Après 107 ans d’idylle, le lac pourrait perdre son «Etoile»

PatrimoineLe propriétaire de ce canot historique est prêt à le donner pour éviter qu’il ne finisse en copeaux.

Pierre-Henri Loup (à gauche), dont la famille est propriétaire de l’«Etoile» depuis sa construction, et Jean-Martial Mercanton (à droite) espèrent que des passionnés sauveront leur canot.

Pierre-Henri Loup (à gauche), dont la famille est propriétaire de l’«Etoile» depuis sa construction, et Jean-Martial Mercanton (à droite) espèrent que des passionnés sauveront leur canot. Image: Chantal Dervey

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Les deux vénérables dames du lac se font presque face dans les eaux d’Ouchy. D’un côté trône la Suisse, fleuron de la flotte Belle Epoque de la Compagnie générale de navigation (CGN). De l’autre somnole la discrète Etoile, canot à moteur coincé entre ses deux voiliers de voisin. Le vapeur et le bateau de plaisance ont en commun d’avoir épousé le Léman en 1910 mais pourraient être prochainement contraints à la séparation.

Propriété de la famille Loup depuis sa construction et originellement conçu pour le transport de personnes, l’Etoile est menacé. Pierre-Henri Loup et son «fils spirituel», Jean-Martial Mercanton, n’ont plus le temps ni la force de s’en occuper. Le premier est gêné par des pépins physiques tandis que le second est déjà bien occupé par sa fonction de capitaine au sein de la CGN. Si bien qu’ils sont prêts à céder gracieusement l’Etoile pour ne pas avoir à le réduire en copeaux.

Manque de considération

Alors qu’il s’agit du deuxième plus ancien canot à moteur du lac, juste derrière le Gilliatt, propriété de l’Association Patrimoine du Léman, sa possible destruction fait froncer quelques sourcils. «Nous ne sentons pas une réelle volonté de préserver ce genre de bateaux. Il n’existe pas de statut historique comme c’est le cas pour les voitures anciennes, regrette Jean-Martial Mercanton. Nous aimerions un peu plus de reconnaissance mais, malheureusement, le lac est souvent vu comme un milieu de riches qui n’ont pas besoin de soutien. En réalité, pour y passer du temps, il faut d’abord en être amoureux.» Pour ces passionnés, le pire des crève-cœur serait d’ailleurs de voir l’Etoile s’éteindre et pourrir dans un coin du port.

«C’est regrettable que ces bateaux ne soient pas mieux protégés car il y aurait une belle histoire de la navigation sur le Léman à raconter»

Sensibilisé à la situation du canot, le Musée du Léman n’a malheureusement pas la place de l’accueillir pour le présenter au public. L’établissement dit d’ailleurs décliner une quinzaine de propositions par an. «C’est regrettable que ces bateaux ne soient pas mieux protégés car il y aurait une belle histoire de la navigation sur le Léman à raconter, déplore le conservateur Lionel Gauthier. En France, par exemple, il existe des mesures spécifiques. Les frais d’entretien pour les bateaux de collection sont déductibles des impôts et ils sont privilégiés pour trouver une place dans les ports.» Le conservateur indique néanmoins que des discussions sont en cours avec le Canton, «sans savoir sur quoi elles pourraient déboucher».

Concrètement, la réflexion porte sur l’inscription de certaines barques à l’inventaire du patrimoine mobilier en mains privées, un registre instauré par la loi sur le patrimoine mobilier et immatériel (LPMI), entrée en vigueur en mai 2015. «Nous attendons que les porteurs du dossier nous transmettent une liste de barques mais il faut comprendre que cette inscription offrirait surtout une protection symbolique, précise Ariane Devanthéry, du Service des affaires culturelles de l’Etat. En cas d’inscription, le Canton peut soutenir les propriétaires ou aider à la sauvegarde des barques, mais il ne s’agit pas de les stocker ou de les exposer.»

En attendant, l’Etoile prendrait bien le large un peu plus souvent. Ces deux dernières saisons, l’embarcation n’a quitté sa place d’amarrage qu’à deux reprises, à chaque fois pour son entretien de printemps.

Pas dur à manœuvrer

«C’est pourquoi nous souhaitons trouver des passionnés prêts à s’investir. C’est un vieux bateau, il faut le respecter et prendre certaines précautions mais il ne nécessite pas de permis particulier et, avec un peu d’habitude, il n’est pas dur à manœuvrer», affirme Pierre-Henri Loup. Et de préciser que sa composition boisée – du pitchpin, un bois très résineux – rend néanmoins certaines rénovations plus complexes.

Les propriétaires estiment l’entretien à environ 5000 francs par année, voire moins pour les spécialistes capables d’effectuer certains travaux seuls. «Il faut des gens qui se dévouent mais c’est vrai que ça nécessite du temps, de l’argent et des locaux suffisamment grands, observe Pierre-Marie Amiguet, président de l’Association des Amis de la Cochère à Saint-Gingolph (VS). Les bateaux anciens sont beaux à voir et les rassemblements ont toujours du succès mais les gens prêts à s’investir correctement sont rares.» Les propriétaires espèrent qu’ils seront tout de même quelques-uns à s’émouvoir du crépuscule de leur bel Etoile. (24 heures)

Créé: 25.04.2017, 08h10

Photo des années 60

Régulièrement rénové, le bateau centenaire reste à 90% d’origine. Construit pour le transport de personnes l’«Etoile» effectuait notamment les traversées jusqu’à Evian ou des circuits entre Ouchy et Lutry. Désormais, le canot somnole dans le port.

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