A Lausanne, c’est au tribunal qu’on conserve le patrimoine

UrbanismeEn 1 an, la Municipalité a refusé plus de permis de construire que durant les cinq années précédentes. Elle est soutenue par les juges fédéraux.

La Villa Orange, à l'avenue Saint-Paul 4, a été sauvée par le Tribunal Fédéral en juin 2017. Il a tranché en faveur de la ville de Lausanne qui avait refusé sa démolition. Elle ne sera pas remplacée par un immeuble de 24 logements.

La Villa Orange, à l'avenue Saint-Paul 4, a été sauvée par le Tribunal Fédéral en juin 2017. Il a tranché en faveur de la ville de Lausanne qui avait refusé sa démolition. Elle ne sera pas remplacée par un immeuble de 24 logements. Image: Odile Meylan

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«Je suis convaincu que si nous voulons que les gens adhèrent au développement de la ville, il faut que nous soyons en même temps extrêmement attentifs au patrimoine. Ce sont les deux bras d’une même politique.» Le syndic de Lausanne, Grégoire Junod, a décidé de faire de la protection du patrimoine une priorité. Il se démarque ainsi de décennies où démolitions et reconstructions ont eu lieu sans que les autorités n’y mettent trop souvent leur nez.

Un signe de ce changement de cap? Depuis juillet 2016, davantage de permis de construire ont été refusés que durant les cinq années précédentes. Grégoire Junod assume pleinement. Mais il nuance: «Les projets concernés se comptent sur les doigts des mains. Plusieurs centaines de permis de construire sont acceptés chaque année. De nombreux propriétaires sont tout à fait respectueux du patrimoine.»

Les autorités se sont par exemple opposées – en refusant le permis de construire au propriétaire – à 24 logements projetés à l’avenue Saint-Paul 4 ou encore à un immeuble de 20 logements qui devait remplacer deux bâtiments aux Fontenailles, au sud de Lausanne. Pour Saint-Paul 4, le Tribunal fédéral a tranché en faveur de la Ville et a insisté sur l’autonomie communale en matière de protection des ensembles bâtis. Il a «rappelé au Tribunal cantonal qu’il n’avait pas à se substituer à la Municipalité dans son examen du dossier», relève Grégoire Junod.

«La justice met le doigt sur la nécessité, pour les communes, d’être responsables de leur patrimoine»

Fin mai, la Ville de Lausanne a par ailleurs perdu au Tribunal cantonal. Elle avait refusé la démolition du Café du Tramway, sis à la Pontaise. Le Tribunal cantonal a donné raison au propriétaire. La Ville fait actuellement recours auprès du Tribunal fédéral et s’appuiera assurément sur le cas de Saint-Paul 4. Idem pour les Fontenailles.

Le conservateur cantonal, Laurent Chenu, voit ces évolutions lausannoises d’un très bon œil. «La justice met le doigt sur la nécessité, pour les communes, d’être responsables de leur patrimoine. Beaucoup de communes n’en ont malheureusement pas conscience. Lausanne y est désormais très attentive.» Le conservateur rappelle que pour les bâtisses en note 3 et 4 au recensement architectural, il incombe aux communes de requérir l’expertise du Canton pour qu’il les aide à juger de la nécessité de les sauvegarder ou non. Il rejoint le syndic de Lausanne sur un autre point: «La conservation n’est absolument pas incompatible avec le développement. Quand on fait avec, en intelligence, cela donne souvent des résultats magnifiques», dit le spécialiste.

«Respecter l’identité des quartiers»
L’élu communal Vert Valéry Beaud n’est plus à convaincre. Il a, en 2014 déjà, mis la pression sur les autorités pour qu’elles sauvent le Café du Tramway. «Je voyais dans mon quartier du nord-ouest de Lausanne plusieurs démolitions qui touchaient à des ensembles. Je suis évidemment pour la densification mais elle doit se faire dans le respect de l’identité des quartiers.» Pour Grégoire Junod, la question de la densification ne se pose même pas dans les cas qu’il a choisi de défendre. «A l’échelle de l’agglomération, ce sont de tout petits projets. Et admettre le principe de densification en ville ne veut pas dire renoncer à toute protection du patrimoine.»

Valéry Beaud, satisfait de «l’oreille attentive» que prête la Municipalité actuelle au combat qu’il a lancé il y a trois ans, se réjouit surtout de voir les règles communales évoluer dans le même sens. Pour l’heure, les autorités n’ont guère d’autre choix que de refuser les permis de construire lorsqu’elles l’estiment nécessaire, tout en développant un large argumentaire. Une méthode qui continuera très probablement à les emmener au tribunal. «Ou qui va inciter les propriétaires à bien soigner l’aspect patrimonial de leurs projets», espère Valéry Beaud.

Vers un nouveau cadre
Ce n’est qu’en 2021 que les demandes de permis seront potentiellement elles-mêmes restreintes. Ce, dans le cadre de la révision du plan général d’affectation. Il appartiendra aux élus lausannois de donner un nouveau cadre, plus ou moins contraignant.

Il en est déjà un qui promet de ne pas laisser faire. Guy Gaudard, PLR, député et entrepreneur lausannois, conteste régulièrement les pratiques des autorités en matière de logement. Pour lui, les refus de permis de construire constituent une «ingérence dans le cadre du libre commerce de l’immobilier». Il dénonce aussi une tendance à vouloir protéger exagérément le bâti. «Nous ne sommes pas obligés de conserver autant d’immeubles d’une même époque. Deux ou trois bâtiments emblématiques par époque suffisent. Idem pour les vieux bistrots, on en a assez!» Il suggère aussi à la Ville de racheter les biens qu’elle empêche d’être valorisés. «Et qu’elle les préserve à ses frais.» (24 heures)

Créé: 14.08.2017, 19h45

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