avec bonheur le test mené par Lausanne qui entendait documenter l’effet de la limite nocturne combinée à la pose de bitume phono-absorbant. Ses résultats, livrés il y a quelques mois, se sont avérés si concluants qu’ils fondent désormais la politique cantonale en la matière.

Les auteurs de la pétition qui demandait que 18 rues de la ville soient mises au régime du 30 à l’heure nocturne sont aussi à la fête, puisque la politique lausannoise englobe tous les secteurs visés. Louis Dana, relais socialiste des pétitionnaires au Conseil communal, s’est dit heureux de la mise en place d’une politique qui «protège le sommeil et la santé publique».

Le PLR, historiquement méfiant à l’égard de mesures qui brident les conducteurs, s’est laissé convaincre. L’élu Xavier de Haller, secrétaire général de la section vaudoise de l'Automobile Club, reconnaît que «la pollution sonore est un fait. C’est acté et la jurisprudence ainsi que la loi fédérale admettent qu’on abaisse la vitesse pour lutter contre le bruit.» En effet, face à des collectivités publiques obligées d’agir contre cette pollution, des juges ont admis dans les derniers mois que ce type de politique publique collait aux exigences légales.

Les feux clignoteront en orange

Le libéral-radical a cependant émis des doutes. Lausanne, avec sa mesure, défriche un type d’action inédit à l’échelle du pays. Problème: les règles applicables aux véhicules d’urgence lors d’interventions ne sont pas claires. Et devront être adaptées au niveau fédéral. Chose qui pour l’heure, et malgré des démarches au parlement, fait défaut. Que feront ces véhicules lorsque la limite quasi générale sera en vigueur? Tous les élus ont rejoint les inquiétudes formulées.

Une première mesure palliative, acceptée via un amendement, exige que les feux de circulation soient mis en veille (orange clignotant) sur les tronçons concernés par la limite nocturne.

Au sein de la gauche radicale, cette entente socialiste-Verts-PLR inquiète. On considère que c’est le signe que le projet ne vas pas assez loin. Claude Calame l’a résumé: «Au moment où nous élaborons un plan climat, nous sommes en droit d’attendre une limitation sur tout le territoire et 24 heures sur 24.» Il avait auparavant déploré que les études menées ne disent rien de l’impact que le ralentissement des véhicules est susceptible d’avoir sur la qualité de l’air. Il a été rejoint par son collègue de groupe, Johann Dupuis: «La seule option de gauche, c’est l’interdiction de la voiture au centre ville.»

A l’autre extrême, au PLC, Philip Stauber a estimé que les 4,48 millions demandés étaient de «mauvaises dépenses». Pour lui, il suffirait d’augmenter les contrôles visant les véhicules qui font trop de bruit pour assainir la ville de cette pollution.

33'000 personnes concernées

La municipale socialiste Florence Germond, pilote de cette stratégie de la Ville, a rappelé que la Confédération estime à 1 million le nombre de personnes qui sont touchées par un bruit routier au-dessus de valeurs légalement acceptables. A Lausanne, 33'000 personnes verront ainsi leur sommeil et potentiellement leur santé être améliorés.

Elle a indiqué qu’environ 85 km de voirie sont touchés par cette mesure. Mais qu’une part faible (10%) du trafic est concernée, le reste se déroulant de jour. Sa politique devrait donc susciter un «minimum de gêne auprès des automobilistes», souligne-t-elle.

Pour mettre en place cette limite inédite, environ 700 panneaux fleuriront un peu partout sur le territoire. Au début de chaque tronçon concerné et après chaque intersection. Ils seront accompagnés de «panneaux indicatifs» (autrefois appelés «radars pédagogiques») qui, smiley à l’appui, informeront les automobilistes de leur dépassement ou respect de la limite.

Créé: 26.11.2019, 22h25

Articles en relation

Le 30km/h la nuit, une affaire de santé publique

Mobilité Un grand plan de régulation du trafic est attendu pour cet automne. Il repose sur l’ordonnance fédérale de protection contre le bruit. La tendance est nationale. Plus...

Vaud s’arme contre le bruit nocturne de ses routes

Circulation Lausanne lance sa limite générale nocturne à 30 km/h. Montreux et Cossonay s’y mettront aussi. Partiellement. Plus...

Deux avenues serviront de labo à la lutte contre le bruit du trafic

Lausanne La limitation à 30 km/h la nuit est inédite et constituera peut-être le socle d'une politique généralisée de limitation de la vitesse sur les axes à fortes nuisances sonores. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.